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Des Bulles

Emerveillements, énervements,... carnets cathartiques

En bref

10/04 — Pierre Larrouturou

Après un passionant débat hier soir à Charleroi, Pierre Larrouturou était aujourd’hui invité par la RTBF. Il s’agit d’une voix particulièrement précieuse dans la gauche européenne aujourd’hui, dont j’apprécie éminemment la perception lucide des réalités sociales et économiques |1| couplée à la proposition de réelles pistes de sorties de la folie furieuse dans laquelle nous vivons. Voici l’enregistrement de son intervention de tout à l’heure.

/IMG/mp3/20080410_RTBF_Pierre_Larrouturou.mp3

|1| Avec néanmoins une réserve sur l’utilisation un peu trop peu distanciée qu’il fait du concept de croissance.

 

28/11 — La part du travail continue de baisser

La part des revenus du travail dans la richesse nationale est une donnée économique essentielle, absolument fondamentale. Ce chiffre constitue en particulier un bon indicateur du caractère plus ou moins inégalitaire d’une société. De ce fait, il reflète à mon avis assez fidèlement l’état du rapport de forces entre la gauche et la droite (bon, je vous préviens, c’est pas super réjouissant).

Sachez, chers lecteurs, que la part des revenus du travail dans la richesse européenne n’a jamais été aussi faible qu’aujourd’hui. C’est du moins ce que signale le rapport annuel sur l’emploi en Europe (disponible uniquement en anglais) de la Commission européenne, dont l’édition 2007 vient d’être publiée.

On y apprend que la part du revenu du travail dans la richesse globale est passée de 70% du PIB en 1975 à 58% en 2006 (pour l’Europe des 15). En ce qui concerne la Belgique, même tendance, un tout petit peu moins marquée : on est passé de 67% en 1981 à à 60% en 2006. En cause, selon le rapport : les politiques de modération des revenus, le chômage où la croissance des revenus financiers, mais aussi le remplacement croissant des travailleurs les moins qualifiés par des machines.

Et le reste ? demanderez-vous à bon droit. Qu’en fait-on du reste de la richesse nationale ? Le reste, tout simplement, ce sont les revenus du capital sous ses diverses formes (loyers, dividendes, plus-values, rentes diverses,...). Autrement dit, en caricaturant à peine, un travailleur européen qui bosse 38 heures semaines (oui, je sais, dans certains pays, c’est vachement plus) passe en moyenne 16h par semaine à trimer pour le seul portefeuille des actionnaires et autres rentiers. C’est ce qu’on appelle le capitalisme.

Il y a bien des choses à dire sur cette évolution très dommageable des choses (au point que la Commission elle-même s’inquiète pudiquement de ses conséquences préjudiciables à la « cohésion sociale »), dont on se contentera pour l’instant de prendre note.

Et puis, quand même, un petit jeu : essayez de dénicher dans un journal tirant à plus de 50.000 exemplaires un article un peu substantiel qui donne cette information et explique clairement ce qu’elle signifie (à mon avis, ce chiffre mériterait de faire la une de tous les quotidiens). Pour ma part, j’ai cherché sur le net, j’ai pas trouvé (il y avait une brève de 10 lignes dans le supplément économique du Soir de ce mardi). Cela dit, le machin ayant été publié lundi, on peut attendre quelques jours avant de tirer des conclusions.

 

12/10 — Conférence de Pierre Larrouturou

Pierre Larrouturou (dont j’avais déjà relevé une intervention l’année passée) donnait hier soir une conférence à Liège, sur les « urgences sociales », dans le cadre du cycle de conférences sur l’Europe organisé par ATTAC Liège.

Voici un enregistrement de sa très intéressante intervention.

Ecouter :

/IMG/mp3/20071011_Pierre_Larrouturou.mp3

Télécharger :

MP3 - 24.8 Mo
 

Capitalisme

jeudi 30 octobre 2008

Les recettes « démocratiques » d’un ancien président italien contre les mouvements sociaux

Voici la traduction d’un extrait d’une interview de Francesco Cossiga , ancien président du conseil et président italien, parue dans le journal Quotidiano Nazionale le 23 octobre dernier.

