Les archives des Bulles

La belgitude jusqu’à la nausée

mercredi 7 novembre 2007, par François Schreuer

Parfois, on écrit des conneries, trop vite, trop peu réfléchi, trop méchant. Ce texte en est un exemple. Plutôt que de le retirer comme si de rien n’était, je préfère le laisser en ligne et renvoyer les lecteurs vers ceci. Que cela me serve de leçon.


Elle s’appelle Marie-Claire Houard. Elle est la brillante auteure de la pétition (la plus con) de l’année [1]. Signée, excusez du peu, par plus de 100 000 personnes [2]. Forte de ce premier succès, Marie-Claire Houard a lancé une campagne de publicité dans tout le pays sur le thème « I want you for Belgium » (ainsi que je vous le dis) tandis que la pétition sera envoyée par la poste dans tous les foyers du pays. Dont coût total 658 000 euros tant qu’à présent, financés on ne sait trop comment — mais on aimerait beaucoup le savoir. Le Pan signale le soutien du CDF ; CDF dont on apprend au passage qu’il existe encore mais dont on sait que, même gavé des (beaux) restes de la bourgeoisie catholique, il aurait du mal à financer seul une somme pareille.

Les explications de Mme Houard à ce sujet, toujours selon Pan, sont des plus comiques : les fonds proviendraient à l’en croire de dons des signataires « à l’exception des 400 000 € demandés par la Poste, encore à récolter par tranches d’1 € symbolique ».

Résumons, calculs faits : Mme Houard aurait réussi à obtenir en dons la somme exorbitante de 250 000 EUR, soit 2,5 EUR en moyenne de chacun des 100 000 et quelques signataires, ce qui fait de sa pétition une authentique killer-application de la net-économie, une petite startup membre du club extrêmement fermé des sociétés au taux de rendement à 3, 4 voire 5 ou 6 chiffres (mais pourquoi, se demande-t-on alors, investir tout cet argent dans une campagne de pub mal fagottée ?). Bref, en spéculant un peu, on pourrait presque s’attendre à ce que la pétition de Mme Houart soit introduite sur le Nasdaq d’ici peu.

Le reste du business plan n’est pas moins étonnant puisque Mme Houard attend sans rire que 4% de la population belge verse un écôt d’un euro par tête à la noble cause. Pour quelle raison tabler sur pareil élan, probablement inédit ? Tout simplement, nous explique laborieusement une entête à la pétition, parce que « À l’instar de grands projets gratuits comme wikipedia ou firefox, nous pensons que le public peut apporter son soutien à de tels projets. » On n’en saura pas plus et l’on restera à méditer sur l’audace indéniable de cette comparaison entre le meilleur navigateur (ou la plus grande encyclopédie du monde) et une campagne de publicité JCDecaux.

Notez que Mme Houard n’entend pas en rester là et organise d’ici quelques jours une trop probable manifestation (« tricolore » et « apolitique », ça va sans dire même si ça ne veut rien dire) pour l’unité du pays.

Pour ceux qui veulent en savoir plus, le PTB — jamais en reste lorsqu’il s’agit de faire larmoyer le pathos et sonner les grosses caisses populistes — nous offre dans sa feuille de propagande un portrait désarmant de Mme Houard. Elle regrette amèrement, nous apprend « Solidaire », que les partis traditionnels ne parlent plus de la Belgique comme d’une famille : « Dans une famille, on est solidaire, si un enfant coûte plus cher qu’un autre on ne le jette pas hors de la famille, que du contraire, on l’aide ». Les stalino-maoïstes défendant les valeurs de la famille ; on aura tout vu [3].

Je dois dire, cependant, qu’après la lecture de cet article de Solidaire, je suis pris d’une inquiétude. J’espère qu’aucun banquier n’a commis la forfaiture de consentir à Mme Houard un prêt 500 000 euros et le reste sur la foi de son plan financier fantaisiste. Je serais fort affligé de la savoir endettée jusqu’au cou pour pareille chimère.

