Les archives des Bulles

Impromptu : le népotisme (suite), anecdote

mercredi 9 novembre 2005, par François Schreuer

Discussion tout à l’heure avec quelques potes dans une rue du centre de Liège, à deux pas de l’université. La discussion arrive sur les « fils de » en politique (dont j’ai d’ailleurs justement parlé ici il y a quelques jours) et le scandale que représente le bombardement de la progéniture des gros bras de la politique aux principaux postes à responsabilité en Belgique. Blablabla, rien de très original, en plus on est tous franchement d’accord (ben oui), alors on a sans doute l’air heureux de cette unanimité. S’ensuit un petit dialogue dont je ne me prive pas de vous rapporter la teneur.

Passe un gros personnage, ivre, juste à côté de nous. En nous croisant, il ralentit, marche encore quelques mètres, s’arrête (on se dit qu’il a besoin de vomir), fait demi-tour brusquement, revient vers nous au pas de charge et nous apostrophe sans préambule :

— Vous parlez de qui là ? nous demande-t-il d’un ton plutôt jovial qu’agressif
— Des « fils de » qui se font bombarder en politique, répond l’un de mes compères, qui a visiblement envie de s’amuser.
— Ah, pas de Frédéric Daerden, j’espère ? Là, évidemment, on peut pas s’empêcher de trouver ça drôle que le type soit rond comme une queue de pelle car le père du fiston prodige, en plus d’être un baron socialiste particulièrement puissant et redoutable [1], est aussi notoirement porté sur le pinard, ce qui lui a valu une réputation pour le moins typée (au point qu’il en plaisante lui-même à l’occasion) même s’il paraît qu’il s’est mis à l’eau plate depuis un mois ou deux (ce qu’il ne manque pas de rappeler assez régulièrement dans ses interventions médiatiques).
— Si, notamment ; vous le connaissez ?
— Je pense bien, dit-il en laissant proéminer son volumineux abdomen tout en affectant un demi-sourire, je suis, comment vous dire, son bras droit
— ...
— là, l’individu y va d’un franc et crétin sourire
— Eh bien, sachez qu’on trouve ça dégueulasse, ce genre de pratiques, qu’il n’y a aucun motif à ce qu’il soit là où il est [2]
— Mais pas du tout, vous vous trompez complètement. Vous ne comprenez rien. Bon, là, c’est pas possible, mais si vous voulez, je vous invite dans mon bureau pour en discuter.
— C’est totalement antidémocratique, ce truc. Vous savez que parmi les 4 ministres socialistes flamands au gouvernement fédéral, 3 sont des « fils de », poursuit sans se démonter mon camarade qui est aussi un assidu lecteur de ce blog (et, qu’il le sache, je lui en sais gré)
— Parce que vous croyez qu’il n’y en a que chez nous, commence à s’emporter, défensif, le bonhomme en nous jetant des regards méchants à travers ses lunettes design ultra-tendance rectangulaires et rouges qui ne lui vont pas du tout.
— Pas du tout, c’est la même chose ailleurs, au MR notamment, enchaînons-nous (souriant, vous vous en doutez de le voir ainsi vider ses dernières et lamentables cartouches)

Là, se rendant sans doute compte qu’il ne pourra pas évacuer le problème simplement en nous rangeant dans la case « MR et antisocialiste primaire » ou autre catégorie très élaborée du genre dans laquelle il s’apprêtait probablement à nous classer, le personnage dont nous ignorions toujours le nom tourna les talons aussi prestement que deux minutes plus tôt et s’en alla cahin-caha drappé dans sa dignité outragée et son coûteux imperméable.

J’espère qu’il n’a pas fait un accident, parce qu’à la réflexion, c’est peut-être bien vers sa voiture qu’il se dirigeait.

Quant à Frédéric Daerden, s’il me lit, qu’il soit assuré tout à la fois de la bêtise et de la loyauté — c’est le plus important — de son féal.