Cette interview est à replacer dans le contexte de la très importante mobilisation du monde de l’enseignement italien qui a lieu depuis un mois en réaction aux coupes budgétaires (7,8 milliards d’euros, 87.000 suppressions de postes d’enseignants) décidées par le gouvernement Berlusconi. La reforme de la ministre Mariastella Gelmini prévoit la diminution de l’horaire scolaire dans le primaire, le passage à un enseignant unique par classe et la fermeture des petites écoles. Les universités sont également concernées : réductions d’effectifs et privatisations à peine déguisées sont notamment prévues.

Dans de nombreuses villes italiennes, étudiants, lycéens, professeurs et parents d’élèves se mobilisent contre la réforme. Voir par exemple l’article de Salvatore Aloïse dans Le Monde de demain.

« Il faut les arrêter. Le (...) [lire la suite]

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vendredi 20 juin 2008

Le nouveau protocole

Attention, ce post révèle l’intrigue du film.

J’ai vu hier (enfin, mercredi) Le nouveau protocole, de Thomas Vincent. Ce film, massacré par la critique, raconte l’histoire d’un homme, Raoul, exploitant forestier (joué par Clovis Cornillac), dont le fils meurt dans un accident de voiture. Suite à une rencontre avec une jeune femme, Diane (Marie-Josée Croze), plus ou moins journaliste, qui lui affirme que son fils est mort en raison des effets secondaires d’un médicament qu’il testait dans le cadre d’essais cliniques, cet homme taciturne et réservé va, après quelques hésitations, se lancer dans une enquête éperdue dans le monde des multinationales pharmaceutiques. Son domicile sera cambriolé, la jeune femme, avec laquelle il commence à travailler, semble harcelée par les barbouzes de la société pharmaceutique sur laquelle se portent les soupçons de notre duo de choc. Le bûcheron, qui monte un peu trop dans les tours, va tuer l’un d’eux et assommer l’autre, puis cambrioler les locaux de la boîte (...) [lire la suite]

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lundi 7 avril 2008

Le boycott des jeux olympiques de Pékin, une asymétrie tristement révélatrice

Alors que se multiplient les appels au boycott des prochains jeux olympiques d’été, prévus pour cet été en Chine, permettez-moi de poser bièvement les trois questions suivantes et d’en tirer trois conclusions.

1. Pourquoi boycotter le pouvoir chinois et pas, par exemple, le pouvoir russe ou étatsunien ? Si la répression dont fait l’objet en Chine la liberté d’expression — et d’autres libertés fondamentales avec elle — m’indigne sans équivoque, je ne suis pas certain que les outrages aux droits de l’homme dont est responsable le pouvoir chinois soient tellement plus considérables que ceux que commettent d’autres puissances. Au risque d’encourir le terrible risque de passer pour anti-américain (brr, j’en frémis), puis-je par exemple rappeler que c’est aux Etats-Unis qu’on légalise aujourd’hui même la torture ? Il n’est pas non plus inutile de souligner que la Chine n’a pas engagé la moindre guerre, a fortiori illégale, depuis que le régime en place est installé, ce qui n’est pas le cas, loin s’en faut, très (...) [lire la suite]

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mardi 5 février 2008

L’homme domestiqué

C’est à toi, Bruno Colmant, l’homme dont le nom s’étale régulièrement dans les journaux — dans les pages « forum » du Soir de ce mardi, par exemple —, que ces lignes sont dédiées. À toi qui cherches à distraire l’attention de millions de personnes qui s’interrogent. Ce pour quoi, il faut le reconnaître, tu as un certain talent. Peut-être même de la sincérité — la belle affaire.

Je ne fais pas l’inventaire de tes interventions publiques, nous n’en sortirions pas. Au passage, excuse-moi ce tutoiement désinvolte. Je ne suis pas coutumier de telles familiarités, mais vu la manière suffisante dont tu t’adresses à un camarade, il me semble que c’est là pratique de bon aloi. Rassure-toi, la réciproque a ses limites : je n’éprouve pour ma part aucun sentiment paternaliste à ton égard.