Car, et c’est l’objet de ces quelques lignes (il semble nécessaire de le préciser), la Belgique n’est pas une fin en soi. Faire l’économie de la réflexion sur ce qui est en question pour sauter, pieds joints, dans la tarte à la crème belgicaine, c’est prendre une position dangereuse (qui pourrait notamment mener à accepter n’importe quoi sur le plan éthique ou socio-économique pour maintenir à tout prix l’unité du pays). C’est aussi — comme souvent quand les bons sentiments éclipsent toute vue politique ou stratégique — une position qui ne pèse en rien sur le débat politique, faute d’une prise, faute d’une revendication effective. Les petits Belges veulent de la Belgique. Et après ?

Le dernier paragraphe a été ajouté après la première publication.

Ah oui, pour décerner le titre de pétition de l’année, j’ai peut-être été un peu vite en besogne. Car la pétition pour la solidarité, dont j’ai parlé il y a quelques semaines, mérite bien évidemment beaucoup plus d’intérêt, à la fois parce qu’elle est largement soutenue en Flandre et parce que son message politique ne repose pas sur le nationalisme mais sur la solidarité.

Notes

[1Vous noterez que le texte en ait été, en cours de route, sensiblement amendé depuis que Karim Majoros la brocardait.

[2Assurrant au passage le succès d’un site de pétitions en ligne jusque là inconnu qui tente pour le moment de ramasser le jackpot de la façon parfaitement scandaleuse, en tentant de faire raquer les signataires.

[3À tout le moins et c’est déjà beaucoup, ça laisse du suspense sur la liste électorale sur laquelle se retrouvera Mme Houard en 2009 : entre le CDF et le PTB, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il y a du champ.

Messages

  • François, je te propose ce lien :

    http://promethee.blogspot.com/2007/...

    PS : je ne comprends pas comment ajouter un lien...

  • " À l’instar de grands projets gratuits comme wikipedia ou firefox, nous pensons que le public peut apporter son soutien à de tels projets. » vous reprenez ici le texte mis par le gestionnaire du site !!! je n’ai rien à voir avec ce texte ! sans doute, vous qui savez tout, et répendez votre fiel, savez-vous faire la différence entre un site gratuit et ce qu’il héberge ? j’ai placé une pétition sur un site gratuit de pétitions. je ne suis en rien responsable du site ni des tentatives de profit du gestionnaire.

    ensuite en ce qui concerne le CDF et le PTB, je n’ai aucun contact avec ces 2 partis ! Je ne connais personne dans ces partis. J’ai juste accordé une interview à un journaliste du PTB au début de la pétition, parce que je croyais naïvement que cela ferait un peu de pub pour la pétition.

    un membre du CDf a aimé mon action et a collé des affiches et autocollants sur ses 2 vieilles camionnettes.
    Louis Michel a signé la pétition...suis-je aussi attachée à son parti parce qu’alors, je ratisse vraiment large !!!

    Je voudrais ensuite parler argent.

    J’avoue m’être laissée déborder par un signataire qui s’est occupé de toute ces publicités, contacts, et gestion du compte. Il m’a demandé de lui faire confiance. Je lui garde ma confiance mais il va trop loin et espère trop de cette simple pétition.
    Nous n’avons pas les 400.000 euro demandés par la poste. et j’ai demandé qu’on ne parle plus d’une distribution toutes-boîtes. Je n’ai jamais eu pour objectif d’inonder la Belgique de pub, ni de changer le monde.
    c’est bien trop loin de ce que j’avais commencé. Cela n’a plus de rapport avec ma démarche.

    j’ai juste eu envie de réagir, seule devant mon PC, de dire ce que je pensais. simplement.
    Je pensais obtenir 2/3.000 signatures et basta.

    Visiblement beaucoup de Belges se sont sentis concernés et la vague a déferlé, de bouche-à-oreille, de contact en contact.

    Effectivement nous avons réuni 250.000 euro de dons de particuliers. La somme semble énorme. à moi aussi.
    mais rien n’a été volé ! et tout a servi pour la pétition.

