Les archives des Bulles

Quel débat public sur la mobilité à Liège ?

samedi 6 septembre 2008, par François Schreuer

Ce week-end, c’est Retrouvailles, le rendez-vous annuel du monde associatif liégeois. Nous y tiendrons, avec urbAgora, Stop CHB et le collectif Quel pont pour Tilff ?, un stand consacré aux alternatives en matière de mobilité. Voici l’édito du tract commun, texte que j’ai rédigé pour l’occasion.

L’agglomération liégeoise est à la croisée des chemins : des choix importants sont en train d’être posés, qui détermineront profondément notre avenir. Et la mobilité est sans doute l’un des domaines où ces choix sont à la fois les plus sensibles et les plus déterminants. Si les défis sont immenses,... il est cependant à craindre que la manière dont ils sont traités ne soit pas toujours à la hauteur.

Un manque de transversalité. Les enjeux de mobilité ne peuvent être pensés séparément : chaque acte qu’on pose a des conséquences en ricochet. Et les enjeux de mobilité sont eux-mêmes profondément déterminés par d’autres actions politiques en matière d’aménagement du territoire, de développement économique, d’implantation de l’habitat,... Il faut donc parvenir à mener une réflexion et à déterminer une stratégie globales. Le « plan urbain de mobilité » (PUM), actuellement en cours de réalisation, va dans ce sens. Nous plaidons pour qu’on donne à ses auteurs la liberté de travailler en toute indépendance et qu’on attende leurs conclusions avant de prendre des décisions qui engageront pour plusieurs décennies.

Un irréalisme budgétaire. Les projets sont innombrables — tram, autoroute, RER liégeois, réseau cyclable,... — mais les moyens disponibles pour mettre en oeuvre ces projets sont — évidemment — beaucoup plus rares. Dès lors, des choix s’imposent ; des priorités doivent être dégagées. Pourtant, il ne semble pas qu’on se donne aujourd’hui, à Liège et en Wallonie, les moyens de poser ces choix dans de bonnes conditions : entre la méthode Coué (« tout est possible » assure-t-on volontiers), l’endettement caché de la Région wallonne (via la Sofico, par exemple) et la politique du fait accompli, force est de constater qu’il reste... une belle marge de progression.

L’absence de toute culture du débat public. Dans la région liégeoise, peu de décideurs semblent considérer que, pour les décisions sur l’urbanisme ou la mobilité, la discussion démocratique a de la valeur. C’est du moins ce qu’on peut penser en voyant de quelle manière les décisions se prennent la plupart du temps : absence de transparence (il n’est pas rare que des projets soient présentés au public lorsque tout est déjà décidé), concertation croupion, disqualification des groupes citoyens (« NIMBY » dites-vous...) et simplement absence de débat public (un exemple tout simple : aucun débat télévisé n’a jamais eu lieu sur l’autoroute CHB).

Un éparpillement des lieux de décision. Enfin, on constate que les multiples petits barons — puissants localement mais pas à l’échelle régionale — veulent tous avoir leur mot à dire, ce qui complique, rend opaques et retarde les décisions et fait parfois passer à l’arrière-plan toute considération sur l’intérêt général. Une des réponses à cette situation se trouve dans la création d’une communauté urbaine liégeoise, une institution démocratique réunissant des élus de toute l’agglomération, qui débattrait publiquement et serait notamment compétente pour les questions de mobilité.

Face à ces lacunes, parfois graves, il est indispensables que s’intensifie le pluralisme des acteurs, que se multiplient et se confrontent les voix non partisanes, que se développent, surtout, des lieux de réflexion rigoureuse, critique et constructive. C’est, avec les trois associations regroupées pour l’occasion de « Retrouvailles », ce à quoi nous essayons, modestement, de contribuer, dans le souci du bien commun et dans la recherche d’un projet d’avenir pour la région que nous habitons. Sans penser détenir la vérité ni aucune légitimité particulière mais en exigeant que s’améliore la manière dont se prennent aujourd’hui les décisions.