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BHV, surtout garder la tête froide

mercredi 7 novembre 2007, par François Schreuer

L’issue redoutée a donc eu lieu ; les députés flamands ont voté cette après-midi la scission de l’arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvoorde (BHV) en Commission de l’Intérieur de la Chambre. Et beaucoup de commentateurs d’enchainer sur la « crise de régime » dans laquelle nous entrons. Beaucoup de cris. Beaucoup de fumée.

Avant toute chose, j’aimerais suggérer aux francophones — et notamment aux citoyens qu’on peut entendre réagir de façon très impulsive — de prendre garde à ne pas agir comme ces équipes de foot qui, après avoir pris un but, perdent soudain tous leurs moyens, se désorganisent et finissent le match avec trois ou quatre buts en plus.

Car si ce vote de la scission de BHV est une défaite — grave peut-être pour sa portée symbolique et la manière dont les choses se sont déroulées —, ce n’est pas un drame. L’élément le plus préoccupant, à mon avis, ce n’est pas la substance du vote lui-même, c’est le fait que le cordon sanitaire ait été rompu à cette occasion ; c’est la collusion du monde politique et patronal flamand avec la droite extrême — mais il n’y a pas dans ce dernier point un fait neuf, ni soudain, plutôt une lente et résistible dérive.

Pourquoi ce vote n’est-il pas un drame ? Parce que, tout d’abord, il ne s’agit que d’un vote en commission — qui ne produira ses effets qu’après un éventuel vote en séance plénière — et qu’on ne peut donc pas totalement exclure (même si c’est sans doute peu probable) qu’il ne s’agisse que d’un coup de semonce. Parce que, surtout, ce vote lui-même ne porte, il ne faut pas l’oublier, que sur le découpage électoral et rien d’autre. Concrètement, les francophones de la périphérie (dont, soit dit en passant, on va désormais pouvoir connaitre le nombre, probablement plus élevé que ce qu’on pensait) éliront leurs députés fédéraux dans la circonscription de Halle-Vilvoorde (ils sont suffisamment nombreux pour que des listes d’union puissent obtenir des élus) tandis que les Flamands de Bruxelles auront quant à eux les pires difficultés à obtenir des représentants flamands au parlement fédéral, ce qui va contribuer à couper encore un peu plus Bruxelles de la Flandre (et accessoirement donner du grain à moudre au régionalisme bruxellois, ce qui est une autre question).

Bref, les choses ne sont pas si graves que cela [1]. Les facilités linguistiques (même si elles ne sont, dans les faits, pas totalement respectées) sont bétonnées légalement et ne peuvent être supprimées à la majorité simple. Surtout, surtout, restons calmes. Sachons le caractère auto-réalisateur de certaines prophéties et veillons en conséquence à ne pas leur donner trop de prise. Laissons Jean Quatremer, correspondant de Libé à Bruxelles, parler d’une politique belge à laquelle il ne comprend de toute évidence pas grand chose. Qu’il dramatise à souhait, qu’il fasse vendre du papier ; essayons quant à nous de garder les pieds sur terre.

Le risque — l’identifier est déjà le réduire — est donc, pardonnez-moi d’insister, qu’à force de se complaire dans ce traitement sensationnaliste de l’information, on finisse par précipiter un dénouement non voulu tout en prétendant le redouter. À ce jeu, les sondages font très fort. On m’excusera d’être vif : ces sondages n’ont strictement aucun sens. Ils ne sont que le reflet d’une période de crise dans laquelle beaucoup de monde perd des repères. Cessons de prêter crédit à ces chiffres lancés en tous sens. Ils n’aident pas à voir plus clair.

1. La dangereuse confrontation des nationalismes

Première chose à faire, ne pas penser de façon essentialiste, refuser à toute force de prendre pour des réalités nos représentations et nos fantasmes plus ou moins chimériques. Les identités sont complexes, relatives, hybrides et il est souhaitable qu’elles le restent (s’il ne devait rester qu’un paragraphe de ce texte, ce devrait être celui-ci).