    Et croyez-moi, seule, je n’aurais jamais fait tout cela. D’autres y ont cru et m’ont poussée, ont pris des initiatives peut-être hors des limites. Mais ils ont agi au moins, ils ont agi selon leur coeur et leurs convictions.

    Et la marche pour la remise des signatures fait suite à la demande répétée par de nombreux signataires.

  • autre chose...votre point 2...
    depuis quand le texte a-t-il été modifié ??? c’est le même texte depuis le début ! il n’a pas été modifié.
    avant de répandre vos calomnies, renseignez-vous mieux !

    et je n’ai jamais voté CDF ni PTB !!

    • Moi aussi j’ai écrit un petit billet concernant la pétition de madame Houard dont le contenu me plaît peu (comme le site royaliste qui l’accompagne d’ailleurs) même si je perçois a priori dans les réactions de madame Houard beaucoup de fraîcheur et de sincérité (et ces qualificatifs ne constituent pas une façon insidieuse de la faire passer pour une "simplette").

      J’y écrivais :

      Pour ma part, je dirais simplement que ce qui me semble devoir être sauvé n’est pas un drapeau, une improbable nostalgie de la Belgique de papa ou la famille royale (Lire Abolir la monarchie) mais bien la solidarité, et pour commencer celle concrète qui s’exprime à travers la sécurité sociale. Or, il existe une pétition qui reprend avec beaucoup de justesse cette revendication et que j’invite chacun à signer et à diffuser.

      Puisque Madame Houard semble suivre ce blog, voici pour elle 3 questions qui me taraudent :

      - Pourquoi ne soutenez-vous pas la pétition "Sauvons la solidarité" ? Car c’est bien d’abord cela le drame qui se trame, la "mise en concurrence" des simples travailleurs et une précarisation croissante.

      - Etes-vous de droite ou de gauche ? Parce qu’il ne suffit pas de vouloir sauver ce pays (tel qu’il est aujourd’hui), il faut aussi savoir à quel pays on aspire (retour à la Belgique de papa, à celle de Verhofstadt,volonté d’aller vers une Belgique républicaine qui par exemple se démocratise et développe ses services publics,...) .

      - Pourquoi très régulièrement utilisez-vous comme un leitmotiv une réthorique dénigrante à l’égard des partis ? Vous parlez d’une initiative "au-dessus des partis". Quelle est cette limbe improbable mais il est vrai populaire en ces temps où le monde économique voudrait être plus seul encore aux commandes de la société ? Moi je pense au contraire qu’il faut redonner de la valeur à la politique (face à l’intrusion de l’économique)

      Enfin, bilingue travaillant en Flandre je ne peux que noter que la nostalgie dont vous témoignez (pardonnez-moi ce terme) n’est pas partagée en Flandre. A Louvain, par exemple, peu sinon pas de drapeaux aux fenêtres.

      Je crois que nous devons nous battre pour sauvegarder (développer) de la solidarité dans un Etat fédéral, cela passe prioritairement par la sécurité sociale. Pour cela, je le répète, il existe une pétition qui, c’est symbolique mais aussi essentiel, a été initiée en Flandre.

      Si vous récoltez l’argent pour faire un toute boîte, je vous suggérerais volontiers d’y glisser prioritairement un A4 promotionnant cette initiative qui pointe avec justesse le combat qui nous attend.

      Pierre

    • si vous recherchez convenablement, vous trouverez mon nom dans les personnes ayant particpé au lancement de la pétition REd de Solidariteit !! J’étais d’ailleurs présente à la conférence de presse le jour de son annonce officielle !

      je soutiens bien sûr cette pétition sauf qu’elle a une forte connation de gauche et très syndicale (voir sur leur site les epxlicatiosn plus complètes de leur pétition : patronat, travailleurs etc)

    • je suis plutôt de gauche, et je tiens à la solidarité et certaines valeurs.
      Je ne dénigre pas la politique mais bien certains politiques et ce qu’ils en font.

