jeudi 7 août 2008
La technophilie apparait parfois comme une folie furieuse. Elle présente cependant l’avantage certain de proposer régulièrement des idées fort distrayantes par leur originalité futurologique. Ainsi apprend-on par une dépêche de l’Agence France-Presse que des pavés « purifiant l’air » ont été installés à Hengelo, aux Pays-Bas (province d’Overijssel), à titre d’expérience-pilote.
Ces pavés contiennent du dioxyde de titane, « qui transforme les particules d’oxydes d’azote (NOx) émis par les voitures en nitrates inoffensifs, à l’aide du soleil ». Malheureusement, la dépêche ne dit rien de l’impact environnemental desdits pavés, de celui de leur transport et de leur fabrication, pas plus que de leur durée de vie, de sorte que l’on est réduit aux conjectures les plus hasardeuses concernant la pertinence réelle de ce qui apparaît à première vue comme un gadget.
Quoi qu’il en soit, on espère que les futés ingénieurs et les très éclairés décideurs qui font la fortune de ce pavé révolutionnaire (hum) ne perdront pas de vue qu’en tout état de cause, il existe une façon relativement simple de réduire la pollution de l’air : juguler la circulation automobile. À rebours, on se dit aussi que si le lobby automobile devait trouver dans ce genre de dérivatifs une occasion supplémentaire de différer l’échéance du changement de société, ce pavé pourrait bien s’écouler en quantités... titanesques.
Chaque société a les pavés qu’elle mérite....
Ce n’est pas très nouveau : il s’agit d’un béton développé par une firme italienne, qui a déjà servi notamment à construire une église à Rome dont "Courrier International" publiait une photo il y a déjà quelques années, et un certain nombre de bâtiments publics en France. Détails donnés par le producteur sur les réalisations architecturales utilisant le procédé :
http://www.ciments-calcia.fr/fr/TX_...
Infos techniques données par Itelcementi ici sur ses bétons à effet photocatalytiques :
http://www.ciments-calcia.fr/fr/TX_...
Sur le même principe (je crois), Asahi Glass vient de mettre au point un verre antibactérien, développé dans son centre de recherche européen de Jumet.
Oui, je sais que ce n’est pas nouveau, mais tant qu’à présent, j’avais surtout entendu parler de ce concept comme d’un moyen de gérer la souillure du béton par la pollution atmosphérique et non comme une façon de dépolluer l’air des villes.
..et le béton blanc de la nouvelle gare des Guillemins contient lui aussi 1% de dioxyde de titane pour les memes raisons d’autonettoyage...
Sauf que autonettoyage et antipollution sont deux choses assez différentes...
Bonjour,
laissez-moi faire un parallélisme. Sur ce blog, je vous ai lu défendre certains tronçons de transport en communs qui pris séparément n’étaient pas rentable de façon économique. Votre argument était qu’une offre étendue de transport en commun motivait plus les changements d’habitudes et que ces tronçons rendaient plus facile pour certains le changement (de voiture verts transports en communs) alors que leur disparition le rendait impossible. Pour ménager les susceptibilités, je dirais que c’est ainsi que j’ai compris l’argument.
Je me permets de reprendre cet argument pour défendre les avancées techniques. Une seule prise séparément n’est peut-être pas rentable du point de vue écologique mais au fond cela va dans le bon sens, non ? Cela ne va peut-être pas dans le sens extrême d’un rien à la voiture mais en tout cas cela va vers une dépollution locale. Cette avancée en amènera peut-être d’autres.
De plus cette question de traçabilité du CO2 produit commence à être pesante et est utilisée à tort et à travers. Seules des études sérieuses et pointues arriveraient à faire un bilan carbone fiable des différents objets du quotidien. Alors le sens de poser cette question ? Tout peut être mis en doute grâce à cela parce que personne ne peut décemment affirmer que le bilan est négatif. Moi je peux très bien mettre en doute la pertinence des voitures électriques qui bien qu’elles ne polluent pas sur site, elles polluent énormément via les Turbines Gaz Vapeur, etc. Plus rentable, moins rentable ? Ah la perte d’énergie via les lignes hautes tensions, etc. Mettre en doute c’est bien, mais c’est encore mieux quand c’est étayé.
Bonne soirée.
Dans le texte ci-dessus, j’explique que, sans fournir un bilan complet de l’impact écologique de ce pavé, de sa naissance à sa mort (extraction du minerai, production industrielle du dioxyde de titane, production des pavés "améliorés", remplacement des pavés une fois que le réactif chimique est épuisé, recyclage des pavés usagés...), il me paraît franchement hâtif de conclure au caractère "dépolluant" dudit pavé, comme le fait pourtant l’AFP.
