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Des Bulles

Emerveillements, énervements,... carnets cathartiques

En bref

24/02 — XXI

Tout le monde en a déjà parlé, je sais — lire par exemple ce qu’en écrit The Mole (faut dire, un succès éditorial dans la presse, c’est pas banal banal vu la morosité des temps). Je voulais quand même ajouter mes deux sous pour vous dire moi aussi tout le bien que je pense de l’objet après l’avoir lu de bout en bout (déjà, rien que ça, ça dénote pas mal par rapport à la manière courante et survolante de « consommer » les médias).

XXI, donc, est un nouveau trimestriel. 200 pages de « narrative journalism » haut de gamme vendues exclusivement en librairies (au sens français du terme ; au grand dam des marchands de journeaux) et qui s’arrachent comme des petits pains, malgré les 15 euros qu’il en coûte. Et si la campagne de promotion du nouveau venu — il y a du beau monde à l’orchestration |1| — a manifestement été très soignée, elle n’explique pas à elle seule un engouement qui semble principalement lié à la qualité des plumes qui s’y expriment.

Ce qui est étonnant avec cet authentique ovni médiatique, c’est que, me semble-t-il, la recette du succès prend méchamment à rebrousse-poil les idées reçues généralement admises parmi les éditeurs de presse, dont le moutonisme un peu pathologique est pour le coup nettement mis en lumière.

Alors que la tendance est au raccourcissement forcené des articles (comptez donc le nombre de phrases d’un article de La Meuse ou de la DH,..), XXI nous livre des articles de dix pages, dans lesquels on a le temps de s’immerger. Face à la profusion des flux d’informations de plus en plus accessibles, XXI renonce d’emblée à toute espèce d’exhaustivité, faisant le choix de la sobriété pour approcher les choses par quelques points d’appui bien choisis.

Alors que la disponibilité gratuite des articles sur le web est plus ou moins redevenue la norme dans la presse francophone après quelques années de fermeture relative, les articles de XXI ne sont disponibles qu’en papier — le site du magazine de contentant de compléter l’offre éditoriale. Ceci reste sans doute une question largement ouverte (on me sait par ailleurs plus chaud partisan du libre accès à l’informaion) — particulièrement en ce qui concerne la contradiction entre rémunération des journalistes et accès à l’information du plus grand nombre.

Alors que la tendance est à la chronique des insignifiantes trépidations du pouvoir, au journalisme de cour, à la starification gratuite de petits roitelets vulgaires dans leurs habits trop grands de représentants du peuple, XXI prend le large, sans façon. On peut par exemple lire dans ce premier numéro un article époustouflant d’Emmanuel Carrère sur Edouard Limonov, écrivain protéiforme et opposant baroque au poutinisme, un article dont j’aimerais vraiment beaucoup que vous ne vous dispensassiez pas de la lecture.

Alors que, parallèlement à sa prolétarisation accélérée, la gent journalistique est loin de faire systématiquement honneur à son statut putatif d’élite culturelle, les journalistes de XXI nous donnent du « lourd ». Il y a de la plume et du fond, du style et pas mal de kilomètres au compteur. Faut dire qu’on leur a vraisemblablement laissé le temps et les moyens de mijoter tranquillement leur papier... Ça aussi, c’est pas spécialement banal.

Même sur le plan des illustrations, XXI détonne. Passée la couverture « à l’italienne » un peu criarde, on découvre de la photo, du dessin, du graphisme cohabitant sans mal avec des pages entières de texte nu, le tout dans un style assez éloigné de l’imagerie d’agence ou de la photo illustrative qu’on retrouve le plus souvent dans la presse. Cerise sur le gâteau, un reportage en bande dessinée (j’avais jamais vu ça, moi) du très délicat Jean-Philippe Stassen — dans lequel les Liégeois reconnaîtront la Casa Ponton, sur la première planche — clôture en beauté ce premier numéro.

