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Les pauvres arguments du ministre Daerden

vendredi 23 novembre 2007, par François Schreuer

Face à la fronde qui conteste la construction prévue par la Région wallonne de l’autoroute Cerexhe-Heuseux/Beaufays, à l’Est de Liège, M. Daerden, l’un des principaux promoteurs du projet, sort de sa réserve et donne, dans Le Soir de ce jour, quelques arguments (ci-contre) qu’il n’est pas inutile de commenter rapidement.

1. CHB est financée dans le cadre de la Sofico.

Qu’est-ce à dire ? Tout simplement que la région wallonne, incapable de financer elle-même ses infrastructures, doit recourir à un montage financier pour y parvenir. Il n’en reste pas moins que c’est avec l’argent public que sera remboursée la Société wallonne de financement complémentaire des infrastructures (Sofico). De quoi il découle deux conclusions : 1. les moyens wallons étant (très) réduits, il convient de les utiliser à bon escient. 2. L’argent public étant en jeu, il est légitime de tenir un débat public sur son affectation. En arguant de complexités techniques non pertinentes, M. Daerden cherche à éviter le débat de fond.

2. CHB serait un « chaînon manquant européen ».

Cette rhétorique est clairement dépassée, comme le démontre la récente décision de la Commission européenne sur les financements européens des projets prioritaires en matière de transports. Lors de la précédente législature régionale, l’Europe a d’ailleurs refusé de donner le moindre euro pour CHB. La priorité, partout en Europe, est au ferroviaire. La prise de conscience, partout en Europe, se fait sur le caractère suicidaire de notre mode de développement actuel. Partout ? Non, pas en Wallonie.

3. Le tram n’est pas du ressort du ministre Daerden.

Et alors ? Les hommes passent, les autoroutes restent sur place (et la nature trépasse ?). L’enjeu présent — quelle affectation pour les moyens publics ? — dépasse largement la personnalité de tel ou tel individu. La question à poser est : de quoi les Liégeois auront-ils besoin dans dix ou vingt ans ? Et, vu l’augmentation actuelle et prévisible du prix du pétrole, vu la pauvreté qui gagne du terrain de façon inquiétante, la réponse est évidente : des transports en commun.

4. On attend la liaison CHB depuis 30 ans.

Au bas mot en effet, ça fait des décennies que le projet CHB est dans les cartons (ce qui n’empêche que, jamais encore, une étude globale sur l’impact de CHB au niveau de l’agglomération liégeoise n’a été réalisée). Mais il se trouve que certaines petites choses ont changé depuis lors : on a pris conscience du réchauffement climatique, on a compris que le transport routier est l’une de ses causes importantes et l’énergie est devenue chère alors qu’elle était à l’époque disponible en abondance. Et on l’attend depuis trente ans, cette autoroute ? Cette phrase sonne comme un aveu...

On est en droit d’attendre des mandataires publics un débat sérieux sur notre avenir. Une fois de plus, le ministre Daerden esquive. Une fois de plus, quelques effets de manche rhétoriques sont sensés nous tenir lieu de viatique. C’est parfaitement irresponsable. C’est parfaitement inacceptable.

Ah oui, et si l’on pouvait éviter désormais de dénommer l’intéressé — ministre en exercice et élu du peuple tant qu’à présent — de ce vocable absolument incongru de « papa », on sortirait sans doute un peu de ce provincialisme beauf dont s’étouffe trop fréquemment notre pays de Liège.