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Des Bulles

Emerveillements, énervements,... carnets cathartiques

En bref

20/06 — L’Irlande au banc des accusés

Après le « non » irlandais au traité de Lisbonne, les réactions de l’oligarchie eurocrate se multiplient pour disqualifier le vote. D’ores et déjà, il serait question de faire revoter les Irlandais, d’ici quelques mois, en espérant qu’ils votent « bien » (avant un troisième scrutin ? Puis un quatrième ? Y’a pas de raison...).

Le premier ministre irlandais (ouiouiste, comme de bien entendu) est pour le moment à Bruxelles... pour se faire taper sur les doigts (photo). Les chefs d’Etats et de gouvernement cherchent « une solution pour sauver le traité de Lisbonne » alors qu’ils seraient mieux inspirés d’acter sa mort clinique et de lancer enfin un réel processus constituant européen.

Mais dans les déclarations de ces messieurs les oligarques, on ne trouve pas la moindre nuance de remise en question. Ils ont raison, ils en sont sûrs et n’en démordront pas, quoi qu’en pense le peuple. Ils expliquent sentencieusement qu’« un pourcent de la population ne peut pas bloquer toute l’Europe » alors qu’ils ont obtenu que les 99 autres pourcents... ne soient pas consultés.

Cette situation est un scandale qui devrait émouvoir tous les démocrates du continent, quelles que soient leurs opinions au sujet de ce traité et de la construction européenne : en démocratie, la souveraineté appartient au peuple. Quand le peuple et ses élus sont en désaccord, c’est à ces derniers de se démettre.

 

12/06 — Et si l’Irlande...

La ploutocratie européenne aura tout fait pour le faire passer, se sera assis à des dizaines de reprises sur l’opinion des peuples, majoritairement défavorable, je pense, au processus de consolidation du capitalisme à quoi se résume aujourd’hui |1| — j’en pleure de rage — l’intégration européenne. Et pourtant... Et pourtant, ce n’est pas encore gagné ! Aujourd’hui, l’Irlande vote sur le traité de Lisbonne, resucée du défunt Traité constitutionnel. Les Irlandais sont en effet les derniers européens auxquels le droit à l’autodétermination n’a pas encore été enlevé : partout ailleurs, quand le peuple a mal voté, comme en France ou aux Pays-Bas,... on lui a retiré le droit de voter. En Irlande, donc, on vote aujourd’hui. Et malgré la propagande médiatique martelée sans cesse en faveur du oui, malgré là encore une classe politique plus soucieuse de ses privilèges que de son rôle historique, le « non » pourrait l’emporter.

Je l’espère ardemment. J’espère que ce nouveau caillou dans la chaussure des ploutocrates finira par permettre la remise en cause de la liberté de circulation des capitaux — ce dogme absolu qui nous détruit à petit feu —, la subordination de notre défense à l’impérialisme étatsunien via l’OTAN, l’indépendance de la banque centrale européenne...

Les ouiouistes vont finir par se prendre la déculottée majeure qu’ils méritent pour avoir foulé aux pieds le principe le plus fondamental de la démocratie : la souveraineté populaire. L’explosion sociale est latente, j’espère qu’elle saura bien choisir ses cibles, qu’elle saura comprendre que notre intérêt est bien celui d’une construction supra-nationale démocratique, contre le capital. Vu l’attitude inique du ouiouisme qui a tout cautionné, tous les reculs, tous les dénis, j’en doute cependant.

Vous trouvez que j’exagère ? Que j’en rajoute ? Lisez donc le témoignage de Céline Delforge, députée bruxelloise Ecolo et seule élue démocrate du pays à porter le non de gauche au traité de Lisbonne |2|. La manière dont elle a été traitée par son assemblée est une insulte à chacun de nous, un démenti flagrant, un de plus, aux prétentions démocratiques de notre régime politique faisandé.

Gardons la mémoire, camarades. Gardons la mémoire de tout cela.

|1| Dernier exemple en date, le « compromis » (sic) sur le temps de travail qui permet des horaires de travail hebdomadaire allant jusqu’à 60 heures !

|2| Lire aussi, sur ce blog, l’entretien avec elle réalisé en novembre dernier.

