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Quelle objection au racisme « scientifique » ?

jeudi 1er novembre 2007, par François Schreuer

Les propos racistes du prix Nobel et co-découvreur de la structure de l’ADN, James Watson, ont relancé les interrogations et les inquiétudes sur la renaissance d’un racisme qualifié de « scientifique ». Ce type de théories avait largement prospéré avant la seconde guerre mondiale — non seulement dans l’Allemagne nazie, mais bien au-delà, justifiant notamment des pratiques eugénistes. La défaite du nazisme leur a porté un coup sérieux, mais pas fatal tant il est vrai que, dans l’histoire des idées, bien rares sont celles qui périclitent définitivement. Cette réapparition du racisme dans le champ scientifique est d’autant plus inquiétante que, dans le même temps, comme on le sait, le fascisme menace à nouveau l’Europe, y compris en Allemagne.

Le journal Le Monde publie dans son édition d’hier un article signé de Stéphane Foucart qui démonte la thèse de Watson sur le plan scientifique. L’article me semble plutôt brillant et je ne doute pas qu’il est utile. J’éprouve cependant un certain malaise face à un argumentaire qui, face à une question comme celle-là, se limite au seul aspect scientifique. Car ce que dit en substance Le Monde, c’est que les théories scientifiques racistes sont fausses. Je le crois volontiers, mais je ne pense pas que l’objection se situe sur le terrain adéquat ; ou à tout le moins que l’objection suffise.

Car l’antiracisme est à mon avis une position qui repose sur des fondements plus principiels qu’empiriques. C’est d’abord pour des motifs politiques et anthropologiques qu’il convient de rejeter l’idée de « races », et non en raison de sa fausseté.

Que dit, en effet, l’argumentaire scientifique anti-raciste ? Qu’il n’y a pas de races parce que la diversité génétique n’est pas discrète mais continue. Selon Lluis Quintana-Murci, généticien des populations à l’Institut Pasteur, cité par Le Monde, « Il est impossible d’isoler une race : les variations des populations humaines sont graduelles et continues, de l’Europe du Nord à la Chine méridionale. Il n’existe jamais de fossé génétique entre deux ethnies. » Soit. Mais on admettra qu’il s’agit d’un argument faible si c’est à celui-là qu’on doit se remettre pour faire front à la résurgence du racisme.

C’est que la recherche scientifique ne sait pas grand chose encore aux relations entre la génétique et les processus cognitifs. Comme le dit Axel Kahn en conclusion de l’article du Monde, « Les capacités cognitives reposent [...] sur un équilibre extraordinairement subtil entre l’inné et l’acquis. Équilibre dont nous ne savons aujourd’hui presque rien. »

Non seulement, peut-on en conclure, les théories racistes ne tiennent pas la route mais en plus, à placer le débat sur le seul terrain de la génétique, on ne sait pas trop ce qu’il en sortira un jour ou l’autre. Car la diversité de l’espèce humaine est difficilement contestable et sa catégorisation est une tentation permanente qui trouvera toujours — et de plus en plus — à s’alimenter dans telle ou telle théorie scientifique.

Il importe donc de déplacer le débat. Quels que soient les résultats de la science sur la question des « races », cette idée peut être rejetée sur une base politique. La raison en est simple : l’humanité n’est pas le fait de notre structure génétique ; elle est le fait de notre vie en société. L’humanisation est un processus social, non un processus biologique. Et la richesse de la vie sociale est directement fonction de la diversité humaine, du caractère irréductible de la multitude humaine. Autrement dit, l’humanité est le produit de ce que le racisme cherche à éliminer.

Comprendre cela, c’est comprendre l’inanité du racisme, « scientifique » ou non.

Messages

  • Je suis bien d’accord avec votre analyse. Sur mon blog, Racisme et Histoire, j’ai posté il y a quelques semaines un article qui rappelle le lien ténu entre notre humanité et l’antiracisme. C’est ici.

    Bonne journée
    Titophe

  • en décembre 2005 j’inventais peut être un nouveau mot :

    Scientifisme : détournement de résultats scientifiques ou pseudo scientifiques dans un but politique camouflé aux fins d’enrichissement personnel.

