Les archives des Bulles

Et si l’Irlande...

jeudi 12 juin 2008

La ploutocratie européenne aura tout fait pour le faire passer, se sera assis à des dizaines de reprises sur l’opinion des peuples, majoritairement défavorable, je pense, au processus de consolidation du capitalisme à quoi se résume aujourd’hui [1] — j’en pleure de rage — l’intégration européenne. Et pourtant... Et pourtant, ce n’est pas encore gagné ! Aujourd’hui, l’Irlande vote sur le traité de Lisbonne, resucée du défunt Traité constitutionnel. Les Irlandais sont en effet les derniers européens auxquels le droit à l’autodétermination n’a pas encore été enlevé : partout ailleurs, quand le peuple a mal voté, comme en France ou aux Pays-Bas,... on lui a retiré le droit de voter. En Irlande, donc, on vote aujourd’hui. Et malgré la propagande médiatique martelée sans cesse en faveur du oui, malgré là encore une classe politique plus soucieuse de ses privilèges que de son rôle historique, le « non » pourrait l’emporter.

Je l’espère ardemment. J’espère que ce nouveau caillou dans la chaussure des ploutocrates finira par permettre la remise en cause de la liberté de circulation des capitaux — ce dogme absolu qui nous détruit à petit feu —, la subordination de notre défense à l’impérialisme étatsunien via l’OTAN, l’indépendance de la banque centrale européenne...

Les ouiouistes vont finir par se prendre la déculottée majeure qu’ils méritent pour avoir foulé aux pieds le principe le plus fondamental de la démocratie : la souveraineté populaire. L’explosion sociale est latente, j’espère qu’elle saura bien choisir ses cibles, qu’elle saura comprendre que notre intérêt est bien celui d’une construction supra-nationale démocratique, contre le capital. Vu l’attitude inique du ouiouisme qui a tout cautionné, tous les reculs, tous les dénis, j’en doute cependant.

Vous trouvez que j’exagère ? Que j’en rajoute ? Lisez donc le témoignage de Céline Delforge, députée bruxelloise Ecolo et seule élue démocrate du pays à porter le non de gauche au traité de Lisbonne [2]. La manière dont elle a été traitée par son assemblée est une insulte à chacun de nous, un démenti flagrant, un de plus, aux prétentions démocratiques de notre régime politique faisandé.

Gardons la mémoire, camarades. Gardons la mémoire de tout cela.

Notes

[1Dernier exemple en date, le « compromis » (sic) sur le temps de travail qui permet des horaires de travail hebdomadaire allant jusqu’à 60 heures !

[2Lire aussi, sur ce blog, l’entretien avec elle réalisé en novembre dernier.