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À propos d’une orange bleue, brèves remarques sur les événements en cours

samedi 25 août 2007, par François Schreuer

L’assoupissement estival et l’impérieuse obligation que j’ai de me préoccuper de choses moins terrestres que la politique politicienne belge le dispute au vif sentiment que les événements auxquels on assiste actuellement ont — chose rare dans le maeström fade de l’actualité — quelque chose de significatif. Je suis même convaincu que de nombreux historiens seront amenés à s’intéresser d’assez près au déroulement des négociations par lesquelles tente laborieusement de se mettre en place un gouvernement dit « orange bleue » [1]. Et comme il est probable que, parmi ces historiens, nous ne serons pas les derniers à cogiter, tentant de comprendre ce qui nous sera arrivé, il est sans doute utile d’entamer dès à présent le travail, en commençant par tenter d’élever un peu le débat.

La crise belge nous pose avec beaucoup d’insistance certaines questions importantes, nous impose d’y donner des réponses, lesquelles ne seront pas sans très profondes conséquences sur l’avenir des habitants de ce pays, mais aussi beaucoup plus largement sur la crédibilité du projet européen.

Qu’est-ce qu’un espace public légitime ?

La question centrale est celle de la définition d’un espace politique : qu’est-ce qui définit les limites du lieu de la délibération collective ? L’enjeu est territorial, soulignons-le, trois fois plutôt qu’une. Or à la différence de beaucoup d’autres choses dans ce monde et quoi qu’on puisse penser de l’inventivité institutionnelle des précédentes générations, le territoire ne se prête pas — ou pas totalement — à la multiplicité des appartenances. Cruel retour à la matérialité du monde dans une discusson culturelle qui navigue bien souvent « hors sol », dégagée de ce genre de contingences. Le puissant mouvement nationaliste flamand nous oblige pourtant à trancher cette question du territoire. S’opposent deux optiques ; moins faciles à cerner qu’il n’y paraît.

Faisons une première tentative pour les caractériser.

Soit — ou plutôt serait — d’une part, un républicanisme multiculturel — peu assumé comme tel dans le débat belge mais qui fonde indéniablement sur le plan philosophique la position francophone — affirmant que ce qui crée un espace politique, ce qui légitime un Etat, c’est l’acte politique de sa création. On renonce ici à chercher une essence nationale dans la culture, la langue, l’histoire,... pour faire reposer la citoyenneté sur l’adhésion au projet d’un « vivre-ensemble » commun, sans considération pour l’origine ethnique ou les racines culturelles des individus. On pourrait dire qu’il s’agit en quelque sorte d’une approche nominaliste de la question politique, d’une saine application du rasoir d’Occam à tout le fatras conceptuel dont on s’encombre beaucoup trop régulièrement. C’est le modèle du droit du sol — chacun est le bienvenu. C’est le modèle de la Révolution française. C’est aussi le modèle qui a modelé les premiers temps de la construction européenne quand les puissances européennes détruites par la guerre ont décidé, par pure décision politique, de rayer d’un trait les antagonismes nationalistes pour mettre en avant la possibilité d’un devenir commun.

Face au camp républicain, le camp nationaliste flamand aurait — restons au conditionnel, c’est plus prudent — mis du temps, après la guerre, à reconstruire son propos et peine toujours à en faire reconnaître la légitimité dans un contexte qui reste quoi qu’on en dise post-moderne. Tout nationalisme s’apparrente en effet in fine à une forme d’essentialisme ethnique, pour ne pas dire de racisme. Et l’on sait que ce critère ethnique — « raciste » — n’est plus admissible ouvertement aujourd’hui dans le monde occidental [2]. Plus que d’autres, les Flamingants — que Jacques Brel disait « nazis pendant les guerres et catholiques entre elles » —, de par leur passé de collaboration avec l’occupant nazi, de par la persistance au sein de leur communauté d’une extrême-droite extrêmement dure, savent cette difficulté. Tout le défi des nationalistes flamands qui cherchent à se présenter comme modérés se serait donc concentré dans la recherche d’un critère alternatif à l’ethnicité auquel ils voyaient bien que leur raisonnement nationaliste risquait de les mener. Et ils sont brillamment parvenus à leurs fins en faisant tout reposer sur la question linguistique. Celle-ci est politiquement acceptable par leurs interlocuteurs wallons ou européens dans la mesure où la langue est en principe accessible à chacun qui fait l’effort de l’apprendre. Il n’empêche que c’est bien à un peuple uni et homogène, à une « nation » au sens romantique du terme que rêvent les nationalistes flamands. Les déclarations d’Yves Leterme sur le manque de capacité intellectuelle des francophones à apprendre le néerlandais ou l’exigence de communautarisation des allocations familiales (c’est-à-dire la perspective de voir les enfants flamands « valoir » plus que les enfants francophones) sont significatives de ce permanent sous-entendu crypto-raciste duquel il serait bon de se débarasser une fois pour toutes.

Voilà pour une première approche du débat en cours — ou plutôt une première conjecture. On ne s’en tirera cependant pas aussi facilement.

Car en se fondant sur des bases linguistiques, le nationalisme flamand marque un point décisif. Et rend possible une présentation complètement inverse des choses où le territorialisme linguistique apparaît comme la véritable résistance à la déferlante marchande, où la défense linguistique est d’abord celle des minorités. Historiquement, le nationalisme flamand aime d’ailleurs — non sans raisons, il faut le lui concéder — à se présenter comme un nationalisme « de gauche », un nationalisme qui aurait émancipé les travailleurs flamands d’une tutelle politique et culturelle de la bourgeoisie francophone. C’est à la fois exact et inexact. Car si, effectivement, l’Etat belge unitaire était, jusqu’après la première guerre mondiale, un Etat francophone opprimant les parlers populaires, le nationalisme flamand, aveuglé par la prédominance dans son raisonnement du critère linguistique, se trompe en assimilant implicitement les oppresseurs francophones d’hier aux wallons d’aujourd’hui. La bourgeoisie francophone du XIXe siècle n’était pas wallonne, elle était surtout bruxelloise et... flamande. De ce point de vue, la classe populaire wallonne a quant à elle été doublement vaincue : perdant sa langue hier (le wallon a été éradiqué au profit du français), et niée aujourd’hui dans ce statut de victime culturelle que revendique la Flandre.

On le voit, les choses sont plus complexes qu’il n’y paraissait au premier abord.