Quant au texte que vous citez (celui-ci j’imagine), j’ai beau chercher, je ne vois vraiment pas le sens de l’analogie que vous cherchez à développer. Le texte sur les chemins de fer est basé sur la notion de réseau, qui implique des interactions et des dépendances entre les différentes parties de celui-ci. Dans le cas présent, je vois rien de tel.
Enfin, vous parlez de traçabilité du CO2 alors qu’il n’est que très indirectement question de CO2 (lequel est nocif pour la planète via l’effet de serre) dans ce billet mais seulement d’oxydes d’azote (qui sont nocifs pour les voies repiratoires). Ne confondons pas tout.
Je vois simplement la recherche scientifique comme un réseau également. L’analogie me semblait pertinente à défaut d’être éclairante apparemment.
Et quand vous dites : "la dépêche ne dit rien de l’impact environnemental desdits pavés, de celui de leur transport et de leur fabrication, pas plus que de leur durée de vie" excusez-moi de penser CO2 ; je dois être une victime du matraque médiatique sur cette problématique.
Enfin, bref. Je ne vois pas trop l’intérêt de réagir si c’est pour s’entendre répondre "hors sujet" à chaque argument. Enlevez la section commentaires, ce sera plus rapide.
Je vois simplement la recherche scientifique comme un réseau également. L’analogie me semblait pertinente à défaut d’être éclairante apparemment.
Concernant la notion d’effet de réseau (ou externalité d’adoption), lire ceci par exemple.
Et quand vous dites : "la dépêche ne dit rien de l’impact environnemental desdits pavés, de celui de leur transport et de leur fabrication, pas plus que de leur durée de vie" excusez-moi de penser CO2 ; je dois être une victime du matraque médiatique sur cette problématique.
En toute hypothèse, le CO2 n’est qu’une partie du problème. Il y a d’autres formes de pollution.
FS
Je suis tout-à-fait d’accord qu’il n’y a pas qu’une forme de pollution dans le processus de création d’objets. Cela est en effet plus complexe que si la seule source de pollution était le CO2. Et par conséquent cela renforce encore ce que je disais : le traçage de la pollution est impossible à faire sans étude sérieuse. Et ni vous ni moi pouvons décemment affirmer que le résultat est positif ou négatif. Seuls des experts le peuvent. Et ses experts seront généralement à un tel niveau d’abstraction que la confiance qu’on accordera à leurs conclusions s’en ressentira forcément. Donc, je le répète, pourquoi sortir cet argument de "bilan" en terme de pollution pour ces pavés ? Et pas pour tout autre "objet" genre une station d’épuration, un RAVEL, la création de pistes cyclables, etc ? J’ai le sentiment que cela part d’un a priori de votre part et que loin de l’étayer vous vous contentez de jeter le doute. Alors que le doute est présent sur chaque objet du quotidien : que ce soit des utiles ou des inutiles.
Je suis surpris que tu parles de cette invention ayant finalement peu d’impact en bien ou en mal (les pavé normaux aussi faut les produire et les trasnporter jusqu’aux chantiers, seuls le traitement change la donne) alors qu’on nous bassine avec le fameux plan Solwat. D’un point de vue technique, le photovoltaïque c’est du même niveau, voire pire. A l’usage on produit un peu d’électricité soit disant propre, mais en belgique ça tient du gadget. De plus la construction de tels panneaux demande des matériaux d’une très grande pureté en grande quantité (silicium essentiellement) dont l’extraction et le traitement est catastrophique écologiquement parlant. Curieusement personne n’évoque cet aspect.
Et bien sûr le pire de tout : un gouvernement qui gaspille son argent là dedans et fait croire aux citoyen que c’est super utile.
Oui, le phovoltaïque est discutable dans l’état actuel de la technologie. Mais pas autant que vous dites : d’après le réseau éco-consommation, il faut 3,2 ans pour qu’un panneau photovoltaïque "rembourse" sa dette écologique, alors que sa durée de vie est située entre 25 et 40 ans.
De plus, il y aurait des perspectives d’améliorations sérieuses de leur rendement et de leur durée de vie tandis que des processus de production moins nocifs pour l’environnement voient semble-t-il le jour. Si ces perspectives se confirment, l’intérêt pour cette manière de produire de l’électricité sera totalement justifié, de même que le soutien à la recherche dans ce domaine (laquelle a été et reste le parent pauvre de la recherche en matière énergétique).
En tre 25 e 40 ans ? C’est quasi du simple au double. Ça sent bon la fiabilité ces chiffres.