 

2/02 — L’euro à la gloire de l’euro

Le délire onanistique des oligarques européens semble parfois n’avoir guère de limites. Ainsi apprend-on — anecdote parmi les anecdotes — qu’un « vote » (sic) est lancé afin de déterminer le motif qui ornera une pièce spéciale de deux euros fêtant le dixième anniversaire de notre monnaie commune (à nous les fiers européens de l’« eurozone », poil aux neurones).

Qu’on utilise la monnaie matérielle comme vecteur de l’idéologie de l’institution qui l’émet, il n’y a, ma foi, rien que de très banal à cela — il y a peu d’objets qui circulent autant de main en main chaque jour, ce qui n’a pas échappé au pragmatisme bien connu de nos « élites » auto-proclamées.

Mais que l’Europe n’y trouve rien d’autre à célébrer que... sa propre monnaie, voilà qui est confondant. Pouvait-on trouver démonstration plus éclatante de l’autophilie maladive qui atteint le système nerveux de notre cher empire post-moderne ?

Alors qu’un traité réformant les institutions sera très probablement adopté et approuvé de la façon la plus scandaleuse qui soit — par des parlements qui feront savoir par leur morgue, notamment en France, la haute estime en laquelle il tiennent le vote populaire — voilà que l’Union propose un « vote » par internet permettant aux braves « citoyens » (hu, hu) de choisir parmi 5 créations (médiocres) à la gloire du beau, du grand, du merveilleux Euro celle qui sera amenée à infiltrer tous nos portefeuilles...

Pouvait-on trouver singerie plus révélatrice autant que grotesque du crédit qu’a encore en Europe la démocratie ? Je me pose la question.

 

2/12 — Lettre ouverte aux parlementaires belges

Je viens de co-signer une lettre ouverte aux parlementaires belges au sujet du Traité constitutionnel européen et de l’impuissance publique qu’il organise, notamment en matière climatique, dont bien peu de monde semble mesurer l’ampleur du défi qu’elle constitue.

Comme nous l’écrivons dans ce texte :

Il est en effet devenu urgent que les pays européens se dotent d’une réelle capacité d’action pour rencontrer ces objectifs mais aussi pour contrer les autres crises écologiques et sociales qui produisent de plus en plus de souffrances et de déséquilibres dans le monde.

Pour y arriver, la capacité d’action publique doit être renforcée et de nouvelles politiques doivent pouvoir être mises en œuvre démocratiquement. Le nouveau projet de Traité européen, appelé Traité de Lisbonne ou Traité simplifié, va à l’encontre de ceci. Le texte présenté à votre ratification enferme l’Europe, les Etats-membres et les citoyens dans une logique ultra-libérale socialement destructrice et écologiquement mortifère. Son changement de dénomination ne signifie aucunement un quelconque changement de fond par rapport au projet de traité constitutionnel rejeté par la France et les Pays-Bas en 2005. Présenté abusivement comme destiné seulement à améliorer le processus de prise de décision, il confirme intégralement toutes les options libérales exprimées précédemment. Il empêche de facto tout changement de paradigme économique et donc toute politique écologique solidaire sérieuse.

Appel à de nouvelles signatures est lancé en ligne.

 

27/11 — Worst lobby : c’est le dernier jour

Alors que l’ignoble traité constitutionnel rentre par la fenêtre après avoir été évacué par la porte, voici une initiative sympa à soutenir : la remise du prix du pire lobby européen. Il s’agit d’une sorte de grande pitrerie organisée par quatre ONG européennes — Corporate Europe Observatory, Les Amis de la Terre Europe, LobbyControl et Spinwatch — pour dire qu’à défaut de pouvoir agir démocratiquement sur une Union européenne partie en vrille, on peut toujours en dénoncer quelques uns des pires travers, en l’espèce le lobbying intensif qui se pratique à Bruxelles entre le Rond-Point Schuman et la place du Luxembourg. Tout est en ligne, vous pouvez voter pour le pire lobbyiste européen.

Allez aussi jeter un oeil chez Walter Nepigo qui, après un long billet très détaillé, va jusqu’à proposer une présentation du machin en vidéo.