      Le PS actuel, l’image qu’on en reçoit, et certains figures de ce parti ne me conviennent pas du tout. Je n’ai pas voté PS aux dernières élections et j’avais envoyé un mail au PS pour signaler que je n’adhérais à certaines choses, certaines couvertures et mlanque de réactions franches et directes face à des "magouilles".

      Je dénigre certains politiciens et certaine politique qui joue avec nous, avec nos désirs, qui place ses gens, je suis contre les nominations politiques, tout ce système où on cherche d’abord à tirer avantage avant de remplir ce pourqou on a été élu..

      Naïve ? oui sans aucun doute

    • Je n’aurais pas dû écrire le texte ci-dessus, ou pas de cette manière en tout cas.

      Vos réponses sont claires et ne me donnent pas envie de chercher à les réfuter.

      Il me semble en conséquence que je vous dois des excuses. Et j’espère que vous les accepterez.

  • Sérieusement c’est tellement stupide et insignifiant que ça ne mérite même pas qu’on en parle. C’est un truc de blogueur ça : "vite vite faire une note à tout prix" ?

  • ... quand, dans un entretien, il dit : "Supprimer ce pays qui ne tient pas debout"

    François Perin ne sait pas comment se terminera la crise actuelle, la plus longue qu’ait connue le pays. Mais il estime que la Belgique est à bout.

    François Perin, 86 ans, sait de quoi il parle. Professeur émérite de droit constitutionnel, fondateur du Mouvement populaire wallon, puis, plus tard, du Rassemblement wallon, ministre des Réformes institutionnelles dans les années 70, ancien sénateur... Il a été de nombreux combats communautaires, le plus souvent en première ligne. Il ne s’exprime plus guère publiquement aujourd’hui. Il est vrai qu’il vient de le faire longuement, dans un ouvrage rédigé par Jules Gheude [1]. "La Libre" l’a joint récemment. Voici ce qu’il nous disait de la crise actuelle, qui est désormais la plus longue qu’ait connue le pays.

    La négociation gouvernementale patine. Cela vous inspire quoi ?

    Mais ce système ne tient plus. Il faut supprimer ce pays qui ne tient pas debout. Un journaliste de "The Economist" a écrit récemment que la Belgique pouvait cesser d’exister parce qu’elle avait joué son rôle de tampon entre les Français et les Anglais après les désastres de Napoléon.

    Oui, mais concrètement, on fait comment ?

    Les Flamands peuvent se "néerlandiser". Et les Wallons se "franciser". Et ce sera fini. Je ne peux pas dire mieux que le journaliste du "Economist". Quand vous avez un talent, où trouve-t-il à s’épanouir ? Même Brel, qui était un Belge typique puisqu’il habitait Bruxelles, qu’il était issu d’une famille flamande et qu’il chantait en français, a dû aller à Paris pour rencontrer le succès. Où croyez-vous que la fantaisiste, l’amuseuse, la sotte Annie Cordy, à qui la RTBF a donné la parole pour raconter l’histoire de Belgique aux gens qui l’ignorent trop, ait gagné sa vie ? Quand on a du talent comme Cécile de France (elle n’a pas choisi de s’appeler comme cela), Marie Gillain, Emilie Duquesne ou même Benoît Poelvoorde, où va-t-on pour faire carrière ? Et quand un écrivain a du talent, où est-il édité ? A Paris. Mais vous savez la difficulté ? Les hommes politiques belges ne seraient plus rien. Di Rupo, il n’est plus rien sans la Belgique. Il est allé à Lille pour soutenir Ségolène Royal durant la campagne présidentielle française. Là-bas, on l’a accueilli comme le président du parti socialiste de Belgique.

    Mais la Belgique, certains y tiennent encore...

    Les drapeaux, on ne les voit qu’à Bruxelles et en Wallonie. Voilà 40 pc de la population qui veulent être Belges tout seuls. Monsieur Delpérée veut en faire un Royaume de Belgique résiduaire. C’est la dérision de la dérision.