Nous ne sommes cependant pas au bout de nos interrogations. Et la suivante saute aux yeux : comment se fait-il que le mouvement flamand, héritier putatif d’un nationalisme émancipateur, soit si proche aujourd’hui non seulement, pour une partie de ses membres, du fascisme mais aussi — et là de façon écrasante — d’une doctrine économique des plus libérales ? Curieux cocktail, quand même !

Des négociateurs francophones velléitaires et inconséquents

Dans le même temps, il est tout sauf certain que les francophones sont prêts à assumer les conséquences d’une posture républicaine qu’on leur a peut-être prêtée un peu vite. Car à l’hypostase nationaliste flamande, « les francophones » ont de toute évidence du mal à trouver une réponse plus convaincante que l’affirmation d’une autre hypostase, en l’espèce celle de la Belgique. Pire, les francophones — du moins ceux à qui le résultat des élections a permis d’accéder à la table des négociations — échouent manifestement à tenir un discours centré sur l’idée de bien commun, à proposer un projet positif justifiant l’existence de cette Belgique dont ils réclament le maintien à hauts cris. Cette faiblesse confine à la carricature dans la « liste » de revendications que les négociateurs francophones ont émis en riposte à la liste flamande. Dans cette liste, les francophones se contentent en bonne partie de revendiquer des avancées pour « leur » clan et renoncent jusqu’à chercher à justifier ces revendications par un discours recevable par les Flamands, quand bien même ce serait possible dans certains cas (comme par exemple sur l’élargissement de la région bruxelloise, dont on peut à mon avis plaider de bonne foi l’intérêt pour chaque des communautés et chacune des région du pays). Dans certains cas, les revendications francophones apparaissent comme des provocations parfaitement immatures et inacceptables. Je pense en particulier à la remise en cause de la représentation garantie des Flamands au parlement bruxellois — qui est l’exacte contre-partie à la parité linguistique dont les francophones bénéficient dans le gouvernement fédéral. Remettre en cause la place des Flamands à Bruxelles revient, si l’on est cohérent, à accepter de renoncer à la cogestion de l’Etat fédéral par les deux communautés linguistiques.

Bref, l’intérêt général est absent non seulement des revendications des uns comme des autres, mais également de leurs discours. Ça ne facilite pas les choses. Plus clair encore, si les francophones parvenaient à assumer une posture républicaine, ils ne parleraient plus des francophones et des Flamands, mais seulement des Belges — et l’auteur de ces pages avec eux. Bien sûr, c’est plus facile à dire qu’à faire quand on a face à soi un front nationaliste très dur. N’empêche.

Ce faisant, en s’arc-boutant sur une position « francophone », les négociateurs du MR et du CDH oublient complètement la Wallonie ; il est extrêmement important de le souligner. Sur les huit demandes qui constituent la fameuse « liste » francophone, six (six !) concernant exclusivement Bruxelles. Seules deux (l’instauration d’une assurrance dépendance fédérale et la refédéralisation de la médecine préventive) concernent l’ensemble du pays. C’est extrêmement grave. Ce qui est en train de se passer, c’est que le maigre crédit, le peu d’influence dont disposent encore les partis censés représenter tous les francophones, ils l’utilisent à la défense de la seule région bruxelloise [3] et, pire, des seuls habitants de la périphérie, lesquels ne sont pourtant pas ceux qui en ont le plus besoin : pour le plupart, ils sont plus riches que la moyenne, ils se sont souvent établis en périphérie pour des raisons fiscales et, en refusant, de parler le néerlandais tout en habitant en Flandre, ils jettent inutilement de l’huile sur le feu communautaire. Je ne vois pas pourquoi les électeurs wallons devraient payer — politiquement — pour ces habitants de la périphérie. On me permettra de dire que je préfère que l’on consacre l’énergie et les moyens à résoudre les problèmes d’emploi à Liège ou à Charleroi plutôt que de se préoccuper de la langue des formulaires administratifs des habitants de Linkebeek.

Une dépendance réciproque entre la Belgique et l’Europe

Mais restons-en provisoirement là en ce qui concerne l’analyse des positions en présence. Et contentons-nous de constater sinon de revendiquer le fait que la Belgique constitue un microcosme du projet européen, une reproduction en miniature du problème que pose la construction europénne : comment doter d’un projet politique mobilisateur un ensemble culturellement très hétérogène ? Il ne me semble pas abusif de prétendre que de la sortie par le haut — aussi bien sur le plan culturel que sur le plan socio-économique — de la crise belge dépend tout simplement l’avenir de l’Europe, ne serait-ce qu’en raison des effets ravageurs qu’aurait une reconnaissance internationale des revendications nationalistes flamandes — somme toute bien proches des revendications catalanes, bavaroises, ou de celle de la « Padanie », pour ne citer que quelques exemples où se retrouvent les principaux éléments centrifuges qui menacent l’Union. Les dirigeants politiques et les médias des autres pays de l’Union commencent à en prendre conscience et leur inquiétude est palpable. Cette inquiétude ne devrait pas être prise à la légère par les dirigeants flamands : elle constitue à présent le principal obstacle sur leur chemin.

Je pense que la sortie par le haut est encore possible, même si la voie devient au fil des jours, de plus en plus étroite. Le consensus, si l’on y parvient, passera inévitablement par la construction de nouveaux fondements crédibles et recevables par tous à la construction de nouvelles solidarités. Et les régions riches doivent se rendre compte que cette solidarité est aussi dans leur intérêt. C’est là une chose difficile quand un égoïsme aussi abject que de courte vue en est venu à constituer le projet politique central de partis comme la Ligue du Nord italienne, la CSU bavaroise ou le Vlaams Belang (dont les thèses ont largement percolé dans toute la classe politique flamande), pour ne prendre là aussi que quelques exemples. C’est pourtant une chose nécessaire. Et plutôt que d’ironiser sur le paradoxe qu’il y a de toute évidence à voir les représentants Belges promouvoir la solidarité sur la scène européenne tout en se montrant incpables de l’appliquer chez eux, les Européens (Juncker dans Le Soir d’aujourd’hui par exemple) feraient bien de rappeler quelques évidences sur les conditions de possibilité du projet européen.

