Les archives des Bulles

José Happart est trop lourd

vendredi 3 novembre 2006, par François Schreuer

Une anecdote (on l’espère, du moins) ubuesque dans la saga Jet4You.

Pour rappel cette société aérienne low-cost marocaine vient de lancer une liaison régulière entre la Wallonie et Casablanca et a décidé déservir les aéroports de Charleroi ET Liège, au motif que la piste de l’aéroport de Charleroi n’est pas assez longue pour permettre à l’engin de décoller à pleine charge, ce qui impose un passage par Liège. Tout cela est évidemment une véritable, ahurissante, époustouflifiante hérésie environnementale. Quelques réactions n’ont donc pas tardé à se faire entendre et, devant l’énormité de la chose, une réaction politique a eu lieu, notamment de la part du ministre wallon André Antoine, en charge des aéroports wallons, qui a décidé d’interdire la manoeuvre controversée à la société Jet4You, qui finalement ne désservira donc plus qu’un seul des deux aéroports (lire le blog de Pierre Ozer pour une chronique détaillée de l’affaire).

Tout cela est bel et bon — infiniment insuffisant bien sûr, mais on peut néanmoins se satisfaire de constatre que les choses vont pour une fois dans la bonne direction — sauf aux yeux de José Happart qui, en sa qualité de président du conseil d’administration de l’aéroport de Liège (il est aussi par ailleurs président du conseil régional wallon), dont il estime que les intérêts sont lésés dans l’affaire, a décidé de faire un recours au Conseil d’Etat contre la décision du ministre Antoine d’interdire à la compagnie aérienne de relier les aéroports de Liège et Charleroi en Boeing 737.

Notre avenir lui importe donc vraiment si peu, à ce José Happart ? Est-il possible d’être empli de bêtise — de cette bêtise nuisible et gluante — à ce point, au point de négliger aussi bien la responsabilité élémentaire qui nous incombe à tous si nous voulons donner une chance de survie à l’humanité que l’évidence économique que l’investissement dans un aéroport est la meilleure manière de préparer un nouveau désastre social en région liégeoise, de l’ampleur de la fermeture de la sidérurgie, quand le pétrole se tarira ?

Mais qu’avons-nous donc fait pour avoir des gros lourds pareils [1] pour nous représenter ??? (oui, voter pour eux, je sais).

Mise à jour (4/11) : finalement, M. Happart — qui, comme chacun sait, est extrêmement intelligent, mais a seulement parfois quelques retards à l’allumage — s’est rendu compte que la région wallone dont il attaquait la décision était aussi l’actionnaire majoritaire de son aéroport. En pleine cohérence avec sa ligne politique consistant pour l’essentiel à garantir le développement durable de son cul, qu’il aime savoir assis dans des fauteuils confortables, M. Happart a courageusement décidé de ne rien décider.

Notes

[1À en croire sa présentation sur le site du parti socialiste, José Happart est pourtant un grand intellectuel, une sorte d’esprit universel, d’érudit humaniste, presque la réincarnation du grand Pic. Ses domaines de prédilection sont en effet rien moins que les suivants : « Agriculture et ruralité, Altermondialisation, Cadre de vie, Commerce, Commerce extérieur, Consommateur, Consommation, Coopération au développement, Défense, Démocratie & citoyenneté, Economie, Emploi, Energie, Energie, Enseignement, Entreprises publiques, Environnement, Equipements et travaux publics, Ethique, Europe, Europe & monde, Finances, budget & fiscalité, Formation, Formation professionnelle, Indépendants, Institutionnel, Intégration sociale, Justice, Pauvreté, PME, PME, Relations internationales, Ruralité, Santé publique, Sécurité, Social, Sport ».

Messages

  • Salut,

    Pour celles et ceux que cela tente, j’ai publié une bafouille sur les Happart Brother intitulée : Les frères Happart : la gauche populiste et polluante.

  • François, j’aime le style de ton post, vraiment, le fond aussi.

    • Mmm ; je te sens ironique, mon cher T-D (soit dit en passant, sais-tu que ces deux lettres, à l’ULB, désignent usuellement des « thés dansants », c’est-à-dire non pas, comme j’ai pu le croire jadis le temps d’un bref éclair bienheureux (avant qu’on ne m’informe exactement de quoi il s’agissait), des réunions collet monté où d’ingénues jeunes filles font tourner amplement leurs robes à fleur liserées de dentelle tandis que des messieurs aux souliers astiqués les demandent en mariage et que des vieilles sur leur garde, une tasse en porcelaine pendue au bout du petit doigt, auscultent l’assemblée à travers leurs binocles... non pas cela donc, mais bien de grosses beuveries dégueulasses où il vaut mieux se munir de bottes en caoutchouc et d’autres dispostifs antisceptiques si l’on ne souhaite pas attraper une maladie de la peau). Bref, je m’égare, donc je trouve que oui, mon texte est tout aussi lourd que son objet, mais c’est adapté. Voilà. Et d’abord, ce blog n’est pas un laboratoire littéraire, mais un garant de ma santé mentale, en ce qu’il me permet, comme l’indique le sous-titre d’exsuder mes humeurs froides et chaudes et surtout atrabilaires.

    • Pardonne moi si je me suis mal exprimé, mais je veux t’assurer qu’il n’y avait absolument pas d’ironie, j’apprécie vraiment. J’aurais probablement dû marquer mon approbation d’une façon moins ambigue.