Les Verts auront à faire ce soir l’un des choix les plus importants de leur histoire — ou plutôt à entériner le choix qui a vraisemblablement d’ores et déjà été posé par leur direction et celle du CDH depuis quelques jours. Gouverneront-ils avec le PS ou avec le MR ? Formeront-ils, selon la terminologie en usage, un « Olivier » ou une « Jamaïcaine » ?
La pression est maximale sur leurs épaules, les appels à l’Olivier ou, à l’inverse, à l’éviction du PS du pouvoir, fusent de toutes parts. Et nul doute que les coupeurs de tête seront nombreux à se manifester quelle que soit l’option choisie par les amis de M. Javaux et Mme Durant — ce qui rend d’autant plus difficile le choix de ce soir.
Tout en ayant souscrit à l’un ou l’autre appel à l’Olivier, tout en défendant par principe l’alliance des gauches (même si je ne me fait guère d’illusion sur le faible degré de leur engagement à gauche), il me semble bon de nuancer les lectures trop carrées qui peuvent être faites de la situation — et inciter à des procès qui mettraient trop facilement, et injustement, le PS dans le rôle du chat et Ecolo dans celui de la souris.
L’alliance des gauches (si tant est qu’on puisse considérer, je le répète, que le PS et Ecolo soient effectivement de gauche, mais on ne rentrera pas dans ce débat ici), c’est au fédéral — où se trouvent la plupart des leviers sociaux — qu’il faudrait prioritairement la réaliser. L’enjeu de la sécurité sociale, notamment, y est majeur et urgent. Mais la majorité fédérale n’est qu’indirectement en jeu dans la présente discussion.
Au niveau régional, par contre, les choses sont plus complexes. Il y a, en Wallonie, un véritable enjeu de nettoyage des écuries du pouvoir socialiste, un parti dont la trop fameuse « rénovation » est un échec avéré et le restera — on peut le craindre — probablement tant que le PS sera au pouvoir. Le débat sur ce sujet s’est cristallisé cette dernière semaine autour de la personne de M. Daerden, dont la présence dans un gouvernement incluant les socialistes apparaît tout à la fois incontournable en raison du score qu’il a réalisé et totalement rhédibitoire aux yeux du reste du monde, ce qu’a notamment exprimé M. Nollet. Bref, il y a Olivier et Olivier. Le Parti socialiste est là devant un choix majeur (Ecolo n’étant pas seul dans cette situation) : dès lors qu’il n’est pas prêt à envoyer M. Daerden à la retraite et s’obstinne à conserver sa confiance à ce personnage détestable, l’envoyer se refaire une santé dans l’opposition est à mes yeux un point de vue défendable dans le chef des écologistes.
Ajoutons qu’on ne peut pas exiger d’Ecolo qu’il privilégie par principe le PS si on n’exige pas l’inverse. Or le PS ne s’est jamais gêné pour faire toutes les alliances « contre-nature » qu’il a voulu faire. Certes, la dénonciation, en 2003, des convergences de gauche par l’aile aujourd’hui majoritaire (ou plus exactement hégémonique) d’Ecolo restera une double erreur historique, à la fois en termes d’analyse (parce qu’il est à mon avis inexact, comme le soutient Mme Durant, que ces convergences de gauche aient plombé Ecolo) et en termes de structuration du champ politique. Mais l’eau a depuis coulé sous les ponts.
Bref, si l’Olivier reste à mes yeux la meilleure option, il me semble compréhensible qu’Ecolo n’y sacrifie pas à n’importe quel prix.
Car ce qu’il y a à reprocher à Ecolo, ce n’est pas — ce ne doit pas être, sous peine de s’enfermer dans un dilemme pervers — d’envisager toutes les alliances possibles, pas plus que d’être prêt à des compromis — car c’est la règle démocratique dans un système proportionnel. Ce qu’il y a à reprocher à Ecolo, c’est d’avoir transigé, dans son programme, dans le choix de certains de ses candidats, dans l’orientation de sa campagne et donc in fine dans le choix de ses électeurs vis-à-vis de qui il est aujourd’hui redevable ; d’avoir transigé, dis-je, avec ses propres fondamentaux, en renonçant par exemple à la réduction collective du temps de travail, en mégotant son soutien aux services publics, en entretenant un discours plus qu’ambigu sur la fiscalité, en soutenant le traité de Lisbonne qui sanctuarise la liberté de circulation des capitaux et empêche de mener la plupart des politiques de gauche, etc. C’est pour cette raison que je n’ai pas voté pour eux. C’est pour cette raison que j’ai peur d’une « Jamaïquaine ».