Alors que les patrons de presse semblent généralement persuadés que leur métier consiste à répéter veulement aux lecteurs ce qu’ils veulent entendre, XXI s’offre et nous offre le luxe rare de nous surprendre, voire de nous dérouter.

Alors que la tendance est au gratuit-papier-chiotte, à l’omniprésence de la pub, XXI nous épargne tout ça, nous demande quinze euros pour 200 pages denses. Autant dire que ça les vaut. De quoi donner quelques idées aux éditeurs de presse ?

|1| Laurent Beccaria, fondateur et directeur des éditions des Arènes, est directeur de la publication. Patrick de Saint-Exupéry, ancien grand reporter au Figaro et ancien récipiendaire du prix Albert Londres, est rédacteur en chef. Parmi les actionnaires, outre ces deux personnes, on retrouve notamment Gallimard et Charles-Henri Flammarion.

 

22/02 — Pour financer les cadeaux fiscaux aux riches, l’Etat fédéral ponctionne la SNCB et les entités fédérées

Ce qu’il y a de suffocant dans la politique socio-économique réactionnaire qui est menée en Occident depuis quelques décennies, c’est non seulement le caractère strictement inique des lois qui sont votées — et qui sont directement responsables du fait que des dizaines de millions d’européens vivent aujourd’hui dans la pauvreté, entre autres choses — mais c’est aussi et peut-être surtout la manière dont ces « réformes » sont présentées, sous le sceau prétendu d’un « bon sens » permanent, sous la contrainte alléguée d’une nécessité économique qui n’existe, si elle existe, qu’en raison du dumping acharné que se livrent notamment les Etats membres de l’Union européenne.

Ainsi, la discussion budgétaire difficile dans laquelle notre ersatz de gouvernement fédéral est actuellement embourbé — et les appels qui s’ensuivent à la « solidarité » (sic) des entités fédérées — a ceci d’irritant qu’elle n’est, somme toute, que la conséquence des réformes fiscales inconsidérées qui ont été votées par les précédentes majorités (« arc-en-ciel » puis « violette ») et de la complaisance manifestée par le ministre des finances Didier Reynders (photo) à l’égard de la fraude fiscale (sans parler de sa gestion générale du département des finances, assimilé par d’aucuns à du sabotage passif). Après avoir dilapidé des sommes astronomiques dans des « cadeaux » aux riches, comment s’étonner que l’argent manque dans les caisses ?

Il y a dans la manière de présenter la situation — excluant d’emblée que la solution pourrait tout simplement être de taxer le capital ou de réinstaurer la tranche supérieure de l’impôt sur le revenu —, tant dans le chef des grands médias que dans celui des partis politiques, quelque chose d’authentiquement castrateur de tout débat public. Il y a en particulier de l’indécence à affirmer, comme le fait dans une belle unanimité le gouvernement fédéral, que, sans contestation possible, la situation budgétaire est une menace sur la sécurité sociale. Tout comme il en a à demander aux Communautés et à la SNCB de contribuer à l’effort budgétaire — ce qui revient à entraver les investissements dans l’enseignement et la recherche ou dans la mobilité en commun, pourtant portés aux nues par les mêmes comme des priorités absolues.

Que, face à ces demandes, le gouvernement wallon se dise « prêt à collaborer » me laisse pantois, dans la mesure où cette attitude revient, pour les partis de la majorité régionale (PS & CDH) à entériner implicitement la lecture fiscale qui est manifestement faite à l’échelon fédéral, sous l’impulsion des deux partis « libéraux » dont l’offensive de long terme ne se dément pas, loin sans faut : de nouvelles baisses de la fiscalité sont en effet une fois encore à l’ordre du jour...

 

2/02 — L’euro à la gloire de l’euro

Le délire onanistique des oligarques européens semble parfois n’avoir guère de limites. Ainsi apprend-on — anecdote parmi les anecdotes — qu’un « vote » (sic) est lancé afin de déterminer le motif qui ornera une pièce spéciale de deux euros fêtant le dixième anniversaire de notre monnaie commune (à nous les fiers européens de l’« eurozone », poil aux neurones).