    Et Bruxelles ?

    Ah, mais Bruxelles a bien changé depuis 1830. Ce n’est plus une petite capitale. C’est devenu une ville cosmopolite. Cent cinquante nationalités y vivent...

    On en fait une ville autonome ?

    Une ville libre internationale n’a même pas l’obligation de se faire reconnaître par l’Onu. Monaco n’est pas à l’Onu. Il n’y a que le Saint-Siège qui y est, parce qu’il veut pouvoir fourrer son nez dans les affaires du monde, avec l’alibi de l’Etat.

    Concrètement ?

    Tous les habitants de Bruxelles seraient citoyens de la ville : ils procéderaient à l’élection de leur assemblée et de leur exécutif. Dans l’Europe d’aujourd’hui, les frontières réelles n’existent plus, puisqu’il y a liberté des biens et des personnes. En raison de la langue prédominante, les Bruxellois passeront des traités d’association avec leurs voisins, Français compris, de façon à ce qu’on puisse faire ses études aussi bien à Bruxelles ou à Liège qu’à Paris. Mais ce sont des hypothèses. Car je ne sais ce qui va se passer demain. Je n’exclus ni le coup de force ni, à mon grand dam, parce que je suis un non-violent, la violence. Il y a des enragés du côté flamand qui ont les nerfs tendus. Ils ont un complexe de revanche. Et veulent reprendre Bruxelles. Qu’en pensent les Bruxellois ? Je ne sais pas. Charles Picqué est d’un silence assourdissant. Or, quand on ne dit rien, on se fait bouffer.

    Que pensez-vous des partis francophones ?

    Je ne sais pas ce qu’ils vont faire. Et je ne sais pas comment ils vont s’en sortir. Ils vont sans doute lâcher quelque chose pour sauver la patrie. Ils sauvent la patrie comme cela depuis 1950.

    Elle est toujours là...

    Oui, c’est vrai. Les Flamands sont un peu ambigus aussi. On sort ? On ne sort pas ? On en veut ? On n’en veut pas ? Comme c’est difficile et qu’ils rencontrent des obstacles, même dans leur propre population, ils ne savent pas exactement ce qu’ils veulent. Ils suivent leurs leaders.

    [1"L’incurable mal belge. Sous le scalpel de François Perin" par Jules Gheude, éditions Mols.

    • Lu dans le journal Le Soir, la réaction de l’écrivain Patrick Roegiers, suite au vote du mercredi 7.11.07

      "Il y a longtemps que dans ce pays l’inéluctable est imminent. Ce qui s’est passé , c’est un acte totalement politique, parfaitement idéologique et entièrement programmé. Un symbole. Un séisme terrifiant dans la mentalité des francophones. Qui conforte la Flandre dans son désir d’indépendance.
      Je dis dans mes livres que la Belgique est un pays divisé entre lui-même. Désormais, il est toujours divisé mais avec deux peuples en opposition. Il faut s’attendre à la fin de la Belgique. Je suis lucidement anéanti."

  • Voici la réponse qu’elle m’a envoyée lorsque je lui ai posé la question du financement...

    Bonsoir madame,

    un signataire a ouvert un compte sous contrôle de Maître Mollet, huissier à Bruxelles.
    ce compte est financé uniquement par les dons des signataires, qui désirent que la voix des Belges soit entendue.

    La firme Decaux avait d’abord refusé croyant à une action politique. Ils ont lu la pétition, vu les affiches et finalement accepté, en nous accordant une bonne ristourne sur le prix normal.

    Tout cela a été payé.
    Aucun argent ne sort du compte : il ne peut y avoir que des paiements de factures, signés par le signataire, l’huissier et 2 responsables de la banque.
    Ces factures ne concernent que la publicité de la pétition : imprimeries, poste, affiches, autocollants etc.

    J’ai lancé la pétition, seule dans mon salon, face à mon ordinateur ! J’avais simplement envie de dire ce que je pensais, croyant obtenir 2 ou 3.000 signatures.