À ce titre, il est nécessaire de se rendre compte de la stérilité politique du projet belgicain, de l’insignifiance des pavoiseurs de drapeaux. À en rester à ce stade infantile, on n’aboutit grosso modo qu’à la la confrontation de deux nationalismes, le belgicain et le flamand. S’ils veulent être conséquents [2], les négociateurs francophones doivent absolument parvenir à proposer un nouveau projet commun, une façon de new deal, et pas seulement se contenter de défendre bec et ongles leurs droits acquis, parfois de façon très mesquine. Il est difficile de dire cela, bien sûr, tant l’asymétrie entre les deux groupes constitués est forte, tant la posture d’un Bart De Wever est insupportable, tant la pression de l’extrême-droite rend incomparable les deux camps en présence, etc. C’est pourtant le seul moyen de sortir de la confrontation.

Il semble ainsi que beaucoup de monde a perdu de vue l’idée que les élus fédéraux doivent l’être au service de tous. C’est évident de Bart De Wever qui n’envisage de participer à une majorité fédérale que pour mieux démanteler l’État belge. Ce l’est aussi d’Yves Leterme qui, quittant ses fonctions de ministre-président flamand, expliquait qu’il allait « au 16 » pour mieux défendre l’intérêt de la Flandre. J’aimerais que les francophones reconnaissent que, dans une certaine mesure, c’est aussi leur cas.

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Le vote en Commission de l’Intérieur ce mercredi. Les sièges vides sont ceux des députés francophones.

2. Ne pas perdre de vue l’agenda social

Comme le ministre bruxellois (et néerlandophone) Pascal Smet (sp.a), traduit par Pan, l’a déclaré à De Morgen.

Derrière tout ce remue-ménage sur l’indépendance de la Flandre, il y a un agenda caché. Notamment celui d’une Flandre glaciale et dure, une Région où règne la pensée unique des nouveaux riches.

Il est tout à fait clair que les partis nationalistes sont d’abord et surtout des partis de droite. Les classes populaires flamandes qui votent pour la NVA ou pour la liste Dedecker (suivies en coeur par le CD&V, puis le VLD et, dans une moindre mesure, par le SP.A et assez peu par Groen), sans parler du VB, se tirent objectivement une balle dans le pied. Le vote nationaliste est d’abord et avant tout un vote anti-social. Ce qui est menacé, bien plus que la Belgique, c’est la sécurité sociale.

L’objectif central, face au déferlement de bêtise auquel on assiste, doit dès lors être de sauver les mécanismes de solidarité. Les syndicats l’ont bien compris et constituent cairement le principal pôle de résistance à la régression, au Nord comme au Sud du pays. Un conflit est par conséquent ouvert pour l’affiliation des milieux populaires flamands.

Les hommes politiques flamands, conscients de la contradiction que leur porte le syndicalisme, sont prêts à porter des coups sérieux aux syndicats, dans le but de casser leur résistance. Dans le cas des fascistes et des libéraux (pour des raisons différentes), cet antagonisme est renforcé par une haine idéologique de l’organisation collective indépendante des travailleurs. Il faut bien comprendre que partis et syndicats s’opposent sur la légitimité qu’il y a à parler au nom du peuple. Les partis disent que le vote fait tout ; tandis que la légitimité des syndicats repose sur l’idée que c’est la participation des citoyens à des mouvements sociaux qui est la plus intense des deux adhésions et donc celle qui doit prévaloir, ce en quoi j’ai tendance à être d’accord avec eux pour la raison que je pense que l’opinion publique, tant qu’elle reste passive, est une chimère ; que la démocratie n’existe que quand les citoyens prennent en main leur destin. Mais s’il faut trancher ce débat, ce devrait être de manière nuancée.

Le risque pour les syndicats de perdre des plumes est cependant réel. Le relatif silence de certains responsables syndicaux flamands, qu’on sait pourtant acquis à la défense des mécanismes de solidarité, vient d’une prudence bien compréhensible face à cette menace. Pour ces raisons, il faut espérer que beaucoup de gens apporteront un soutien net aux syndicats.