Qu’on utilise la monnaie matérielle comme vecteur de l’idéologie de l’institution qui l’émet, il n’y a, ma foi, rien que de très banal à cela — il y a peu d’objets qui circulent autant de main en main chaque jour, ce qui n’a pas échappé au pragmatisme bien connu de nos « élites » auto-proclamées.

Mais que l’Europe n’y trouve rien d’autre à célébrer que... sa propre monnaie, voilà qui est confondant. Pouvait-on trouver démonstration plus éclatante de l’autophilie maladive qui atteint le système nerveux de notre cher empire post-moderne ?

Alors qu’un traité réformant les institutions sera très probablement adopté et approuvé de la façon la plus scandaleuse qui soit — par des parlements qui feront savoir par leur morgue, notamment en France, la haute estime en laquelle il tiennent le vote populaire — voilà que l’Union propose un « vote » par internet permettant aux braves « citoyens » (hu, hu) de choisir parmi 5 créations (médiocres) à la gloire du beau, du grand, du merveilleux Euro celle qui sera amenée à infiltrer tous nos portefeuilles...

Pouvait-on trouver singerie plus révélatrice autant que grotesque du crédit qu’a encore en Europe la démocratie ? Je me pose la question.

 

2/02 — In memoriam Velojef

Je viens d’apprendre que Jean-François Carbonelle aka Velojef a mis fin à ses jours le 2 janvier.

Ceux qui fréquentent les manifs écologistes connaissent la silhouette familière de Jef, circulant sur un vélo muni de drapeaux gigantesques, sa bonhommie charmante, son exigence.

J’ignore les raisons de son choix. Mais qu’un camarade tellement plein d’humanité choisisse d’anticiper la plongée dans le néant en dit long, je pense, sur l’impasse collective dans laquelle nous nous trouvons, sur la violence insoutenable que produit notre système.

Il est urgent que la résistance s’organise.

Qu’il repose en paix.

 

février 2008

samedi 23 février 2008

Kosovo, l’autodétermination contre la souveraineté démocratique

Les autorités de la province serbe du Kosovo, jusqu’alors sous administration de l’ONU, ont donc proclamé unilatéralement son indépendance, il y a maintenant une petite semaine.

Face à cet événement attendu et rendu possible par eux, la réaction des gouvernements occidentaux, largement favorable à la reconnaissance du nouvel Etat, n’a bien sûr guère surpris. Si dans le cas de l’administration étatsunienne, les choses semblent claires, elles sont pourtant sans doute un rien plus complexes en ce qui concerne l’Union européenne. Selon DeDefensa : « S’il y a un sujet qui fait l’unanimité dans les institutions européennes, principales machinatrices avec les USA de l’indépendance, c’est bien le Kosovo. “Il est impressionnant de constater combien tous les dirigeants européens, Solana, les Commissaires à la Commission, etc., combien tous sont persuadés que l’indépendance du Kosovo est une catastrophe absolue, nous dit une source à la Commission européenne. En plus des événements en cours, de l’attitude de la Russie, (...) [lire la suite]

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dimanche 17 février 2008

Gratuité des transports publics, ça bouge un peu

La bonne idée de la semaine écoulée, une fois n’est pas coutume, vient du PS. « [...] la confection d’un budget, écrit Elio Di Rupo sur son blog, c’est aussi l’occasion d’être volontariste dans les domaines de société. Une mesure qui combinerait, selon moi, diminution du coût de la vie, mobilité harmonieuse et volontarisme environnemental serait de rendre les transports en communs, et notamment, le trafic national passagers de la SNCB entièrement gratuit. » Il précise sa pensée dans une interview au journal Métro : « il faut tendre vers la gratuité tout simplement parce qu’on ne pourra pas résoudre les problèmes climatiques et d’encombrements de nos routes sans passer par là », ajoutant encore que « dans les cinq à dix années qui viennent, il faudra entamer une réflexion plus fondamentale sur le chemin de fer et les transports en commun. » (via Belga)

Faut-il le dire, je suis à 100% d’accord.