Ajoutons que l’enjeu européen est aussi celui de la capitale de l’Europe, qui s’il est déterminant pour l’Union sur le plan politique l’est aussi sur le plan économique pour les différentes régions de Belgique. Or on voit mal l’Europe rester à Bruxelles en cas de scission du pays. L’exemple serait bien trop délétère. Si la Belgique éclate, l’Europe ira vers l’Est. Je ne le souhaite pas, mais je pense qu’on ne doit pas se faire d’illusion sur ce point et la Flandre, la première ferait bien d’y penser, car avec l’Europe, ce serait une partie significative de sa prospérité actuelle qui s’en irait. On me rétorquera qu’elle y pense et que son projet pour Bruxelles a nom « Brussels DC », un district international européen, hors territoire, directement placé sous la tutelle européenne. Ce serait désastreux à bien des égards, notamment pour la vie démocratique bruxelloise (il suffit de voir Washington DC pour s’en convaincre) mais encore plus pour la Wallonie, qui se verrait privée — après avoir apporté son soutien à moult reprises à Bruxelles — de l’indispensable solidarité avec Bruxelles. On peut, on doit s’en inquiéter en Wallonie car il est tout sauf certain que les Bruxellois ne se laisseront pas tenter par ce scénario qui scellerait pourtant une vitoire totale de la Flandre. Les tendances à la rupture de la solidarité Wallonie-Bruxelles sont de plus en plus fortes, incarnées notamment dans le terrible Manifeste « Nous existons » dont il a été question dernièrement dans ces pages. Ce danger prend également forme avec la concentration à Bruxelles d’une bonne partie de la vie intellectuelle et médiatique francophone. Il est notamment évident que la plupart des médias belges francophones sont d’abord des médias bruxellois, qui nient ouvertement les problèmes et l’importance de la Wallonie. En témoigne l’absolue indifférence qui entoure dans le traitement médiatique la concentration exclusive des négociateurs francophones sur les questions bruxelloises. Il semble à cet égard indispensable de récréer à Liège un quotidien d’envergure nationale ou internationale, capable de porter dans le débat public une voix francophone belge non bruxelloise.

Seule issue : refonder la solidarité, malgré le jeu de dupe de la droite

Quoi qu’il en soit, les Flamands doivent comprendre qu’une bonne partie de leur revendications actuelles ne sont pas acceptables parce qu’elle hypothèquent gravement l’avenir du Sud de ce qui est encore un pays. C’est par exemple le cas de la demande de régionalisation de l’impôt sur les sociétés (Isoc) qui augure d’une concurrence fiscale des plus dévastatrices sur la possibilité de maintenir des fonctions de solidarité. Il n’y a que les libertariens les plus bornés (et les nationalistes flamands, donc) pour ne pas voir que l’évidence, dans un marché européen unifié, est d’harmoniser la fiscalité à ce même niveau européen, que c’est une condition sine qua non au maintien des structures de protection sociale à terme. On quitte ici définitivement les rivages éthérés du débat culturel pour se plonger dans le cambouis socio-économique — qui, à en croire les négociateurs flamands, serait la seule chose qui les intéresse, ultra-pragmatiques qu’ils seraient.

Ce faisant, on quitte aussi le domaine des opinions supputées et des intentions avortées pour se contenter de voir dans le comportement des acteurs la mise en oeuvre rationnelle de leurs objectifs. On cesse de se lamenter sur l’inévitable et on comprend que beaucoup de monde joue la stratégie du pire. Autrement dit, la droite sait que son intérêt est de faire monter la tension, sait qu’en focalisant tout le débat sur le linguistique, elle aura les mains libres pour démanteler l’Etat social et envoyer paître les questions environnementales. Je reproche dès lors à MM. Reynders et Leterme, entre autres, d’aller sciemment au conflit, sachant que cela leur profite à deux égards. D’une part, les postures de matamore qu’ils prennent plaisent, pensent-ils, à une opinion publique qu’ils font tout pour monter contre l’autre côté du pays ; leur intransigeance affichée soutient à peu de frais leur cote de popularité. D’autre part, la régionalisation accrue qui sera l’inévitable terme de la négociation en cours (quoiqu’interrompue pour le moment) aura pour conséquence d’accroître la concurrence : concurrence fiscale entre régions, concurrence sociale, concurrence totale. Ce dumping fiscal et social qu’ils organisent consciemment, on le sait, est l’allié numéro un des libéraux de tous poils : il fait pression sur les salaires, tire à la baisse les conditions de travail, augmente les bénéfices des grands groupes capitalistes capables de profiter des conditions les plus avantageuses de chacune des zones en concurrence [4]. Que les électeurs de MM. Reynders et Leterme, entre autres, comprennent cela, et l’on aura déjà derrière nous l’essentiel de nos ennuis [5].

Mon propos est donc simple : la sortie de la crise vers le haut n’est pas seulement un problème culturel. Le problème culturel est intimement lié aux questions sociales et économiques — quand il n’est pas carrément instrumentalisé par la droite qui cherche, sans pouvoir le dire ouvertement (sans quoi elle perdrait la plupart de ses électeurs) à détruire les mécanismes égalitaires. À ce jeu, la Wallonie est triplement perdante : perdante parce qu’elle est abandonnée par les négociateurs francophones au profit de la périphérie bruxelloise, perdante parce que l’avenir de la solidarité avec Bruxelles est pourtant menacée, perdante enfin parce que c’est elle qui a le plus à perdre dans le dumping fiscal qui se dessine à l’horizon.

Notes

[1D’après les couleurs des partis libéraux (MR francophone et VLD néerlandophone) et chrétiens(CDH francophone et cartel CD&V-NVA néerlandophone) qui cherchent à former la majorité.

[2Sauf en Israël qui n’accorde pas une citoyenneté pleine et entière à ses ressortissants arabes ; mais c’est un autre débat.

[3Le contenu du consensu atteignable sur la question bruxelloise a pourtant été esquissé par Philippe Van Parijs dans Le Soir de jeudi : élargissement réduit de la RW, suppression des facilités pour les nouveaux habitants, etc. Le seul problème de la position de Philippe Van Parijs est son régionalisme bruxellois, qui tend de facto à détruire la solidarité avec la Wallonie.

[4Au sujet du caractère « néolibéral » de l’Orange bleue, lire Olivier Hubert, « La vision économique de l’orange bleue ou l’éloge du néolibéralisme », papier paru dans La libre Belgique du 10 août.

[5À cet égard, il y aurait matière à longuement analyser les raisons pour lesquelles le CD&V s’est droitisé à ce point, malgré sa dépendance historique à l’égard de l’ACW — le mouvement ouvrier chrétien flamand — sensée pourtant lui éviter cette tentation.

Messages

  • Juste un petit détail sur la citation de Brel : « Plus que d’autres, les Flamands — que Jacques Brel disait « nazis pendant les guerres et catholiques entre elles » ». Ce ne sont pas les Flamands qu’il caractérisait de la sorte, mais les Flamingants.

    Toute la question, je suppose est de savoir si l’un égale l’autre.