    La spontanéité du texte a touché beaucoup de monde.

    Je vous assure qu’il n’y a aucun mouvement derrière nous, aucune personnalité ou groupe quelconque. Juste des citoyens qui aiment leur pays et qui aimeraient que tous les Belges prennent la parole.

    Si vous le désirez, vous pouvez joindre le docteur Spiltoir qui gère le compte des signataires.
    081/71.72.74
    Il pourra sans doute vous donner plus d’informations.
    Je me tiens volontairement à écart des questions financières afin de ne laisser planer aucun doute sur mes intentions.

    Bien à vous,

    Marie-Claire Houard
    Pétition pour l’Unité

    ----- Original Message -----
    From : Henriette
    To : marie-claire marie-claire
    Sent : Monday, October 22, 2007 4:11 PM
    Subject : Financement ?
    

    Bonjour,

    Félicitation pour votre initiative !!! Mais je me demande juste qui vous finance ... car mettre des affiches abribus, c’est super cher. Merci de nous dire pour qui nous signons réellement...

    Message envoyé depuis http://www.lapetition.be/

  • Un résumé du défilé du dimanche 19 novembre à la façon de Kroll

    Extraits de "Le Monde" 18.11.07 : “Les Belges manifestent en masse pour sauver leur pays”

    … …
    La mobilisation de dimanche peut-elle changer la donne ?

    Il est permis d’en douter, dans la mesure où il s’agissait d’une manifestation essentiellement francophone qui illustre le fossé qui s’est créé entre les deux parties du pays.

    Certes, les organisateurs démentaient cette perception et le président du PS francophone, Elio di Rupo, pensait que l’on “sous-estime le nombre de néerlandophones”.

    Mais en remontant le cortège, si on trouvait bien quelque personnes criant “Vlamingen voor België !” (”Les Flamands pour la Belgique !”), il y avait dans ce pâté d’alouette un cheval de trait francophone pour une maigre alouette flamande.

    Aucun homme politique flamand ne s’était d’ailleurs dérangé pour participer au cortège, contrairement à leurs homologues francophones, qui étaient presque tous présents.

    “Rien à attendre, ni gouvernés, ni gouvernables”, affirmait un graffiti pessimiste peint sur le sol.

    Extraits de "Le Monde" 19.11.07 : "35 000 personnes à majorité francophone défilent à Bruxelles pour l’unité de la Belgique"

    ... ...

    Quelle influence pourrait avoir le défilé sur les négociations fédérales ? "Elle sera très limitée, affirme au Monde Stefaan Walgrave, politologue à l’université d’Anvers. Une manifestation composée à 80 % de francophones restera sans effet sur les négociateurs flamands. Ces gens marchaient pour dire qu’ils étaient favorables au maintien de l’unité belge ? Il y a longtemps qu’on le savait !", ironise cet expert.

    "DÉSÉQUILIBRE TROP FLAGRANT"

    "Des personnalités politiques francophones étaient présentes, mais leurs homologues flamands brillaient par leur absence. Le déséquilibre était trop flagrant : l’influence des manifestants de dimanche, sans doute sincèrement attachés à l’existence du pays, devrait donc être quasi nulle dans les faits", confirme Xavier Mabille, président du Centre de recherche et d’information sociopolitiques.

  • Il y a une trentaine d’années, lorsque nous avons, le sociologue Claude Javeau et moi, forgé le concept de "belgitude", nous étions bien loin de penser que cette boutade, via un clin d’oeil appuyé à Léopold Sédar Senghor et Sullerot, résisterait à l’épreuve du temps.

    N’avions-nous pas voulu souligner seulement que, à la différence de maints représentants des générations antérieures, les savants et les artistes de la nôtre n’avaient plus forcément à prendre le chemin de l’exil pour se voir exister ? Qu’on accordait plus d’attention que par le passé à l’histoire sociale et politique d’où nous émergions ? Et que cela pouvait peut-être aller de pair avec ce que certains pédants appellent "un vouloir vivre ensemble" ? Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?

