Les archives des Bulles

L’immobilier « menacé »

lundi 18 août 2008

Il est fascinant, jour après jour, de constater à quel point est normatif le discours médiatique sur l’économie ; à quel point il est rempli d’injonctions à exulter ou (plus souvent) à prendre peur. Exemple parmi d’autres, une dépêche de l’AFP nous apprend ainsi que l’immobilier européen est « menacé ». Qu’est-ce à dire ? Un nouveau champignon ravageur et polyrésistant à tous les pesticides s’apprête-t-il à grignoter des kilotonnes de béton ? Un groupe terroriste aux moyens surdimensionnés envisage-t-il de faire sauvagement péter des milliers d’immeubles ? Une grève des ouvriers sans-papiers du bâtiment s’apprête-elle à prendre en otage les visiteurs du salon de la seconde résidence ? La mafia du BTP a-t-elle décidé d’une reconversion dans le porno bollywoodien ?

Rien de tout cela : on s’attend simplement à une baisse des prix (relativement modérée au regard de l’augmentation des dix dernières années, cela dit) dans trois ou quatre pays européens, particulièrement en Espagne et au Royaume-Uni dont on sait par ailleurs à quel point la bulle immobilière y avait prospéré. Autrement dit, on observe un atterrissage — à la grande déception, probablement, des spéculateurs qui font depuis des années leur beurre sur l’aspiration tellement prévisible qu’a le vulgus pucum à se loger.

Voilà tout. Comme à chaque changement de la conjoncture, certains tireront leur épingle du jeu et d’autres essuieront les plâtres. Certes, certains petits épargnants imprudents ayant contracté des prêts à taux variables vont vraisemblablement payer le prix fort à ce dégonflement attendu ; mais dans le même temps, qui sait, peut-être d’autres pourront-ils enfin accéder au logement sans s’endetter pour trois générations ou sans consacrer les trois quarts de leur salaire à faire une rente à leur propriétaire... Dans tous les cas, le recul des prix immobiliers va réduire quelque peu la part des richesses captée par les revenus du capital. Ce qui est une bonne nouvelle pour tous ceux qui vivent de leur travail et non de leurs rentes. Visiblement, l’AFP n’a pour eux qu’une sympathie toute relative.