    • Exact. Mea culpa. Je corrige dans mon texte, tout en laissant ouverte la question,...

    • j’ai trouvé ton texte très intéressant, même si je pense qu’il est sur certains points biaisé par la défense des intérêts wallons qui semblent te tenir à coeur.

      dire que les négociateurs "francophones" oublient complètement la wallonie au profit de bruxelles m’a étonné. en tant que bruxellois j’ai plutot l’impression d’assister à un débat de provinciaux (wallons comme flamands) qui s’arrogent le droit de définir ce que devrait être leur capitale (une poule aux oeufs d’or qu’on découpe la journée, pour la (con)chier le soir, de retour en province)

      quand tu écris que les médias francophones sont avant tout bruxellois, c’est que tu ne regardes jamais la tv (ce qui est tout à ton honneur). parce qu’il faudrait vraiment être aveugle et sourd (ou alors délibérément injurieux) pour prétendre que rtl-tvi n’est pas une chaine par et pour la wallonie.

      le dernier point que je souleverai est celui de ton laspus flamand-flamingant dans ta citation de brel. je pense que ce lapsus est révélateur, qui plus est dans le contexte où tu l’as commis : les flamands seraient donc des nazis et des catholiques (en tout cas c’est ce que ton inconscient t’a suggéré).
      le plus édifiant étant que le commentaire de stéphane tend à rendre acceptable, ou du moins questionable, l’équation "flamand=flamingant" (à moins qu’il ne visait l’équation flamand=nazi+catholique ?).

      je pense que certaines parties de ton texte sont intéressantes, mais d’autres, dont celles que j’ai soulignées, révèlent un manque de recul et de questionnement sur ton rapport aux flamands. je me souviens à ce propos que tu avais décidé d’apprendre le néerlandais il y a quelques mois : is het gelukt ?

      christof

    • Salut,

      j’ai trouvé ton texte très intéressant, même si je pense qu’il est sur certains points biaisé par la défense des intérêts wallons qui semblent te tenir à coeur.

      Disons que dans la mesure où je vis en Wallonie et où je pense que la Wallonie va être, comme je le montre dans le texte ci-dessous, la grande perdante des négociations en cours, j’ai tendance à me préoccuper de la question. Cela dit, je préférerais pouvoir passer mon temps à d’autres choses et je dois bien avouer que la Wallonie n’a guère de valeur sentimentale ou symbolique pour moi.

      dire que les négociateurs « francophones » oublient complètement la wallonie au profit de bruxelles m’a étonné. en tant que bruxellois j’ai plutot l’impression d’assister à un débat de provinciaux (wallons comme flamands) qui s’arrogent le droit de définir ce que devrait être leur capitale (une poule aux oeufs d’or qu’on découpe la journée, pour la (con)chier le soir, de retour en province)

      Les Bruxellois doivent savoir ce qu’ils veulent : soit Bruxelles est la capitale et dans ce cas, il est normal que tous les habitants du pays aient un mot à dire dans une partie des questions qui la concernent ; soit Bruxelles n’est pas capitale. Mais il n’est pas possible de prétendre au titre de capitale de pays et de proclamer en même que « Bruxelles appartient aux Bruxellois ». Même raisonnement concernant l’économie : la concentration d’emplois à Bruxelles tient en bonne partie au rôle de capitale de cette ville. Il est incroyablement égoïste de la part de certains Bruxellois d’affirmer que les « provinciaux » qui travaillent à Bruxelles « se nourissent sur la bête » ou sont des profiteurs ou je nee sais quoi. Si c’est cela, qu’on installe le ministère des finances à Anvers, la cour de cassation à Liège et le Parlement à Gand.

      J’avais exposé en détail mon point de vue sur cette question dans un précédent billet.

      Accessoirement, le concept de « provincial » a une connotation très méprisante et ne se justifie de toute façon pas en Belgique (qui est trop petite pour que les provinciaux le soient vraiment).

      quand tu écris que les médias francophones sont avant tout bruxellois, c’est que tu ne regardes jamais la tv (ce qui est tout à ton honneur). parce qu’il faudrait vraiment être aveugle et sourd (ou alors délibérément injurieux) pour prétendre que rtl-tvi n’est pas une chaine par et pour la wallonie.

      Effectivement, je n’ai pas de télévision et je la regarde extrêmement peu. Je parlais des journaux. C’est en particulier frappant dans le cas du Soir, qui est bien plus un journal bruxellois qu’un journal francophone. C’est son droit, mais ça devrait inciter les Wallons à ne plus l’acheter trop souvent et à créer un journal relayant un point de vue moins capitalo-centré.

      le dernier point que je souleverai est celui de ton laspus flamand-flamingant dans ta citation de brel. je pense que ce lapsus est révélateur, qui plus est dans le contexte où tu l’as commis : les flamands seraient donc des nazis et des catholiques (en tout cas c’est ce que ton inconscient t’a suggéré). le plus édifiant étant que le commentaire de stéphane tend à rendre acceptable, ou du moins questionable, l’équation « flamand=flamingant » (à moins qu’il ne visait l’équation flamand=nazi+catholique ?).

      La principale difficulté, c’est que, quand on dit « Les Flamands », on parle en fait des politiciens flamands. Les francophones ne savent quasiment rien des Flamands (et l’inverse est aussi vrai). On devrait être plus attentif à cela, parler des négociateurs ou des hommes politiques flamands plutôt que des Flamands dans leur ensemble.

      Quant à la question de savoir si tous les hommes politiques flamands sont flaminguants, la réponse me semble de toute évidence positive pour la grande majorité d’entre eux. Mis à part une partie de Groen ! et du SPA et quelques personnalités éparses dans les autres partis, il me semble clair que la Flandre politique est aujourd’hui nationaliste — ouvertement ou de manière implicite — et je vois mal comment il serait possible d’être nationaliste sans être flaminguant. La liste des revendications mises sur la table par le CD&V et le VLD est limpide à ce sujet : il s’agit ni plus ni moins que de régionaliser tout ce qui peut l’être.

      je pense que certaines parties de ton texte sont intéressantes, mais d’autres, dont celles que j’ai soulignées, révèlent un manque de recul et de questionnement sur ton rapport aux flamands. je me souviens à ce propos que tu avais décidé d’apprendre le néerlandais il y a quelques mois : is het gelukt ?