 

12/10 — Conférence de Pierre Larrouturou

Pierre Larrouturou (dont j’avais déjà relevé une intervention l’année passée) donnait hier soir une conférence à Liège, sur les « urgences sociales », dans le cadre du cycle de conférences sur l’Europe organisé par ATTAC Liège.

Voici un enregistrement de sa très intéressante intervention.

Ecouter :

/IMG/mp3/20071011_Pierre_Larrouturou.mp3

Télécharger :

MP3 - 24.8 Mo
 

10/10 — Conférence de Jacques Généreux : « L’Europe et ses institutions »

Le 27 septembre dernier était organisée à Liège la première des quatres grandes conférences automnales d’ATTAC Liège sur le thème de l’Europe (la prochaine a lieu demain soir, avec Pierre Larrouturou, un personnage particulièrement intéressant dont il a d’ailleurs déjà été question dans les pages de ces carnets).

Jacques Généreux parlait ce soir-là sur le thème de « L’Europe et ses institutions ». Ce fut notamment l’occasion pour lui de marteler que le « mini-traité » européen n’est qu’une scandaleuse resucée, sous une forme juridique légèrement différente, de la quasi-intégralité des dispositions prévues par le défunt TCE — ce qui donne une idée du caractère « démocratique » du fonctionnement de l’Union.

Voici un enregistrement de cette conférence (durée : 2h16’).

Ecouter :

Conférence de Jacques Généreux, Liège, 27 septembre 2007
/IMG/mp3/20070927_jacques_genereux.mp3

Télécharger (46.9 Mo) :

MP3 - 46.9 Mo
Conférence de Jacques Généreux, Liège, 27 septembre 2007

Vous noterez une interruption malencontreuse de quelques minutes aux alentours de la 75e minute de l’enregistremet, la prolixité bien connue de l’orateur ayant eu raison du minidisc qui l’enregistrait.

 

28/09 — L’européenne

J’ai vu mercredi soir L’Européenne au théâtre de la place, une pièce de David Lescot mise en scène par Charlie Degotte, produite dans le cadre de Luxembourg, ville européenne de la culture et j’ai passé une excellente soirée. La pièce est jubilatoire, très accessible, très subtile aussi. Servie, ce qui ne gâche rien, par une jolie musique et une belle brochette d’acteurs déjantés. On rit, on applaudit, et on réfléchit.

Comme le spectacle (qui se joue encore ce soir et demain à Liège) doit encore largement tourner (notamment à Wolubilis), je me permets de signaler ici cette appréciation (quoique des critiques très positives aient déjà été publiées dans la presse) en espérant qu’elle incitera quelques uns d’entre vous à la découvrir.

 

7/05 — Euro... mayday

Un reportage de Michel Grétry a été diffusé ce dimanche matin sur les ondes radio de la RTBF, dans le cadre de l’émission « La semaine de l’Europe ». Il y était brièvement question de la dimension européenne du processus Euromayday.

Ogg - 946.3 ko
 

5/10 — Entretien avec Pierre Larrouturou

Je viens d’entendre, rediffusée à la RTBF, une très intéressante interview, par Jean-Pierre Jacqmin sur Matin Première, du député européen socialiste français Pierre Larrouturou. Très éclairant sur plusieurs enjeux européens. Elle est disponible en ligne (mp3, 3,2 Mo) (pas pour longtemps malheureusement) sur le site web de la RTBF.

À toutes fins utiles, je mets une copie ici pour que cette interview reste accessible à ceux que ça intéresse.

Ecouter :

Interview de Pierre Larrouturou à la RTBF
/IMG/mp3/20061004_-_rtbf_matin_premiere_-_pierre_larrouturou.mp3

Télécharger :

MP3 - 3.2 Mo
Interview de Pierre Larrouturou à la RTBF
 

28/05 — Manif contre le TCE

Demain (dimanche) à 16h devant le consulat de France à Liège (Place Saint-Paul) aura lieu un rassemblement contre la « Constitution » et pour dénoncer l’absence totale de débat et de consultation de la population.