Puis l’installation photovoltaïque il faut l’entretenir comme n’importe quelle autre. Avec des installation totalement décentralisée, la pollution par déplacement générée doit être curieusement élevée pour un système présenté comme 100% propre.
De toute façon au délà de l’aspect pollution, on ne me fera pas croire que le photovoltaïque n’est pas du gadget avec un ensoleillement comme le nôtre. Je pense qu’il existe des investissements plus judicieux à faire (installation de filtres à particules sur ancien diesel partiellement financé par la région par exemple, mise au normes des bus...).
Entre 25 et 40 ans ? C’est quasi du simple au double. Ça sent bon la fiabilité ces chiffres.
Ah bon, vous savez prévoir précisément la durée de vie de votre bagnole ou de votre lave-vaisselle, vous ?
Avec des installation totalement décentralisée, la pollution par déplacement générée doit être curieusement élevée pour un système présenté comme 100% propre.
C’est justement le contraire : produire l’énergie là où elle est consommée économise d’importantes déperditions liées à son transport.
De toute façon au délà de l’aspect pollution, on ne me fera pas croire que le photovoltaïque n’est pas du gadget avec un ensoleillement comme le nôtre.
Le rendement du photovoltaïque n’est pas lié à l’ensoleillement mais à la luminosité. Et si celle-ci est certes supérieure au milieu du Sahara, elle n’en est pas pour autant négligeable sous nos latitudes, loin de là.
Je pense qu’il existe des investissements plus judicieux à faire (installation de filtres à particules sur ancien diesel partiellement financé par la région par exemple, mise au normes des bus...).
Et comment ferez-vous quand le pétrole coûtera 500 dollars le baril ?
FS
C’est pas toi qui gueule un article sur deux contre les particules fines et les primes aux véhicules verts qui est d’après toi une mesure socialement désastreuse ? Pourquoi ne pas mettre à jouer les véhicules déjà en circulation plutôt que de favoriser la construction de nouveaux ?
Tant qu’à faire autant en limiter l’impact tout de suite, c’est une mesure simple et rapidement efficace ne demandant pas une infrastructure démesurée.
D’ailleurs quand j’y pense j’ai dit ça comme ça. Ça me semblait un truc intéressant, rien de plus.
Faut pas s’imaginer qu’ont peut supprimer du jour au lendemain la voiture parce qu’Al Gore vend des DVD.
Cher et courageux anonyme,
Il ne faut pas tout mélanger. Je trouve ça très bien qu’on mette des filtres à particules aux véhicules à diesel mais ça n’a vraiment rien à voir avec la question des alternatives en matière de production d’énergie. Il n’y a donc pas beaucoup de rapport avec la question des panneaux voltaïques à laquelle vous réagissiez.
Je n’imagine par ailleurs pas qu’on puisse supprimer la voiture (ni même que ce soit souhaitable). Si on pouvait déjà l’utiliser de façon plus rationnelle, ce serait fort bien.
Bien à vous,
Je ne sais pas prévoir la durée de vie de ma bagnole ni du frigo mais les fabriquants eux y arrivent. Y compris en limitant volontairement cette durée de vie. Faudrait pas un peu agir la dessus aussi ?
Bonjour François,
je pensais avoir compris où tu voulais en venir dans cet article, mais au fur et à mesure des réponses que tu fais aux commentaires, je deviens perplexe. Je m’explique.
Je pense que cette innovation a un intérêt technique potentiel, et qu’elle mérite qu’on se penche dessus. Mais je crois également qu’elle constitue un prétexte dangereux fourni aux lobbies du pétrole pour faire relâcher l’effort sur les énergies alternatives. (et accessoirement, un manne providentielle pour les producteurs qui auront tôt fait de surfer sur une certaine vague d’écologisme primaire qui commence à faire vendre n’importe quoi).
En ce sens, le danger politique est peut-être plus grand que le bénéfice technique direct.
Par contre, dans tes commentaires, il me semble que tu t’attaque uniquement au pavé lui-même, dans ses caractéristiques techniques et son bilan écologique, plus qu’à l’usage politique que certains risqueraient d’en faire. Je me trompe ?
Les deux aspects sont importants. D’une part, sur le plan technique, on conclut un peu rapidement à l’intérêt écologique du machin sans avoir semble-t-il évalué son impact global. D’autre part, effectivement, certaines technologies dites écologiques semblent avoir pour principale fonction de légitimer la poursuite de la fuite en avant consumériste. Et, de fait, j’ai un peu perdu de vue la seconde partie de l’argumentaire dans mes réponses précédentes.