      C’est en cours. Je dois dire que ça avance moins vite que prévu et que la motivation manque un peu (au rythme où vont les choses, la Belgique n’existera plus quand je serai devenu bon néerlandophone), mais je vais donner un coup d’accélérateur dans les prochains mois (je ne voudrais que mes compétences intellectuelles soient mises en doute par l’homme qui enterrera la Belgique). Je compte être capable de lire la presse flamande au 1er janvier 2008. L’expression orale ou écrite, ce sera pour plus tard.

      ++

      François

    • en fait à bien y réfléchir, les revendications des négociateurs sur Bruxelles pourraient sortir d’une logique qui n’a pas encore été évoquée ici

      en fait, les flamands, pour le moment, de mon impression, ne font rien d’autre que d’avancer toujours plus vers une confédération ou l’indépendance

      la politique des petits pas leur sera beaucoup plus avantageuse car les francophones, de leur point de vue, accepteront toujours des compromis s’ils ont la lubie de pouvoir sauver l’état belge

      seulement, aujourd’hui, un changement dans les mentalités s’opère de plus en plus dans les mentalités francophones et je crois que l’émission de la RTBF a servi aussi d’électrochoc pour le permettre

      je pense qu’il vaut mieux négocier la séparation en un coup plutôt qu’en cent mais avant d’en arriver là il faut préparer une possibilité pour l’état "Belgique francophone" de pouvoir exister et les négociateurs francophones l’ont compris. Mais, pour ça, il faut un Bruxelles élargi et rattaché à la Wallonie. Dés qu’on aura ça, et c’est peut-être à ça que s’attache les négociateurs francophones.

      N’ayons plus peur de vivre seuls.

      D’abord les transferts sont très largement surestimés. Une question financière ne devrait pas être un bon argument pour sauvegarder un état mais avouons qu’il y a de quoi être plus rassuré avant d’acquérir son indépendance que de se dire qu’on ne va pas se retrouver tout d’un coup sans rien.

      En plus, les transferts touristiques nourrissent pour bonne partie la Flandre. S’ils ne veulent plus de la solidarité alors stoppons aussi les transferts sud nord du tourisme et allons ailleurs. Ils le regretteront.

      Par ailleurs encore, l’économie flamande c’est quoi ? Les voitures ? Délocalisées de plus en plus. La pétrochimie ? Le peak oil arrive. Le transport par route ? Il va décliner. Il va donc falloir pour eux faire face à des grandes difficultés. Mais leurs investissements dans l’innovation, la recherche, leur bon enseignement et les port d’anvers et Zeebruges sont de gros atouts. Je ne me fais pas de soucis pour eux.

      Pour finir, quand dans un couple l’un ne veut irrémédiablement plus de l’autre, même pour des mauvaises raisons, il doit être possible de divorcer. Mais il vaut mieux un divorce à l’amiable et bien préparé.

      Oui, je préférerais que la Belgique vive. C’est ce que je souhaite de plus au monde car ce pays montrait que des communautés très différentes peuvent vivre dans un même pays.

      Mais je n’y crois plus ...

    • hoooi (comme disent les flamands (flamingants ?)),

      Les Bruxellois doivent savoir ce qu’ils veulent : soit Bruxelles est la capitale et dans ce cas, il est normal que tous les habitants du pays aient un mot à dire dans une partie des questions qui la concernent ; soit Bruxelles n’est pas capitale.

      tu reconnais donc que les bruxellois ne sont pas privilégiés par rapport aux wallons, alors qu’ils sont pourtant intéressés à double titre par le sort de ce qui est aussi bien leur capitale que leur ville...

      Accessoirement, le concept de « provincial » a une connotation très méprisante et ne se justifie de toute façon pas en Belgique (qui est trop petite pour que les provinciaux le soient vraiment).

      on voit que tu ne connais pas les provinces flamandes, leurs accents, leurs dialectes (la flandre est encore loin d’être un ensemble homogène) et leur attitude provinciale et méprisante face à bruxelles... on pourra sans aucun doute trouver le pendant wallon de dendermonde ou lombeek (une piste à travailler pour resserrer les liens nord-sud).

      C’est en particulier frappant dans le cas du Soir, qui est bien plus un journal bruxellois qu’un journal francophone.

      là encore je ne suis pas d’acord. je me souviens très bien de la fiction humoristique sur les rapports nord-sud, "jan et jean" (le road-movie de deux belges en belgique), lors de la collaboration du Soir avec le Standaard. Ces sketches étaient une tentative de présentation conjointe d’une communauté à l’autre.
      pourtant, à mon grand étonnement, le personnage de langue francaise choisi par Le Soir, n’était pas présenté comme francophone mais uniquement comme wallon ("jean le wallon"). voici un lien vers un de ces sketches : http://www.lesoir.be/video/
      je pense que cet exemple est significatif, surtout parce que c’est dans un contexte communautaire qu’il survient.

      yoooooppppppppppp

    • tu reconnais donc que les bruxellois ne sont pas privilégiés par rapport aux wallons, alors qu’ils sont pourtant intéressés à double titre par le sort de ce qui est aussi bien leur capitale que leur ville...

      Comme je l’indique dans le billet référencé ci-dessus, je reconnais beaucoup de choses aux Bruxellois. Je leur demande juste de ne pas jeter la solidarité francophone aux orties quand elle ne leur sera plus utile.

      on voit que tu ne connais pas les provinces flamandes, leurs accents, leurs dialectes (la flandre est encore loin d’être un ensemble homogène) et leur attitude provinciale et méprisante face à bruxelles... on pourra sans aucun doute trouver le pendant wallon de dendermonde ou lombeek (une piste à travailler pour resserrer les liens nord-sud).

      Oui, c’est vrai que de la Flandre, je connais surtout Leuven et Gand, un peu Anvers, la côté belge, mais ni Dendermonde ni Lombeek.

      là encore je ne suis pas d’acord. je me souviens très bien de la fiction humoristique sur les rapports nord-sud, "jan et jean" (le road-movie de deux belges en belgique), lors de la collaboration du Soir avec le Standaard. Ces sketches étaient une tentative de présentation conjointe d’une communauté à l’autre. pourtant, à mon grand étonnement, le personnage de langue francaise choisi par Le Soir, n’était pas présenté comme francophone mais uniquement comme wallon ("jean le wallon"). voici un lien vers un de ces sketches : http://www.lesoir.be/video/ je pense que cet exemple est significatif, surtout parce que c’est dans un contexte communautaire qu’il survient.

      Oui, pour caricaturer les Wallons, le Soir est très fort, on est d’accord. Mais les positions défendues dans ses éditoriaux, le choix des intervenants dans ses pages débats, l’importance accordée à des problème très bruxellois, la condescendance avec laquelle la Wallonie est de temps en temps traité (pas toujours, c’est vrai),... indiquent que le Soir est bel et bien un journal Bruxellois.