Mais parlons-en, justement, de ce camarade. Il s’appelle Jérôme. Oui, comme l’autre, celui de la Société Générale, mais la comparaison s’arrête là — ça, au moins, tu l’as bien compris. Tu croyais ne jamais connaître son nom. Tu pensais (...) [lire la suite]

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lundi 23 juillet 2007

Pour des maisons des services publics

Ou tout ce qu’il aurait été possible de faire si l’on avait pas bêtement privatisé le secteur public. Ou encore ce qu’il serait possible de faire si on décidait de nationaliser à nouveau certains secteurs de l’économie,...

Face à l’éclatement des pouvoirs publics avec lesquels le citoyen est amené à interagir et vis-à-vis desquels il a de toute évidence du mal à se retrouver, un effort d’accessibilité s’impose. Face au démantèlement des services publics, devenus — au fil des « consolidations stratégiques » et des privatisations — des entreprises publiques, des entreprises publiques autonomes et finalement des entreprises tout court, soucieuses de profit et de rien d’autre, il est nécessaire de reconstruire des fonctions collectives efficaces au service du citoyen. Face à la logique capitaliste qui prévaut au niveau européen, le secteur public serait bien inspiré de montrer qu’il a quelques beaux atouts à faire jouer. Face à la complexité de plus en plus grande des tâches auxquelles nous sommes confrontés dans la (...) [lire la suite]

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mardi 5 décembre 2006

Jeux de dupes autour de VW Forest

J’ai beaucoup de difficultés à comprendre ce qui se passe dans l’affaire de « VW Forest », je dois bien le dire. J’ai écrit, très rapidement, un premier texte, assez long, que je me résous à publier ici (en l’antidatant à date d’écriture) malgré les gros problèmes qu’il me pose. À défaut d’approfondir les jugements sur l’état du monde et les grands programmes pour l’avenir que je m’étais hasardé à ébaucher dans ce premier texte, choses nécessaires sans doute, il est toujours possible et fréquemment plus instructif de se contenter de poser quelques questions périphériques sur les incohérences apparentes de cet événement.

Le constat le plus difficile à poser, c’est celui du deux poids deux mesures, qui devrait pourtant sauter aux yeux. Il est terriblement difficile à poser, ce constat, parce que la moindre des choses qu’on puisse faire vis-à-vis de travailleurs qui perdent leur emploi est d’exprimer une solidarité, d’autant plus indispensable que les systèmes de protection sociale sont en recul et que la perte d’un (...) [lire la suite]

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vendredi 24 novembre 2006

Quelques notes à chaud à propos de VW Forest

La menace grondait, elle s’est avérée : un nouveau désastre social commence en Belgique et plonge dans l’hébétude les dix mille — et plus — travailleurs menacés. Il les place devant la menace du chômage qui — bien plus qu’une sécurité face au risque économique ou un droit fondamental — est devenu un véritable purgatoire ainsi qu’une indignité, conformément aux injonctions des théoriciens de l’état social actif et c’est d’abord cela qui constitue le « drame » qu’on commente aujourd’hui.

Tandis qu’à la bourse de Francfort, l’action VW est annoncée en forte hausse, les pouvoirs publics s’apprêtent à ramasser les plâtres. Au-delà de l’émotion légitime et de la colère qui saisit chacun de nous devant ce constat scandaleux, il est important de se poser quelques questions sur les raisons qui ont permis à la situation présente d’arriver et sur la manière dont il convient d’éviter qu’elle se reproduise ; non sans démasquer au passage quelques tartuffes.

Pourquoi licencier ? Ce n’est pas du côté du nationalisme supposé des (...) [lire la suite]

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samedi 11 novembre 2006

« La publicité fait partie de la vie »

Ça dit : « Annonceur : le papa. Cible : le reste de la plage. Le message : “Je suis le meilleur papa du monde”. Stratégie : Construire le plus beau château de sable. » D’où vient cette prose lamentable ? D’une campagne de pub pour la pub (qui en a visiblement bien besoin).