 

26/05 — Vidéos de Raoul Marc Jennar sur l’AGCS et la Constitution

Deux vidéos réalisées par l’URFIG initialement diffusées en vidéo sont dès à présent disponibles gratuitement sur le web (pour une utilisation non commerciale).

 

12/05 — Pourquoi et comment dire non à la Constitution européenne

Je participe à une conférence contre la constitution européenne le mercredi 18 mai à 19h30 au CPCR (rue Jonruelle 11-15, 4000 Liège).

 

4/04 — Encore la « Constitution »

Encore un bon texte sur la constitution : ça s’intitule L’Europe concurrentielle, la haine de l’Etat et l’aveuglement volontaire social-démocrate et c’est signé par Frédéric Lordon.

 

3/04 — « Constitution » européenne

Un excellent argumentaire pour un « non » proeuropéen, a été publié sur son site perso par Etienne Chouard, un prof de droit français. A lire.

 

4/10 — Pourquoi est-t-il si facile d’« harmoniser » ?

Dans le numéro d’octobre de la revue Espace de libertés paraît un article que j’ai signé sur le processus de Bologne, disponible en ligne sur mon site perso.

Le sommaire de la revue est disponible ici.

 

Europe

vendredi 13 juin 2008

10 propositions pour relancer l’Europe

Comme on pouvait s’y attendre, les Irlandais se sont opposés au traité de Lisbonne. J’en suis ravi, positivement ravi. On glosera sur les bonnes et les mauvaises raisons qui ont conduit à ce vote. Reste que le coup de force du traité de Lisbonne est un échec. Reste que la rupture entre le peuple européen et la clique eurocrate est consommée, reconsommée et rereconsommée. Bien sûr, les ouiouistes, les eurocrates et les divers europriviligiés ne vont pas manquer de vouer aux gémonies ce peuple qui ne vote pas comme il faut et les porteurs du non de gauche vont encore être accusés de conduire l’équipage dans le mur.

Ce déni de réalité devient exaspérant, à force, vraiment irritant.

Avant toute chose, je pense qu’on peut raisonnablement suggérer la démission collective des porteurs du traité constitutionnel et de son ersatz le traité de Lisbonne. Que tous ces gens si suffisants aient la modestie de faire un pas de côté, de réfléchir un instant sur le sens qu’ils donnent au mot « démocratie » — omniprésent dans (...) [lire la suite]

Ce billet est long de 7 013 signes. Il a suscité 47 réactions.

samedi 23 février 2008

Kosovo, l’autodétermination contre la souveraineté démocratique

Les autorités de la province serbe du Kosovo, jusqu’alors sous administration de l’ONU, ont donc proclamé unilatéralement son indépendance, il y a maintenant une petite semaine.

Face à cet événement attendu et rendu possible par eux, la réaction des gouvernements occidentaux, largement favorable à la reconnaissance du nouvel Etat, n’a bien sûr guère surpris. Si dans le cas de l’administration étatsunienne, les choses semblent claires, elles sont pourtant sans doute un rien plus complexes en ce qui concerne l’Union européenne. Selon DeDefensa : « S’il y a un sujet qui fait l’unanimité dans les institutions européennes, principales machinatrices avec les USA de l’indépendance, c’est bien le Kosovo. “Il est impressionnant de constater combien tous les dirigeants européens, Solana, les Commissaires à la Commission, etc., combien tous sont persuadés que l’indépendance du Kosovo est une catastrophe absolue, nous dit une source à la Commission européenne. En plus des événements en cours, de l’attitude de la Russie, (...) [lire la suite]

Ce billet est long de 12 168 signes. Il a suscité seize réactions.

lundi 5 novembre 2007

Entretien avec Céline Delforge

J’avais promis des nouveautés ici ; en voici une première. Je me lance dans un cycle d’entretiens audio avec des personnalités dont l’engagement social ou la rigueur critique du discours (ou idéalement les deux) me semblent particulièrement intéressants. L’objectif est de rencontrer des gens de gauche qui ont beaucoup de choses à dire mais pas (assez) souvent l’occasion de l’exprimer dans les médias autrement qu’en quelques petites phrases. Le format de ces entretiens sera donc plutôt long (ici, une grosse demi-heure), ciblé à chaque fois sur quelques sujets, dont certains (l’Europe, la gauche, le mouvement social, l’écologie, la mobilité, l’urbanisme, les médias) risquent d’être récurrents.