    • Cher FS, ne vous leurrez pas. La Wallonie est aussi distante de Bxl qu’elle l’est de la Flandre. Au moins depuis la fin des années ’80. Faut-il vous rappeler les velleités de pas n’importe qui d’une "constitution" wallonne, il y a quelques mois ?... La distance entre Fl de Bxl et Fl de Flandre est sans conséquences : il reste si peu de Fl de Bxl (au grand dam des Fl de Flandre). Mais malheureusement pour la Wallonie (dans le chef de certains déjà fort nombreux), il y a beaucoup de Fr de Bxl ... La solidarité de la Wallonie avec Bxl ne tient pas à grand chose.

      Et au fond, les appels à la transculturalité bruxelloise, un tiers fl, un tiers fr, un tiers anglo en arrangent plus d’un des deux côtés de la frontière linguistique. Quand l’appartenance de Bxl à l’espace francophone ne sera plus qu’une fiction communément partagée, les choses iront en s’accélérant.

      Et je ne suis pas sourd à l’inverse formule : la solidarité de Bxl avec la Wallonie ne tient aussi qu’à un fil.

      La Belgique, à mon sens, est morte avec la fin de Belgique SA (la Société Générale) lors du raid de de Benedetti. Belgique SA démantelée ... le reste suivrait.

      C’est un peu dommage, mais après tout ... ne vaudrait-il pas mieux que l’on se prépare à l’inéluctable.

  • dans la chanson de Brel, ce sont les flamingants (au regard lointain et a l’humour exsangue) qui passent du fusil au missel, et non les flamands.

  • Messieurs les Flamingants j’ai deux mots à vous rire
    Il y a trop longtemps que vous me faites frire
    À vous souffler dans le cul pour devenir autobus
    Vous voilà acrobates mais vraiment rien de plus
    Nazis durant les guerres et catholiques entre elles
    Vous oscillez sans cesse du fusil au missel
    Vos regards sont lointains votre humour est exsangue
    Bien qu’il y ait des rues à Gand qui pissent dans les deux langues
    Tu vois quand je pense à vous j’aime que rien ne se perde
    Messieurs les Flamingants je vous emmerde
     
    Vous salissez la Flandre mais la Flandre vous juge
    Voyez la mer du Nord elle s’est enfuie de Bruges
    Cessez de me gonfler mes vieilles roubignoles
    Avec votre art flamand italo-espagnol
    Vous êtes tellement tellement beaucoup trop lourd
    Que quand les soirs d’orages des Chinois cultivés
    Me demandent d’où je suis je réponds fatigué
    Et les larmes aux dents « Ik ben van Luxembourg »
    Et si aux jeunes femmes on ose un chant flamand
    Elles s’envolent en rêvant aux oiseaux rose et blanc
     
    Et je vous interdis d’espérer que jamais
    A Londres sous la pluie on puisse vous croire anglais
    Et je vous interdis à New York ou Milan
    D’éructer mes seigneurs autrement qu’en flamand
    Vous n’aurez pas l’air con vraiment pas con du tout
    Et moi je m’interdis de dire que je m’en fous
    Et je vous interdis d’obliger nos enfants
    Qui ne vous ont rien fait à aboyer flamand
    Et si mes frères se taisent et bien tant pis pour elles
    Je chante persiste et signe je m’appelle Jacques Brel.

    Source

  • Très bon article, qui élargit salutairement le débat. Un point : je ne sais pas si les négociateurs de droite font eux-mêmes le lien que tu effectues entre séparation communautaire et possibilités de dumping, au-delà de leur posture de matamore à deux euros. Il faudrait pouvoir prouver que les entreprises y gagneraient, ce dont je ne suis pas certain, toujours à la recherche de transparence et de mobilité qu’elles sont - pour le dumping social, elles ont déjà l’Europe et la Chine :-).

    En revanche, d’un point de vue extérieur, je trouve étonnant de voir à quel point les flamands se trompent d’ennemi, si ennemi il y a : la Flandre est en voie d’urbanisation et d’acculturation anglo-saxonne rapide, ce qui nourrit abondamment l’apologie du self-made-man et autres réflexes individualistes dont on sait tout le bien qu’ils apportent à la vie collective. Si les types qui composent les rangs des flamingants avaient deux sous de jugeote, ils se rendraient compte que ce qui tue les anciennes solidarités, leur culture, aujourd’hui, provient bien plus de MTV que de Liège... Ce que le français dominateur a commencé, c’est l’anglais qui, aujourd’hui, se charge de l’achever. Quand ils auront renvoyé les francophones et tous les non-blancs hors des frontières qu’ils se seront fixées, sur qui vont-ils bien pouvoir taper pour justifier leurs malheurs ? Les chômeurs, les handicapés, les homosexuels ? ça s’arrête où ?

    Tiens, juste pour rire un peu : si on compare les valeurs des patrimoines environnementaux de la Wallonie et de la Flandre, si on juge de leur vulnérabilité réciproque à une hausse du niveau de la mer de, mettons, un mètre (aux dernières nouvelles du réchauffement climatique, ce serait atteint peut-être avant 2100), alors peut-être les flamands regretteront-ils un jour d’avoir viré de leur pays des zones montagneuses à peu près préservées... Mais c’est un autre débat.
    Bonne semaine !

    • Salut Walter,

      Il faudrait pouvoir prouver que les entreprises y gagneraient, ce dont je ne suis pas certain, toujours à la recherche de transparence et de mobilité qu’elles sont - pour le dumping social, elles ont déjà l’Europe et la Chine :-).

      Concrètement, une régionalisation de l’Impôt sur les sociétés (Isoc), par exemple, aura pour conséquence plus que probable (sinon, pourquoi la demander ?) une baisse du taux et/ou une réduction de l’assiette, « pour stimuler l’économie », au moins en Flandre. Les autres régions seront probablement forcées de suivre ou risqueront de voir les sièges sociaux, voire l’activité industrielle, d’un certain nombre d’entreprises se déplacer sur le territoire flamand (et, pour un entrepreneur installé à Liège, Tongres — à 15 km — est quand même beaucoup plus accessible que Shanghaï [1]).