3. Le statut ambigu des frontières

Troisième réflexion : le débat politique actuel — et avec lui les revendications que les parties en présence sont amenées à émettre — sont fortement biaisées par l’incertitude qui pèse sur l’avenir du pays. C’est un point tout à fait central et un peu négligé dans les analyses, pour autant que je puisse en juger. Si la Belgique doit éclater, en effet, il devient pertinent de réfléchir en termes de territoires, d’anticiper la transformation de délimitations administratives en frontières d’états. D’où les revendications francophones de « couloir » reliant Bruxelles à la Wallonie.

Ce point est un facteur de tension déterminant, dans la mesure où la question du territoire constitue, on le sait, un tabou complet (Vincent De Coorebyter l’a rappelé à plusieurs reprises ces derniers jours). C’est un classique dilemme du prisonnier, où chacun tente de sauver sa part tout en sachant qu’une solution négociée serait plus profitable aux deux parties. Mais la confiance fait défaut.

La même réflexion vaut dans une certaine mesure pour la région bruxelloise. Même si l’élargissement est sans doute la solution la plus raisonnable et la plus intelligente à bien des égards, il est envisageable de garantir le financement de Bruxelles et d’assurer les droits des francophones de la périphérie par d’autres moyens que l’extension territoriale. À une condition cependant : rester dans un cadre négocié. Si, par contre, on s’attend à un scénario séparatiste, l’extension de la région bruxelloise, quoi qu’en pensent les Flamands, s’impose comme une condition sine qua non de survie de la région et de justice fiscale, entre autres choses.

Bref, en situation d’incertitude, l’aversion pour le risque prévaut et incite à des comportements peu amènes et tueurs d’avenir mais rationnels dans le cadre donné.

4. L’insoluble dilemme flamand

Pourtant, l’éclatement du pays est loin d’être évident et même loin d’être probable (en conséquence de quoi il devrait être possible de réduire drastiquement l’incertitude évoquée au point précédent). Pour diverses raisons mais pour celle-ci en particulier : ce n’est pas l’intérêt de la Flandre que de scinder la Belgique. D’où un insupportable dilemme dans le chef des séparatistes flamands, complètement coincés entre l’affirmation permanente de leur désir de poursuivre l’intérêt de la Flandre et leur revendication centrale de séparation du pays.

Permettez-moi de citer assez longuement le texte que Geert van Istendael a publié dans le Standaard du 12 septembre dernier (traduit dans le dernier numéro de Politique par Irène Kaufer).

Imaginons que les Flamands obtiennent satisfaction. HV et B sont séparés. HV est désormais purement flamand. Allons donc ! Dans la moitié des communes à facilités, les trois quarts des habitants parlent français, et c’est une estimation prudente. Dans des communes comme Overijse ou Beersel et beaucoup d’autres, nous pouvons seulement soupçonner le pourcentage de francophones. Allez le demander aux Flamands locaux et ils vous répondront que ce pourcentage est élevé — bien trop élevé.

On peut donc être sûr qu’aux prochaines élections le MR, allié à l’exécrable FDF, présentera une liste. Ce cartel ramassera plein de voix, car entre-temps les francophones se seront radicalisés, spontanément ou sous l’influence d’une propagande sournoise. Des francophones seront donc élus dans le purement flamand HV. Tandis qu’à Bruxelles, cette fière capitale de la Communauté flamande, plus aucun Flamand n’arrivera à se faire élire. Chers flamingants, faites le compte de vos pertes !

Ou imaginez que les Flamands les plus radicaux obtiennent satisfaction, contre la majorité de leur propre peuple — mais cela ne leur paraît qu’un détail. La Flandre se proclame République indépendante. On entend d’ailleurs de plus en plus souvent des Flamands qui considèrent sérieusement qu’il est temps de poser le pas libérateur. Attendez. Sera-ce une république flamande avec ou sans Bruxelles comme capitale propre ?

Première hypothèse : avec Bruxelles. Dans ce cas, la toute fraîche république flamande aura à l’intérieur de ses frontières quelques centaines de milliers de francophones. On peut compter sur la forte pression de l’Europe pour faire respecter leurs droits. Soyez sûrs qu’il ne sera pas possible de supprimer une seule facilité. Et que les francophones ne manqueront pas une occasion pour faire valoir leurs droits, ce sont des maîtres en la matière. Qu’avons-nous ? Une république flamande officiellement bilingue. Précisément comme cette Belgique tellement haïe, qui devait absolument « crever ». Retour à la case départ donc.