C’est avec plaisir que je vous livre ici le premier de ces entretiens, réalisé vendredi dernier avec Céline Delforge, députée verte bruxelloise et l’une des très rares élues de gauche en Belgique à s’être opposée au traité constitutionnel européen.

J’ai découpé cet entretien en cinq séquences pour en faciliter l’écoute : (...) [lire la suite]

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mercredi 31 octobre 2007

Sur l’exposition « C’est notre histoire »

J’ai visité ce mardi l’exposition « C’est notre histoire », qui vient de s’ouvrir à Bruxelles. Financée par l’Union européenne, elle prélude à l’ouverture dans cette même ville d’un Musée de l’Europe (non, pas celui-ci). Malgré son peu d’intérêt, elle donne l’occasion d’examiner l’image que l’institution europénne se fait d’elle même, de faire un voyage dans l’idéologie officielle (voir les photos), en quelque sorte — même si, évidemment, une bonne partie du travail de communication de la machine européenne consiste à présenter le processus politique en cours comme strictement neutre et dépourvu d’idéologie (et, oui je sais, les organisateurs se présentent comme « issus de la société civile »).

Permettez-moi de noter ici quelques commentaires sur cette exposition.

1. À la sortie, la première impression qui frappe est celle d’un vide sidéral. Des moyens considérables (projections vidéos énormes, installations d’art contemporain de très grande taille, décors,...) sont déployés pour ne finalement pas dire grand chose. On (...) [lire la suite]

Ce billet est long de 7 036 signes. Il a suscité dix réactions.

mardi 11 septembre 2007

La liberté d’expression ne se négocie pas

« La défense du droit à la libre expression ne se limite pas aux idées que l’on approuve, et que c’est précisément dans le cas des idées que l’on trouve les plus choquantes que ce droit doit être le plus vigoureusement défendu. Soutenir le droit d’exprimer des idées qui sont généralement acceptées est évidemment à peu près dépourvu de signification. »

Noam Chomsky

Les fachos et autres crétins populistes qui organisaient ce mardi à Bruxelles une manifestation — interdite par l’autorité communale — « contre l’islamisation de l’Europe » (sic) ont donc réussi leur coup. En ce jour anniversaire de l’assassinat du socialisme chilien — le 11 septembre 1973 mourrait Salvador Allende tandis que le général Pinochet prenait le pouvoir avec l’appui de la CIA pour la honte de l’Occident —, on n’a parlé dans les médias que « choc des civilisation », terrorisme islamiste, voire, donc, « islamisation de l’Europe », même si ce fut bien sûr généralement pour relativiser ces thèses (encore bien). Accessoirement, deux des figures (...) [lire la suite]

Ce billet est long de 18 288 signes. Il a suscité dix-neuf réactions.

samedi 25 août 2007

À propos d’une orange bleue, brèves remarques sur les événements en cours

L’assoupissement estival et l’impérieuse obligation que j’ai de me préoccuper de choses moins terrestres que la politique politicienne belge le dispute au vif sentiment que les événements auxquels on assiste actuellement ont — chose rare dans le maeström fade de l’actualité — quelque chose de significatif. Je suis même convaincu que de nombreux historiens seront amenés à s’intéresser d’assez près au déroulement des négociations par lesquelles tente laborieusement de se mettre en place un gouvernement dit « orange bleue ». Et comme il est probable que, parmi ces historiens, nous ne serons pas les derniers à cogiter, tentant de comprendre ce qui nous sera arrivé, il est sans doute utile de commencer dès à présent le travail, en commençant par tenter d’élever un peu le débat.

