1- Edito d’Olivier Mouton dans Le Soir du 14.12.07 Le chaos sur tous les ponts d’un navire perdu
Parfois, en songeant à cette Belgique en crise depuis plus de six mois, on se souvient du Titanic. Ici, l’iceberg était annoncé, mais notre Etat l’a heurté de plein fouet. Et sombre, lentement. Guy Verhofstadt sera-t-il le capitaine susceptible de colmater les brèches à la dernière minute ? Chaque jour qui passe, sa mission semble de plus en plus insoluble. Car le chaos règne sur tous les ponts du navire.
Jeudi, le parlement flamand a rajouté une nouvelle couche au désarroi et à la méfiance des francophones. En commission, tous les partis du Nord du pays ont voté une proposition de décret visant à rendre la Flandre compétente pour l’inspection pédagogique dans les écoles primaires francophones de la périphérie bruxelloise. En clair, une reprise en main de cet enseignement au nom du sacro-saint principe de territorialité. Une « nouvelle gifle » ou un « vote vexatoire » : la réaction francophone ne s’est pas fait attendre. Une procédure en conflit d’intérêt est entamée. Un nouveau bras de fer entre des Communautés qui se divisent chaque jour davantage. La confiance est au plus bas, à l’heure où une réforme de l’Etat est annoncée. Mais comment se parler dans un contexte où prime sans cesse la loi du plus fort ?
Cela brûle sur tous les ponts, disions-nous. Ainsi, la zizanie francophone fait-elle peine à voir. Le prétendu front des quatre présidents de parti, qui n’a jamais été très fringant, est au bord de la rupture. L’inimitié entre le MR, qui pourrait tout perdre dans l’aventure, et ce qu’il nomme le « cartel CDH-PS » est à son climax. Ironie du sort : alors que les partis francophones réclamaient un gouvernement au plus vite pour gérer l’urgence, ils sont à présent susceptibles d’être à l’origine du blocage. Surréaliste et dangereux : cela prouverait par l’absurde que le pays est ingouvernable…
Sur tous les ponts, on se fusille, on se déteste, on se charge. Le débat n’est guère plus limpide au Nord. Le SP.A a posé ses conditions pour une éventuelle participation, le CD&V est ouvert mais l’Open VLD râle.
Leterme et Reynders trépignent dans l’ombre. Guy Verhofstadt doit prendre l’initiative. Mais les jours passent, le navire s’enfonce et une question s’impose : mais où est passé le gouvernail ?
2- Le Kroll du jour : Le cauchemar de Didier
3- Edito de Michel dans La Libre Belgique Nouvelle fausse note en périphérie
En adaptant l’adage : "On peut plaisanter de tout mais pas avec tout le monde", on pourrait dire, pour ce qui est de la politique : "On peut voter n’importe quel décret, mais pas à n’importe quel moment".
Et le moment que vient de choisir le Parlement flamand pour voter le décret inspection scolaire dans l’enseignement francophone de la périphérie n’est pas le bon.
Venant après le vote sur la scission de l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde en commission de l’Intérieur de la Chambre, venant après la décision du ministre flamand de l’Intérieur de ne pas nommer trois bourgmestres francophones de la périphérie, voilà le Parlement flamand qui impose l’inspection scolaire dans les écoles francophones de la périphérie par l’administration flamande.
Quand bien même les leaders politiques flamands se sont voulus rassurants - à l’exception, évidemment du Vlaams Belang qui propose l’interdiction pure et simple de l’enseignement francophone - la méfiance s’est installée. Et on ne peut manquer de voir dans ce geste à haute valeur symbolique un pas supplémentaire vers la flamandisation totale de la périphérie. Un geste, après bien d’autres, qui n’a, sinon pour but, du moins comme seul effet que de rendre plus désagréable la vie des habitants du cru.
Ce vote laisse, à nouveau, la désagréable impression que là où la Flandre ne veut pas de consensus, elle s’impose par la force. Il est mille manières de multiplier les tracasseries et rendre de plus en plus difficile, voire impossible un enseignement de qualité. Et l’on sait combien les responsables flamands peuvent se montrer tatillons en la matière.
Un seul homme, il faut le dire, Jef Tavernier, de Groen !, a fait entendre une voix discordante. Il n’a pas approuvé le texte parce que le "climat du moment n’est pas serein", a-t-il dit. Et de demander la recherche d’un nouveau protocole d’accord entre les deux communautés.
Il n’a, faut-il le dire, pas été entendu ! C’est pourtant la voie du bon sens. D’autant qu’il n’y a aucune urgence, aucun motif même, de changer le système actuel si ce n’est la volonté d’affirmer que sur le "Vlaamse grond" la Flandre a monopole absolu et sans partage de la décision.
Une telle démonstration de force brutale relève presque de l’aveu de faiblesse.
4- Peut-être bien que les francophones, après tout, ont des têtes à claques.