Oui, vous avez bien lu, le « Conseil de la publicité » fait de la publicité pour promouvoir le concept de la publicité — dont on dirait qu’ils finissent par se rendre compte qu’il insupporte une bonne partie de la population —, publicité qui serait légitime au motif que « tout le monde en fait ». Pour prouver cette assertion absurde, rien d’un tel qu’un exemple avec une photo. D’où l’appel à ce papa et à sa fille en train de construire un château de sable sur la plage.

Il me semble qu’on saurait difficillement mieux résumer que par cette campagne obscène tout ce qu’il y a d’essentiellement avilissant dans le système publicitaire. Si le papa fait un château de sable ; plus encore si le papa est papa — parce que son enfant lui-même est (...) [lire la suite]

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dimanche 17 septembre 2006

L’UPTR et le libéralisme

Un des critères les plus parlants pour faire la différence entre les deux concepts que sont le libéralisme et le capitalisme — distinction extrêmement importante à mon avis, et trop souvent négligée voire carrément niée dans les milieux alter — c’est de constater que le capitalisme ne se conforme aux règles du libéralisme que quand ça l’arrange — c’est-à-dire finalement assez peu souvent — et que le libéralisme ne lui sert la plupart du temps que de couverture idéologique, de paravent intellectuel, utilisé pourtant de façon très peu crédible si l’on prend la peine de s’y attarder un instant.

Car le libéralisme a beau avoir beaucoup de défauts, il n’est pas totalement dépourvu de mécanismes régulateurs : basiquement, le prix sur le marché est sensé modifier les comportements des acteurs (rationnels, les acteurs), de façon à opérer une réallocation permanente des ressources en fonction des conditions de la production. C’est ce type d’arguments que les « vrais » libéraux utilisent pour expliquer que l’écologie « (...) [lire la suite]

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samedi 11 février 2006

Arcelor vs. Mittal. Plaidoyer pour une position cynique

Les entreprises capitalistes sont ce qu’elles sont : des structures dont le premier rôle est de permettre aux détenteurs de capital de s’approprier encore plus de ressources au détriment de la société en général et des salariés en particulier ; bref des organismes prédateurs dont il convient de se méfier. Sont-elles pour autant inutiles dans la société ? Sans doute pas, puisqu’elle permettent dans certains cas d’effectuer certaines tâches utiles de façon relativement efficace. Simplement, quand on traite avec une entreprise capitaliste, il ne faut jamais perdre de vue ce à quoi on a affaire. Ceci est d’autant plus vrai que l’entreprise est grande car ses décideurs ne trouvent alors plus de raison de s’encombrer des préventions et des relations sociales qui peuvent faire de certains petits entrepreneurs des gens attentifs aux personnes et au milieu qui les entourent. Tant Mittal Steel qu’Arcelor — les deux plus grandes entreprises sidérurgiques du monde dont la première tente actuellement de prendre le (...) [lire la suite]

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mercredi 23 février 2005

Dialogue

Il y a quelques jours, mon téléphone portable sonne. Je décroche et la voix, marquée d’un fort accent flamand, entame :

— Bonjour Monsieur Sschchreuuer, c’est Mobistar, je ne vous dérange pas ?

— Si

— ...

— ... (?)

— Je vous appelle parce que nous avons constaté que vous avez un téléphone portable doté d’un écran couleur

— Effectivement, mais je viens de vous dire que

— Et nous avons constaté que vous n’avez pas activé [ici le brave gars avec son accent flamand me parle d’un système qui permet de recevoir des sms avec des images et ce genre de choses]

— Ah bon ?

— Et donc, je vous propose d’activer cette option. C’est complètement gratuit

— Non, je vous remercie, ça ne m’intéresse pas

— Mais c’est complètement gratuit

— J’ai bien compris. Mais ça ne m’intéresse pas

— Mais c’est complètement gratuit

— Je viens de vous dire que

— Excusez-moi Monsieur, excusez-moi de vous avoir dérangé. Au revoir, Bonne soirée

Là, l’homme raccroche, manifestement troublé par ce dialogue un peu bizarre. J’admets ne pas (...) [lire la suite]

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