      En revanche, d’un point de vue extérieur, je trouve étonnant de voir à quel point les flamands se trompent d’ennemi, si ennemi il y a : la Flandre est en voie d’urbanisation et d’acculturation anglo-saxonne rapide, ce qui nourrit abondamment l’apologie du self-made-man et autres réflexes individualistes dont on sait tout le bien qu’ils apportent à la vie collective. Si les types qui composent les rangs des flamingants avaient deux sous de jugeote, ils se rendraient compte que ce qui tue les anciennes solidarités, leur culture, aujourd’hui, provient bien plus de MTV que de Liège... Ce que le français dominateur a commencé, c’est l’anglais qui, aujourd’hui, se charge de l’achever. Quand ils auront renvoyé les francophones et tous les non-blancs hors des frontières qu’ils se seront fixées, sur qui vont-ils bien pouvoir taper pour justifier leurs malheurs ? Les chômeurs, les handicapés, les homosexuels ? ça s’arrête où ?

      On n’en est (heureusement) pas là.

      Mais effectivement, ça vaudrait la peine de creuser la question du différenciel d’attitude des Flamands entre l’anglais et le français car, de toute évidence, la tolérance aux locuteurs uniquement anglophones est bien plus grande en Flandre que vis-à-vis des locuteurs uniquement francophones. Une hypothèse que le mouvement flamand a d’abord un oeuf à peler avec le Français, peu lui importe de taper à côté de la plaque, de perdre toute mesure, c’est sentimental. Autre hypothèse (pas forcément exclusive) : il s’agit ici d’un exemple type d’alliance objective entre l’anglais et une langue minoritaire, contre une langue « intermédiaire » qu’est le français (thème développé à plusieurs endroits dans ces pages). C’est-à-dire que le flamand ne cherchant en aucune manière à jouer un rôle au-delà de son terroir, il n’entre pas en concurrence avec l’anglais, lingua franca reconnue. À chacun son rôle : au flamand la défense de l’identité régionale ; à l’anglais la fonction de communication internationale. Avec une dissymétrie qui est à l’avantage des flamands : la maîtrise de la langue flamande étant nécessaire à l’accession à l’emploi, voire à la citoyenneté, les natifs flamands ont un avantage décisif sur le reste du monde : eux sont anglophones donc exportables partout ; mais leur chez-eux est protégé par la barrière linguistique, coûteuse à franchir (en temps, en efforts) pour quiconque ne souhaite pas s’établir durablement dans la région. On retrouve cette fonction sélective joué par une langue minoritaire (dont le caractère minoritaire devient paradoxalement un atout) dans beaucoup de régions riches d’Europe : Luxembourg, pays scandinaves, Catalogne,... Et vive la mondialisation heureuse ! Si l’on ajoute à cela la très grande proximité entre les deux langues et donc la facilité d’apprentissage de l’anglais pour les locuteurs flamands, ça commence à faire beaucoup.

      Tiens, juste pour rire un peu : si on compare les valeurs des patrimoines environnementaux de la Wallonie et de la Flandre, si on juge de leur vulnérabilité réciproque à une hausse du niveau de la mer de, mettons, un mètre (aux dernières nouvelles du réchauffement climatique, ce serait atteint peut-être avant 2100), alors peut-être les flamands regretteront-ils un jour d’avoir viré de leur pays des zones montagneuses à peu près préservées...

      Certes. Mais la Flandre ne fait ici que refléter l’inconscience généralisée qui entoure le problème climatique et environnemental en général. Car, bon, au rythme où notre « civilisation » pollue les ressources essentielles (eau, air, etc), la montée des eaux n’est qu’une petite partie du problème :(

      François

      [1Bon, cela dit, les délocalisations en Chine n’ont pas grand-chose à voir avec les processus de dumping social interne à l’Union. Les uns permettent d’accéder à de la main d’oeuvre peu qualifiée à un prix dérisoire, inenvisageable en Occident ; les autres évitent les énormes complications (administratives, linguistiques, pratiques) que représente une délocalisation loin d’Europe.

    • re,

      merci pour la précision sur l’ISOC, vu comme ça c’est effectivement tout à fait clair... Tant qu’aucune des deux communautés ne se met en tête de rétablir une douane ou des péages. Mais une telle entorse à la liberté de circulation des marchandises à quelques dizaines de kilomètres de Bruxelles, cela ferait très très désordre. La tendance de l’opinion est cependant à la réaction protectionniste : attendons.

      Par ailleurs : je lis dans l’interview de JP Stroobants (correspondant du Monde à Bxl qui a semble-t-il pris d’excellents cours de langue de bois belge) dans Le Monde du jour une réaction qui va dans le sens de ce que tu disais ailleurs sur l’influence possible des médias sur la pondération des voix :

      jeemee1030 : Pensez-vous que les querelles politiques sont le reflet réel de l’opinion publique wallone et flamande ?

      Jean-Pierre Stroobants : Je pense que, pas plus qu’ailleurs, les partis et les élites politiques ne représentent fidèlement et totalement le sentiment de l’opinion.

      On peut toutefois considérer que lorsque des Flamands confient leurs suffrages à des partis qui, d’une manière ou d’une autre, réclament davantage d’autonomie pour leur région, et ce depuis de nombreuses années, la tendance lourde est celle d’une région qui ne se satisfait plus du cadre belge.

      Ou alors il faut considérer qu’aucun Flamand ne lit jamais aucun programme de parti et se contente de voter pour des figures plus ou moins présentes dans les médias.

      Cela me pose question depuis longtemps.

      De la part d’un journaliste, ce n’est pas courant de blasphémer ainsi le suffrage universel... :-)

    • Tant qu’aucune des deux communautés ne se met en tête de rétablir une douane ou des péages. Mais une telle entorse à la liberté de circulation des marchandises à quelques dizaines de kilomètres de Bruxelles, cela ferait très très désordre.

      C’est surtout illégal dans la mesure où nous faisons partie d’un « marché commun ».

      D’ailleurs, le dumping fiscal est déjà à l’oeuvre en Europe. Les riches Français vont s’installer en Belgique ou en Suisse où l’impôt sur la fortune n’existe pas. Les entrepreneurs d’un peu partout vont se poser en Irlande où l’imposition sur les sociétés est ridicule. Les autres pays sont amenés à suivre, parfois avec beaucoup d’enthousiasme, parfois sans. Une part significative Les voitures de société belges sont immatriculées au Luxembourg. etc etc Finalement, ça permet de relativiser : la balkanisation fiscale de la Belgique ne serait jamais qu’un pas de plus dans la direction de la dérégulation généralisée.

      La tendance de l’opinion est cependant à la réaction protectionniste : attendons.