Deuxième hypothèse : sans Bruxelles. La capitale de l’Europe offerte en cadeau aux Wallons ? La deuxième ville de congrès de la planète en cadeau aux Wallons ? Le centre de gravité économique, y compris de la Flandre, en cadeau aux Wallons ? Puisqu’il est question de transferts vers la Wallonie…

On saurait difficlement mieux résumer l’impasse dans laquelle se trouve aujourd’hui le mouvement flamand (et encore, M. Van Istendael n’examine-t-il pas les conséquences qu’aurait sur la politique linguistique flamande la ratification de la convention sur la protection des minorités, indispensable pour tout nouvel adhérent à l’UE).

Les conséquences sont immenses de ce parfait cul-de-sac dans lequel ont mené l’imbécilité des séparatistes flamands et la lâcheté du reste du personnel politique de cette région qui n’a pas osé dénoncer l’incurie du séparatisme et s’est en conséquence mis à sa remorque.

Comme l’indique Charles Bricman, cet acharnement sur un objectif qui n’en est pas un finit par servir de dérivatif aux problèmes bien réels d’une Flandre incapable de les affronter.

La Flandre va mal, ne vous y trompez pas. C’est une IVe République en puissance, qui ne se pose qu’en s’opposant. Otez lui la Belgique comme source incantatoire de tous ses maux et la Wallonie comme « boulet à traîner », elle deviendra aussi ingouvernable que l’Italie des années de plomb.

Passons sur l’optimisme implicite de Charles Bricman en ce qui concerne la gouvernabilité présente de l’Italie, ce qui nous éloignerait du sujet, pour tenter d’évaluer les issues disponibles.

On peut reprocher énormément de choses aux nationalistes flamands, mais la première d’entre elles, c’est peut-être simplement de manquer du plus élémentaire principe de réalité. Si la crise pouvait permettre aux électeurs flamands de percevoir que le vote nationaliste ne mène nulle part — parce que le nationalisme flamand est un projet qui ne tient pas debout — on aurait fait un grand progrès.

5. Que faire ? S’en tenir à la loi, tout simplement

La situation n’est pas rose, il serait absurde de le contester. Mais quelle conclusion en tirer ? Quelle attitude prendre ? L’impulsion première est à la surenchère, à la grandiloquence. Ce serait une erreur, comme je l’indiquais en entrée.

La réponse à donner est à mon avis simple : il faut s’en tenir à la loi. La loi autorisait les députés flamands à voter la scission de BHV unilatéralement ? Soit. Le reste des revendications autonomistes flamandes demande par contre des majorités qualifiées garanties par la constitution. Il faut s’en tenir à cela. Le président de la NVA, M. De Wever, tout infréquentable et imbuvable qu’il soit, se présente avec constance comme un légaliste. Très bien ; prenons-le au mot. Et ne lui laissons surtout pas, par des initiatives téméraires, le moindre prétexte à sortir du cadre constitutionnel.

À cet égard, pour autant qu’on puisse surmonter le psychodrame présent, le vote de BHV pourrait paradoxalement agir comme une soupape de sécurité : la morgue inflexible affichée par les partis flamands lors de ce vote — et le confort provisoire qu’elle leur donne vis-à-vis de la frange nationaliste qui dicte le calendrier flamand — rouvrant un espace de compromis dont tout le monde sait qu’il sera nécessaire quelle que soit la direction que l’on veut prendre.

6. La circonscription fédérale unique

S’en tenir à la loi, mais surtout faire preuve d’imagination. Car la sortie par le haut du conflit en cours demandera des idées originales.

L’une de ces idées est sans doute la circonscription fédérale unique, c’est-à-dire l’élection d’une partie des députés ou des sénateurs fédéraux sur l’ensemble du pays, ce qui obligerait les dirigeants flamands à faire campagne au sud du pays et réciproquement et restaurerait donc une forme de dialogue national. Ce sujet était encore tabou ou inintéressant il y a trois ou quatre ans (seul les Verts portent ce thème depuis plusieurs années). Il semble désormais réunir un soutien réel, notamment de la part des libéraux des deux parties du pays, dont l’impayable Louis Michel [3] qui a prétendu dernièrement sur les ondes de la RTBF être un défenseur de la première heure de cette idée. Le travail du groupe Pavia a visiblement été efficace [4].