La crise belge nous pose avec beaucoup d’insistance certaines questions importantes, nous impose d’y donner des réponses, lesquelles ne seront pas sans très profondes conséquences sur l’avenir des habitants de ce pays, mais aussi beaucoup (...) [lire la suite]

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samedi 23 juin 2007

L’Union parle novlangue

Alors que les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE, réunis à Bruxelles, viennent d’annoncer un accord sur un nouveau traité européen (je crains le pire), preuve qu’ils n’ont rien compris au fait que ce n’est pas le rôle des exécutifs, mais celui d’une constituante d’écrire un texte à vocation constitutionnelle, la lecture d’un billet sur le blog de Jean Quatremer me fait sauter aux yeux une sorte de raison primale pour laquelle je me suis opposé au TCE et pour laquelle je risque fort, une fois que j’aurai lu le nouveau texte (qui selon toute vraisemblance polonaise ou britannique est encore pire que le précédent), de me mobiliser à nouveau contre ce nouveau projet.

À tous les arguments politiques énumérés à l’époque du non au (premier) TCE, j’aimerais en ajouter un, linguistique, qui me saute aux yeux : l’Union parle novlangue. C’est l’évidence. Le principal problème de ce texte (dans sa version initiale ou, sans aucun doute, dans sa version remaniée), c’est qu’il ne s’agit pas d’un texte de droit mais d’un (...) [lire la suite]

Ce billet est long de 6 272 signes. Il a suscité quatre réactions.

mardi 19 juin 2007

« Libéralisation » de la Poste

Ce qui devait être sera : la commission concernée du parlement européen vient de trouver un accord sur la « libéralisation » totale des services postaux, qui devrait désormais entrer en vigueur en 2011. On notera que cette position a été soutenue par 38 voix (contre 6), celles, bien entendu de la droite — libéraux-démocrates (où siège notamment le MR) et Parti populaire européen (où siège notamment le CDH) —, mais également celles du Parti socialiste européen. Seuls les Verts et les Communistes ont voté contre. Pour illustrer le niveau d’ambition sociale du groupe social-démocrate, on retiendra que, selon Le Monde, le « socialiste » (sic) flamand Saïd El Khadraoui ne craint pas de se déclarer « heureux d’avoir limité les dégâts », en obtenant que cette échéance intervienne deux ans plus tard que ne le souhaitait la Commission. Comment peut-on atteindre à pareille déchéance ?

Pas le temps de longuement épiloguer sur cette chute attendue. Simplement dire que je ressens tout cela comme une violence insoutenable. (...) [lire la suite]

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mardi 17 avril 2007

France : menace de sélection des étudiants entre les deux premiers cycles de l’enseignement supérieur

Dans le tumulte de la campagne électorale, l’information risque bien de passer inaperçue ; elle est pourtant importante, et pas seulement pour les étudiants français, dont le principal syndicat, l’UNEF, n’a pas manqué de réagir : le gouvernement français envisage de permettre la sélection des étudiants entre les deux premiers cycles universitaires ; autrement dit, le fait de disposer d’un diplôme de premier cycle — désormais connu sous le vocable de bachelor, partout en Europe, sauf en France, où l’on parle de licence — ne garantirait plus systématiquement l’accès au second cycle (lire l’article de Luc Cédelle dans Le Monde à paraître dans l’édition datée de demain).

Ce projet régressif du gouvernement français — qui intervient, comme souvent pour ce genre de sales coups, dans un contexte peu favorable à un débat démocratique sur la question — s’inscrit dans la droite ligne des grandes tendances européennes en matière d’employabilité et, plus largement, de gestion du capital humain, lesquelles sont (...) [lire la suite]

Ce billet est long de 4 180 signes. Il a suscité quatre réactions.

vendredi 7 avril 2006

L’aberrant marché du nom de domaine

Il était annoncé de longue date — on en parlait déjà en 2000 — et a un peu traîné, puis on l’a très largement entendu — qu’il vienne du privé ou des institutions européennes, le matraquage publicitaire a été intensif — maintenant, ça y est : depuis aujourd’hui, le TLD (top level domain) .eu est ouvert au grand public et n’importe quel résident de l’Union européenne, personne physique ou personne morale, peut sans contrainte « acheter » un domaine sous ce TLD.

Après une longue période de sunrise, pendant laquelle différents organismes publics et autres détenteurs de marques ont pu, dans un ordre déterminé obtenir le domaine à leur nom avant que la foule se précipite, ça se passe désormais selon la règle du « premier arrivé, premier servi », la seule à même de provoquer un engouement généralisé, en éliminant quasiment toute contrainte administrative.