      Pourquoi tout protectionnisme serait-il réactionnaire ? Personnellement, je plaide résolument pour un protectionnisme sélectif, basé sur les conditions de production sociales (niveau des salaires, temps de travail, droits syndicaux, etc) et environnementales, conditionnant l’entrée et faisant varier les taux de douanes en fonction du respect de ces critères par les producteurs. Ça permettrait de ne plus détruire de l’activité en Europe pour la remplacer par du semi-esclavagisme en Chine ou ailleurs. Ce serait déjà un grand pas en avant.

      Par ailleurs, il faut pouvoir, pour des raisons écologiques, relocaliser une partie de l’économie. Le protectionnisme et les taxes sur les transports internationaux peuvent y contribuer.

      [...] JP Stroobants (correspondant du Monde à Bxl qui a semble-t-il pris d’excellents cours de langue de bois belge)

      Stroobants est belge. C’est un ancien du Soir. Personnellement, j’aurais plutôt tendance à penser qu’il a pris un ton parisien parfois un peu suffisant et qu’il a tendance à présenter aux Français la Belgique telle qu’ils aiment la voir (surréaliste, complexe, complexée, un peu hype quand même,...).

      François

    • C’est surtout illégal dans la mesure où nous faisons partie d’un « marché commun ».

      Oui... tant que les deux parties accepteront de l’intégrer. La question se posera, tel que c’est parti, ne pas oublier qu’à la fois français et néerlandais ont dit "non" au projet de Constitution Européenne...

      D’ailleurs, le dumping fiscal est déjà à l’oeuvre en Europe. Les riches Français vont s’installer en Belgique ou en Suisse où l’impôt sur la fortune n’existe pas. Les entrepreneurs d’un peu partout vont se poser en Irlande où l’imposition sur les sociétés est ridicule. Les autres pays sont amenés à suivre, parfois avec beaucoup d’enthousiasme, parfois sans. Une part significative Les voitures de société belges sont immatriculées au Luxembourg. etc etc Finalement, ça permet de relativiser : la balkanisation fiscale de la Belgique ne serait jamais qu’un pas de plus dans la direction de la dérégulation généralisée.

      En effet ; diviser pour mieux régner.

      Pourquoi tout protectionnisme serait-il réactionnaire ? Personnellement, je plaide résolument pour un protectionnisme sélectif, basé sur les conditions de production sociales (niveau des salaires, temps de travail, droits syndicaux, etc) et environnementales, conditionnant l’entrée et faisant varier les taux de douanes en fonction du respect de ces critères par les producteurs. Ça permettrait de ne plus détruire de l’activité en Europe pour la remplacer par du semi-esclavagisme en Chine ou ailleurs. Ce serait déjà un grand pas en avant.

      Par ailleurs, il faut pouvoir, pour des raisons écologiques, relocaliser une partie de l’économie. Le protectionnisme et les taxes sur les transports internationaux peuvent y contribuer.

      Je ne dis pas que tout protectionnisme n’est que réactionnaire ! Au contraire, je soutiens tes vues sur un protectionnisme de projet. Mais l’idée du protectionnisme tel qu’il est véhiculé en ce moment, qu’il soit de droite ou de gauche, est amenée sur un plan très défensif, en opposition au dumping notamment, et l’exemple de la position francophone aux négociations institutionnelles belges actuelles, de la gauche depuis 10 ans et de l’armée française en 40 montre assez à quel point on joue perdant en partant à l’affrontement avec des options strictement défensives. Il est évident qu’il n’y a aucun intérêt pour les classes moyennes européennes à laisser des centaines d’entrepreneurs prendre goût à l’entrepreneuriat en milieu autoritaire...

      Je te rejoins tout à fait sur l’intérêt qu’il y aurait à taxer les transports, car c’est la clé de tous les marchés, ce qui permet leur existence artificielle. J’avais écrit quelque chose là-dessus au printemps dernier. Il me semble que certains magasins anglais progressistes affichent déjà un double prix, en livres sterling et en kilomètres... Cela permettrait de plus de poser la question de manière globale et d’éviter son instrumentalisation politique locale.

      La relocalisation de l’économie est un enjeu absolument fondamental mais qui pose des questions radicales : il ne faudrait pas non plus tomber dans la tentation autarcique ; comment préserver des échanges entre personnes tout en restreignant la liberté du commerce ; comment faire accepter une baisse importante du pouvoir d’achat réel dans une société dopée à la surconsommation ; quelle répartition des richesses ; comment inventer une culture de la simplicité, de la limite qui ne soit pas une culture autoritaire (ou comment critiquer la récupération imbécile de Mai 68 par les pubards sans pour autant se ranger parmi les partisans de M. Sarkozy) ; comment réduire la spécialisation professionnelle individuelle ; etc... Et mieux vaudrait y répondre avant qu’un régime autoritaire ne le fasse à notre place. Plus vite on prendra l’initiative sur ces questions, moins la nécessité d’imposer brutalement des réponses par la suite sur fond de chantage écologique existera. Se pose, évidemment, la question de savoir dans quelle mesure un questionnement aussi contraire à la marche actuelle des choses a-t-il la moindre chance d’aboutir à quoi que ce soit. Mais, comme on dit, entre l’optimisme de l’action et le pessimisme de la raison...

      Parenthèse : ce qui me révulse vraiment aujourd’hui, c’est de voir tous ces salauds qui ont traité les écolos d’illuminés et de charlatans pendant trente ans se ranger aujourd’hui comme un seul homme derrière la défense de l’environnement ; la version marchande, évidemment, depuis qu’ils ont compris que l’environnement devenait rare ils ont bien vu qu’il y avait moyen d’en faire un produit... Si je tenais l’abruti décérébré qui a conçu la dernière campagne de pub de la smart, où on voit un ours blanc tenir un panneau publicitaire pour cette putain de bagnole au motif qu’elle émet peu de CO2 !

      Stroobants est belge. C’est un ancien du Soir. Personnellement, j’aurais plutôt tendance à penser qu’il a pris un ton parisien parfois un peu suffisant et qu’il a tendance à présenter aux Français la Belgique telle qu’ils aiment la voir (surréaliste, complexe, complexée, un peu hype quand même,...).

      Ah, d’accord, autant pour moi. Au moins nous sommes d’accord pour diagnostiquer son entre-deux culturel...

  • en y repensant, ce qui est bizarre avec les opinions politiques du moment sur tous les sites, c’est que sont évoqués l’orange bleue, l’orange bleue-verte, la tripartite classique, d’autres encore ... mais jamais l’olivier

    alors que, pourtant, c’est encore la possibilité qui me parait le plus évidente en cas d’échec de l’orange bleue

    c’est même sans doute pour ça que le MR tient tant à faire réussir l’orange bleue coute que coute