Notes

[1Tiens, en passant, un commentaire de Christian Pasquet de Horion-Hozémont trouvé à l’instant dans le livre d’Or du site (semi-satyrique, semi-laudatif) « Daerden machine » : Que dire de ce social-démocrate profiteur ? Malin comme un singe, très intelligent, roublard comme un Flamand, ivrogne invétéré mais une carure de grand gestionnaire de ses choses et de la chose publique ; et surtout un humour digne des Marx Brothers. Michel Daerden est un vrai Camarade Groucho Marxiste. Kroll, le caricaturiste liégeois a fait énormémént de bonnes choses sur Daerden ; à ajouter sur ce site. Au travers de toutes ses ignominies, il m’est sympathique et n’aura jamais ma voix d’électeur. Il aura amené l’humour en politique, au détriment, savamment dosé de sa personne. Remarquable.

[2C’est-à-dire, ndlr, député et futur bourgmestre d’une des plus grosses communes de l’agglomération liégeoise

Messages

  • Moi j’aurais dit "plus aggressif que jovial"

    Mais bon, c’est un détail...

    (agressif dans le genre du gros type au resto dans "le sens de la vie" des Monthy Python... prêt à l’explosion finale.)
     ;-)

  • Voici le plus bel exemple de nepotisme extrêmement dangereux pour la démocratie... et il vient de droite !....

    Article tiré du journal "La libre Belgique"...

    Ce gars sévit tjs et a même été promu depuis... alors que la loi condamne ce type d’agissements par une déchéance des droits civils et politiques... mais... que vous soyez puissants ou misérables apparament....

    JUSTICE

    Mme Lovens présidera, Mme Reynders jugera
    PAR ROLAND PLANCHAR

    Mis en ligne le 05/07/2001
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    Le Conseil supérieur met fin au scandale de la présidence du tribunal de Liège

    ANALYSE

    La saga qui a longtemps opposé deux candidates à la présidence du tribunal de première instance de Liège, Claire Lovens et Danielle Reynders, s’achève. Elles ont été entendues jeudi par le Conseil supérieur de la justice (CSJ) et, même si l’information que nous avons obtenue reste officieuse, on sait que le choix s’est porté sur Claire Lovens, dont la nomination sera ultérieurement présentée à la signature du ministre de la Justice, Marc Verwilghen.

    LA SOEUR DU MINISTRE

    Ce n’est que... justice, car il faut se souvenir que l’affaire avait fait scandale. Le 23 mars 1999, après que l’ancien président du tribunal, Robert Bourseau, eut été admis à la retraite, la vacance du poste avait été publiée au Moniteur. La procédure de nomination (changée depuis lors) avait donc été ouverte. Claire Lovens avait été désignée meilleure candidate par les instances judiciaires et politiques. De façon écrasante.

    Pourtant, M. Verwilghen nommait... Danielle Reynders. Parce qu’elle est la soeur du ministre des Finances, lequel avait somme toute affirmé à « Trends », le 2 septembre 1999, qu’il défendait sa soeur contre ce qu’il appelait des « copinages » ? On avait en tout cas pensé que, disant cela, il renversait les rôles, une partie de la presse, dont « La Libre », évoquant le sentiment d’un acte de népotisme parfaitement détestable. Une impression partagée jusqu’au sein de la magistrature dont, fait rare, quelques dizaines de membres manifestaient, au tournant de l’an 2000, afin de soutenir une Claire Lovens fort appréciée, le « Jeune barreau » n’étant pas en reste.

    Le Conseil d’Etat avait ensuite cassé, en des termes durs, la nomination de Mme

    Reynders, qui redevenait juge d’instruction. Commençait alors une longue période d’attente, qui donnait l’impression que M. Verwilghen, tergiversant malgré plusieurs rappels à l’ordre (du barreau, inquiet de la vacance prolongée imposée au tribunal, mais également de l’ensemble des tribunaux francophones et germanophones du pays !), cherchait à ne pas déplaire davantage à l’opinion publique, d’une part, mais aussi à se soustraire à d’éventuelles pressions. Est-ce pour cela que l’ancienne procédure avait soudain été abandonnée au profit de la nouvelle, qui passe par un choix du CSJ, installé entre-temps, plutôt que du ministre, comme avant ? Possible. Quoi qu’il en soit, on connaît aujourd’hui le résultat.

    © La Libre Belgique 2001

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