Tout ça semble intéresser les foules puisque ce soir, la barre du million de domaine — qui n’était annoncée ce matin encore que pour la fin de l’année — a été (...) [lire la suite]

Ce billet est long de 13 064 signes. Il a suscité une réaction.

mercredi 29 mars 2006

Le « problème » des étudiants français en Belgique ou comment mal poser une question

Stigmatiser un ennemi impuissant est une grave erreur pour tout mouvement social. Cela revient quasiment à se donner la garantie qu’aucune solution aux problèmes que l’on vit ne pourra être trouvée et donc à se condamner à la déception des petits matins gris des lendemains de défaite. C’est pourtant ce que fait avec beaucoup d’énergie le mouvement qui secoue actuellement les hautes écoles concernées par le décret de la ministre Simonet sur la présence d’étudiants « non-résidents » dans notre enseignement supérieur.

Au-delà des polémiques sans doute justifiées sur les modalités et le calendrier d’application du décret, lesquelles ne sont pas le sujet du présent raisonnement, l’exigence de « liberté d’accès » formulée actuellement par les gens qui ont pris la parole est illusoire mais est surtout contre-productive pour la liberté d’accès elle-même. Car c’est un trou sans fond qu’on ouvre ici, qui le deviendra encore plus quand le nombre de programmes de cours entièrement anglophones aura augmenté comme on peut s’y (...) [lire la suite]

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mercredi 4 janvier 2006

Messieurs les Anglais, tirez-vous les premiers !

Un petit post épidermique, aujourd’hui, pas très argumenté, un peu caricatural ; juste un coup de gueule parce qu’il y en a marre. Je sais pas vous, mais moi, j’en ai par dessus la tête de l’attitude de la Grande-Bretagne en Europe, mais vraiment gravos ral-le-bol. C’est absolument permanent et systématique, les Anglais se foutent de nous. Non seulement ils ont, depuis leur entrée dans l’Union, pour seule politique de prendre tout ce que l’Europe peut leur apporter et de ne rien lui donner, sur le plan financier, mais aussi sur les plans politique, diplomatique. De la part d’un pays aussi riche et puissant, c’est là déjà un scandale en soi. Mais, non contente de pratiquer cette attitude de pique-assiette, il est parfaitement clair depuis un bon moment déjà que la Grande-Bretagne, à travers l’action successive de tous ses gouvernements depuis (au moins) 25 ans sans exception, a l’objectif assumé et délibéré se saper systématiquement toute construction commune qui pourrait s’ébaucher. (...) [lire la suite]

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dimanche 18 septembre 2005

Qui va gouverner l’Allemagne ?

Fin de soirée électorale en Allemagne. Et gros bordel en perspective ! La situation est à la fois particulièrement intéressante, assez délectable mais aussi franchement affligeante.

Commençons par résumer les informations que l’on connaît à l’heure actuelle : la CDU-CSU de Merkel-Stoiber se vautre assez sérieusement par rapport à ses scores annoncés (on parlait de 42 % il y a encore deux jours, elle dépasse péniblement les 35 %). Elle conserve cependant un petit avantage par rapport au SPD, qui, dixit Edmund Stoiber pour justifier sa victoire, a perdu plus que le cartel CDU-CSU (un peu plus de 4 % contre un peu de 3 %) par rapport aux élections de 2002. Et de fait, les deux gros partis ont tous deux perdus pas mal de plumes par rapport à leurs scores précédents. La victoire, en termes de progression, revient donc aux trois « petits » partis, qui disposeront ensemble d’environ 30 % des sièges au parlement.