D’autres idées intéressantes existent. Je repense souvent à la vieille proposition des socialistes flamands d’un fédéralisme à 5 (Bruxelles-Brabant, Flandres, Anvers-Limbourg, Hainaut et Liège-Namur-Luxembourg).
Cette éventualité est malheureusement désormais totalement improbable mais elle eut sans nul doute changé profondément et positivement le cours de l’histoire belge si elle avait été adoptée. D’autres propositions de cet acabit sont certainement dans l’air actuellement ; il faudrait pouvoir les identifier et s’en emparer.

7. Le républicanisme, alternative à la confrontation des nationalismes

À plus long terme, dans une vue plus globale et plus théorique, il faut sans doute repenser certaines des catégories de notre imaginaire politique collectif, élever notre niveau de réflexion quant à la définition de ce qu’est une « identité ». Car très nombreux sont, un peu partout, les raisonnement politiques, stratégiques. Les raisonnement méta-politiques, par contre, sont plus rares — il serait bon d’investir plus dans ce secteur.

Sur le plan philosophique, il y a une opposition classique entre le communautarisme et le libéralisme politique. Là où le communautarisme repose sur l’essentialisation des appartenances, considérées peu ou prou comme indépassables, le libéralisme part de l’idée que les deux seules catégories incontestables sont l’individu et l’humanité et que toutes les catégories intermédiaires sont à considérer comme relatives (voire à renier dans les versions extrêmes de cette doctrine).

On peut toutefois complexifier cette dichotomie en ajoutant un troisième pôle, celui du républicanisme, qui cherche à faire exister un projet substantiel (disons pour faire bref : liberté, égalité, fraternité) tout en cherchant à faire reconnaitre l’universalité des droits humains. L’histoire de la Belgique, oscillant entre communautarisme et libéralisme sans jamais parvenir à dépasser ce clivage par l’affirmation d’un projet propre, est à bien des égards celle d’un déficit de pensée républicaine.

Il est donc impératif de trouver le moyen de sortir enfin de la délétère confrontation entre « communautés ». Les régionalistes bruxellois cherchent à toute force à donner à une région bruxelloise le rôle d’un troisième pôle fédéraliste, même si cette perspective suscite d’autres inquiétudes, constitue peut-être une piste. Mais plus que tout, il faut sortir d’une focalisation sur la nation. Rudolph Rocker, grande figure de l’anarchisme allemand, disait que la nation est le produit de l’Etat et non l’inverse. Il serait temps de méditer la profonde sagesse de cette maxime.

La seule communauté politique qui vaille est celle qui est le fruit d’une décision collective, la seule institution qui vaille est celle de l’esprit. Tout nationalisme, toute tentative d’ethniciser ou même simplement d’homogénéiser culturellement un territoire procède d’un raisonnement inadmissible, proto-fasciste. Que l’on cesse par conséquent de s’interroger sur l’essence profonde des uns et des autres, que l’on cesse d’hypostasier à tour de bras les parties et les sous-parties d’un corps politique désormais largement multiculturel.

Le nationalisme qui revient, puissant, poisseux, obscur, est non seulement une des plus profondes bêtises qui se conçoive, non seulement un danger réel, il mène non seulement à la balkanisation de l’Europe.

Mais aussi à la balkanisation de l’esprit.

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Notes

[1Un petit coup d’oeil dans le rétroviseur, comme le suggère Luc Delfosse dans Le Soir, permet d’ailleurs de relativiser.

[2Mais on doute fort qu’ils le soient, ne serait-ce que parce que leur projet n’est pas celui qu’ils disent, au moins en ce qui concerne le MR.

[3Qui a beaucoup à gagner sur le plan électoral dans une telle réforme, au contraire, probablement, de la gauche francophone qui y perdrait probablement des plumes. Mais c’est là un autre débat.

[4On va finir par se demander si Philippe Van Parijs, avant d’être un distingué professeur de philosophie, n’est pas d’abord et surtout l’un des acteurs politiques importants de ce pays.