    Ce n’est pas du scientisme, car les scientistes avaient une démarche positive et espéraient que la science allait pouvoir tout expliquer. Poursuivant leur démarche logique de recherche du bien commun ils ont pu conclure un peu hâtivement que le monde avait intérêt a être dirigé par des experts.

    Le scientifisme s’apparente plutôt à de l’escroquerie intellectuelle, de la manipulation.

    Nous pouvons donc maintenant ranger Mr Watson dans les scientifistes, avec Nicolas Hulot.

  • Et c’est d’ailleurs pour cela qu’il faut bien rappeler la différence entre génétique et politique. Même si on sait très bien en prenant des cas extrèmes que les capacité cognitives sont liées a la génétique ou au developpement embryonnaire : autisme, mongolisme, caractériels, maniaco dépressifs, ce n’est pas une raison pour discriminer ces gens. Selon une étude américaine l’aptitude a comprendre une langue inventée serait fortement liée a la taille du Gyrus de Heschl de telle sorte que l’on peut prédire les aptitudes qui varient entre 3 et 18 sessions d’entrainement pour certains. Conséquences ? Leterme avait peut être raison ! Les wallons sont moins rapides que les flamands pour apprendre une langue étrangère ;-)(N.B. je n’ai pas encore vérifié la source, la plupart du temps ces études américaines sont très constestées)
    Source :
    Northwestern University (2007, July 27). Learning A Second Language : Is It All In Your Head ?. ScienceDaily. Retrieved November 9, 2007, from http://www.sciencedaily.com­ /releases/2007/07/070725152034.htm

  • Le Racisme « scientifique »

    Exposé thématique critique, historique et biologique, du racialisme

    Démontrer que les études racialistes (a) sont scientifiquement biaisées ; démontrer que le concept de races (b) ne s’applique pas à notre espèce, ne sont sans doute pas les meilleurs ni les plus faciles arguments contre les racismes. Nous avons pourtant fait le choix de nous attaquer objectivement à ces points relativement difficiles à faire intégrer, plutôt qu’en raisonnements éthiques et "moralineux" contre les racismes. La raison en est simple : il n’existe pas de bon argument contre les racismes pluriels. On ne lutte pas arguments objectivés à l’appui contre un sentiment souvent profondément engrammé et nourri de stupidité, de ressentiment, de haine, de préjugés et d’ignorance. Les idéologies et convictions racistes entraînent toujours discriminations, injustices, et ont abouti en crimes les plus graves, en génocides. Il faut par conséquent se défendre avec fermeté, notamment en légiférant, contre les actes racistes, l’incitation à la haine raciale, et contre toute forme de discrimination. Pour nous, il est clair que la lutte contre les racismes est des plus légitimes : c’est protéger l’autre et soi-même contre l’autre et soi-même, nous protéger contre nous-mêmes.
    Si les racismes peuvent sans doute s’expliquer, jamais ils ne peuvent être justifiés ni argumentés : ils ne sont pas plus rationnels que ne le sont les aspirations et idéaux de justice sociale, d’égalité, d’équité, de solidarité, de liberté. Tous sont modulés par le vécu et l’effort ; mais ce sont avant tout des choix personnels que l’on fait durant sa vie. On se limitera, dans cette page ni philosophique ni éthique, à l’incursion d’une certaine forme de racisme dans les sciences ; car après avoir utilisé durant des décennies les arguments tirés de la Bible - en un temps où elle dominait les esprits -, les raci(ali)stes tentent depuis le XIXe siècle de se parer des vêtements de "la Science" pour continuer à faire vivre leur nauséabonde idéologie. Attitude et idéologie que les principes égalitaires ont voulu envoyer aux oubliettes de l’Histoire ; mais le racisme, lui, ne nous oublie pas... Nous allons démontrer que l’habit ne fait pas le moine, surtout lorsque ce sont de vieux tissus rapiécés et usés jusqu’à la corde : le concept de races humaines, de Quotient Intellectuel, de corrélation, etc. seront épluchés et déshabillés pour en observer la matière bien nue...

    Lire le dossier ici : http://www.rationalisme.org/french/sciences_racisme_scientifique.htm