Oui, la gratuité des transports en commun est une mesure de bon sens dans le contexte actuel, susceptible de contribuer (...) [lire la suite]

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vendredi 15 février 2008

Soufflets pour l’éolien ?

Les critiques se sont multipliées, dernièrement, à l’encontre de l’énergie éolienne, désormais ouvertement vilipendée par des associations organisées à cette seule fin. Jusqu’à l’éminent Hervé Kempf y est allé, ce jeudi, d’une saillie attérante dans Le Monde après que Martine Betti-Cusso ait fait de même dans un kilométrique et alarmiste papier dans Le Figaro Magazine. Ceci m’incite à dire deux mots de la question.

Actons tout d’abord avec Kempf que, bien évidemment, la première chose à faire lorsqu’on parle d’énergie, c’est de se préoccuper de la réduction de la consommation. Le principal gisement d’énergie se trouve, ainsi que l’explique l’association Negawatt, dans notre propre — et excessive — consommation d’énergie. Il devrait y avoir consensus sur ce point. Reste que, cela acquis, même dans une société post-carbone et post-nucléaire où l’on ne consommera plus d’énergies fossiles, nous aurons toujours besoin d’énergie. L’éolien et les autres formes d’énergie renouvelable seront alors indispensables.

Si jusqu’il y (...) [lire la suite]

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jeudi 7 février 2008

Acquittement dans le procès DHKP-C : l’heure des comptes ?

Le verdict est finalement tombé, après de longues semaines d’attente : acquittement ! Les sept prévenus du procès DHKP-C sont libres ! Outre un soulagement immense (je pense à ces sept personnes et à l’infamie qu’elle ont subie pendant plus de deux ans), c’est là un gigantesque retournement de situation — on s’attendait au pire —, un fait politique majeur, et puis surtout une énorme victoire pour les libertés publiques sérieusement mises à mal en ces temps de « lutte contre le terrorisme ». Oui, traduire un communiqué du turc vers le français n’est pas (encore) un acte criminel.

Contre les pressions politiques évidentes, en dépit de la manipulation de l’information dont le procureur était devenu familier, malgré la manière honteuse dont certains médias (notamment en Flandre) ont couvert l’affaire, relayant les plus basses calomnies de l’accusation et tenant les accusés pour coupables avant que le verdict soit rendu, malgré l’indolence coupable d’un « grand public » parfaitement indifférent à ce que soit (...) [lire la suite]

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mardi 5 février 2008

L’homme domestiqué

C’est à toi, Bruno Colmant, l’homme dont le nom s’étale régulièrement dans les journaux — dans les pages « forum » du Soir de ce mardi, par exemple —, que ces lignes sont dédiées. À toi qui cherches à distraire l’attention de millions de personnes qui s’interrogent. Ce pour quoi, il faut le reconnaître, tu as un certain talent. Peut-être même de la sincérité — la belle affaire.

Je ne fais pas l’inventaire de tes interventions publiques, nous n’en sortirions pas. Au passage, excuse-moi ce tutoiement désinvolte. Je ne suis pas coutumier de telles familiarités, mais vu la manière suffisante dont tu t’adresses à un camarade, il me semble que c’est là pratique de bon aloi. Rassure-toi, la réciproque a ses limites : je n’éprouve pour ma part aucun sentiment paternaliste à ton égard.

Mais parlons-en, justement, de ce camarade. Il s’appelle Jérôme. Oui, comme l’autre, celui de la Société Générale, mais la comparaison s’arrête là — ça, au moins, tu l’as bien compris. Tu croyais ne jamais connaître son nom. Tu pensais (...) [lire la suite]

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