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Quand le ministre des télécommunications soutient la vente liée

mercredi 9 juillet 2008

Le ministre des télécommunications, M. Van Quickenborne (VLD), n’a pas manqué l’occasion de faire parler de lui, à quelques jours de la sortie en Europe de l’« iPhone ». Ce téléphone portable mis au point par la compagnie Apple fait en effet l’objet d’une campagne de promotion de toute première ampleur, essentiellement grâce à la complaisance rédactionnelle de la plupart des médias qui ont chanté ses louanges sur tous les tons ; au point d’ailleurs de quasiment dispenser la société californienne de recourir à la publicité pour promouvoir son nouveau gadget.

Quoi qu’il en soit, ledit gadget sera vendu à des prix très variables selon les pays. En Belgique, le prix sera plus élevé que dans d’autres pays. L’explication du ministre ? « Le consommateur est victime d’une législation qui ne permet pas assez de concurrence. Voyez l’iPhone aux Pays-Bas : il coûtera tout juste un euro car il sera lié à une formule d’abonnement de vingt-quatre mois. » Et de préconiser l’abolition de la loi belge interdisant la vente liée : « Dès la rentrée de septembre, je vais proposer au gouvernement de revoir la législation actuelle sur les pratiques commerciales. Nous ne pouvons continuer à vivre sous la coupe d’une loi protectionniste et corporatiste. »

Faut-il le préciser, cette position est un parfait contre-sens : l’interdiction de la vente liée est une mesure favorable au consommateur, incitant à la transparence des prix, et favorisant la concurrence sur tous les segments du marché [1]. L’exemple parfait est celui de la vente liée des ordinateurs et des systèmes d’exploitation, abondamment pratiquée et dont la légalité fait débat : c’est elle qui a permis la création du monopole d’un éditeur de logiciels sur les systèmes d’exploitation, augmentant drastiquement le coût [2] et réduisant la qualité du service [3]. Curieusement, nous vivons dans un monde où un ministre peut affirmer l’inverse (au passage, on comprends un peu mieux pourquoi il est tellement difficile de faire avancer le dossier de la vente liée des ordinateurs et des systèmes d’exploitation) sans passer pour le dangereux rigolo qu’il est.

L’explication du prix de l’iPhone en Belgique est pourtant limpide : étant semble-t-il doute la seule société à vendre l’iPhone non simlocké (c’est-à-dire utilisable sur tous les réseaux sans manipulation complexe et virtuellement interdite), la société Mobistar — qui dispose de l’exclusivité sur la vente de l’engin en Belgique — vise tout simplement une clientèle internationale désireuse d’acheter un iPhone tout en conservant un opérateur qui ne dispose pas d’accord privilégié avec Apple. Une clientèle pour laquelle le prix prohibitif de l’engin n’est sans doute pas un frein à l’achat.

Notes

[1Cela se vérifie d’ailleurs dans les faits, comme le calcule Trends Tendances : "Petit exercice avec l’offre d’Orange (maison mère de Mobistar) en France. Celle-ci propose le smartphone d’Apple à 149 euros pour la version 8 Gb. L’abonnement obligatoire coûte au minimum 49 euros pour deux ans. Cela donne un total minimal de 1.325 euros. Le même calcul donne 1.245 euros chez Mobistar, soit 525 euros pour l’iPhone 3G et 720 euros (30 euros x 24 mois) d’abonnement."

[2Les systèmes d’exploitation sont vendus beaucoup trop cher, comme le prouve l’énorme marge bénéficiaire que Microsoft réalise sur ce marché.

[3Windows étant de loin le pire des systèmes d’exploitation disponibles.