C’est d’abord le parti libéral (FDP) qui tire son épingle du jeu, après avoir a passé toute la (...) [lire la suite]

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mardi 31 mai 2005

Commentaire hétéroclite de l’actualité un surlendemain de référendum

Immobilisme. Du point du vue du microcosme politique, c’est un séisme, un vrai beau gros tsunami, comme on dit depuis quelques mois. Mais l’immobilisme devrait l’emporter, il me semble. Absence d’alternative réelle — tous les appareils un peu importants, malheureusement, étaient pour. Incapacité congénitale du monde politique à sortir de ses carcans. La plupart des ouistes, finalement, ont expliqué qu’ils avaient eu raison de défendre leur position, que les nonistes étaient fondamentalement quelques part un peu quand même des gros connards irresponsables, « même si nous respectons ce vote », attention. Que pouvaient-ils dire d’autre ? Est-ce que vraiment on pouvait sérieusement s’attendre à ce que François Hollande dise autre chose que ce qu’il est programmé pour dire ? Alors on glose, beaucoup, sur la « crise », la « révolution par les urnes », on utilise beaucoup d’expressions dramatiques du même genre. On va promettre des « inflexions », une « relance » voire un « nouvel élan ». Mais, grosso modo, on reste (...) [lire la suite]

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mardi 24 mai 2005

Pourquoi « non »

J’ai un peu parlé sur ce site du Traité constitutionnel européen (la « Constitution » européenne, « TCE » en abrégé), mais j’avoue n’avoir jusqu’à présent que fort peu abordé le fond de la question, cédant même parfois — c’est plus facile — à la polémique. Il me semble toutefois important de mettre par écrit les quelques raisons principales qui motivent ma position, ces arguments que j’utilise dans les nombreuses discussions (souvent passionnées) que j’ai eues sur le sujet ces derniers mois, histoire de faire le point, de faire le tri aussi. Tant qu’à faire, j’en profite pour publier ces quelques lignes ici, ce qui me donnera peut-être l’occasion de lire les réactions des gens qui viendront faire un tour de ce côté.

Trois types d’arguments me semblent devoir être pris en compte.

1. Il faut tout d’abord s’interroger sur l’opportunité générale de la démarche consistant à rédiger une Constitution. Est-il souhaitable, dans la période et les conditions actuelles, de s’engager dans la rédaction d’une « (...) [lire la suite]

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lundi 9 mai 2005

De tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus européens (axiome)

Ils ont bon dos, les Belges. Il paraît qu’ils « auraient dit oui ». À la constitution, s’entend. C’est du moins ce que « Le Soir » plastronne sans rire en Une, ce matin. Et ce que sont censés « prouver » (sic) les résultats d’un sondage. Mais si on ouvre le journal en pages intérieures, on apprend également, toujours selon la même sapience sondagesque, que 34 % de ces mêmes Belges n’ont tout simplement pas « entendu parler d’un projet de Constitution » (34 % !). Oui, il faut le faire. Et que seuls 25 % des sondés estiment comprendre le contenu du texte « tout à fait bien » ou « plutôt bien ».

Mais les Belges auraient dit « oui » ! Tout va bien.

Pourquoi « Le Soir » se pose-t-il soudain cette question de savoir ce que les Belges pensent de l’affaire ? C’est simple, là maintenant — je crois que le dernier acte doit avoir lieu jeudi avec le vote à la Chambre —, nos « représentants » sont en train de ratifier la Constitution, sans en parler, calmement. Que la constitution belge exige que les chambres soient (...) [lire la suite]

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jeudi 2 décembre 2004

Merci Laurent Fabius

Il n’y a plus de doute sur la question : le traité constitutionnel européen ne risque plus grand chose. Il est en effet certain depuis aujourd’hui que les socialistes français soutiendront sa ratification. Autrement dit que le ratification du traité par la France ne devrait pas poser de problème (le PCF et l’extrême-gauche — en plus, inévitablement, de l’extrême-droite — sont désormais plus ou moins seuls à militer pour son rejet ; ça fait quand même pas grand monde).

Or on voit mal quel autre grand pays pourrait voter contre le traité, mis à part la perfide Albion, dont personne ne doit souhaiter un « non » — qui aurait une signification toute autre que celle que la gauche lui donne et qui annoncerait une cohabitation encore plus difficile avec ces damnés anglais. Quant aux « petits » pays, tout le monde semble s’accorder pour dire que si un d’entre eux ose moufter, on fera semblant d’être très gêné pendant quelques jours, puis on fera voter une seconde fois (et ainsi de suite, jusqu’à obtenir le (...) [lire la suite]

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