    C’est qu’on revenait de loin. On a beaucoup glosé sur le caractère artificiel d’une construction nationale ambiguë, conçue pour faire pièce à certaine Sainte Alliance et neutraliser les passions conquérantes des grandes puissances européennes (les calculs stratégiques du dénommé Talleyrand n’y avaient pas été pour rien).
    Discriminée au sein d’un Etat qui s’était créé unitaire et francophone, la population flamande développa bientôt de grands espoirs d’inverser, lorsque l’occasion se présenterait, le rapport de force. Une partie non négligeable de celle-ci pactisa et collabora même avec l’ennemi durant l’Occupation, entre 1940 et 1945, pour assouvir son appétit de revanche. Et nous en recueillons encore, au demeurant, les fruits empoisonnés.

    Une guerre sourde s’était déclarée entre les communautés linguistiques - et pourquoi ne pas dire : ethniques ? - qui ne s’apaisa, désormais, que par intermittence, pour faire illusion.
    Il y a quelques mois, à peine, une édition spéciale qui passait sur la première chaîne de notre télévision nationale donna à voir l’éclatement du pays, à l’initiative des instances régionales flamandes. Scénario ingénieusement concocté pour que la plupart des téléspectateurs puissent, quelques instants, y croire. Il s’agissait, sans doute, d’une "fausse bonne idée", si l’on veut bien penser qu’elle émanait d’un service public censé ne refléter que la vérité...

    A la lecture de la presse d’aujourd’hui, on pourrait croire que la réalité n’est pas loin de dépasser la fiction. On s’immerge, à corps perdu, dans un lexique de nature quasi polémologique. Il n’est plus question que "de portes qui claquent au Parlement, d’ultimatums, de gaffes et de diktats, de compromis impossible, de risque de crash, de gifles, de viols et de camouflets, de coups durs et de coups bas, de bombes à retardement, de fractures et de point de rupture, de guerre de tranchée, de dramatisation autour de Bruxelles, d’agression politique et de passage en force, de riposte et de représailles... d’actes de belligérance sur tous les fronts !"

    Nul observateur de la scène locale qui ne lésine encore sur le recours aux superlatifs martiaux ou bellicistes. La raison de tout cet émoi cassandresque, de cette belliqueuse effervescence ? Plus de deux saisons passées dans l’enfer de la recherche, vaine, d’un gouvernement. Alors, pour interrompre la chronique d’un séisme annoncé, d’un divorce inéluctable, et empêcher in extremis l’avènement du pire, on appelle désespérément : un geste fort, un signe de bonne volonté, une restauration de la confiance dilapidée.
    Quelque 35 000 personnes, dont 20 % de néerlandophones, marchent, un dimanche, dans les rues de la capitale, pour exprimer confusément cela. Non à l’initiative de partis ou d’hommes d’Etat, mais d’une simple citoyenne de Liège. Ce n’est pas énorme, c’est loin d’être négligeable. Des drapeaux tricolores fleurissent sur les balcons. Pour un rien, même des anarchistes se réveilleraient, pour un temps, patriotes.

    Pendant ce temps-là, se succèdent en guise de samu providentiel, pour doter la nation d’un nouveau pouvoir exécutif : un informateur, un formateur, un négociateur, un démineur, un rapporteur, un explorateur, un facilitateur, un débloqueur, divers modérateurs, des réconciliateurs... Nous en passons, et des meilleurs. A se demander où sont passés, entre-temps, les électeurs : ces prétendus destinataires ultimes du message démocratique... Peu d’heurs, beaucoup de malheurs - et un certain déshonneur.
    Rien n’y fait : on se livre, partout, à des concours d’épitaphes. Les nécrologies débordent. On diagnostique, dans un délire d’anticipation, l’encéphalogramme plat. La Belgique serait, pour la énième fois, bien morte. Alors, si, au lieu de parier sur le pire - ou de verser dans l’angélisme, ce qui revient au même -, on s’évertue à examiner froidement la situation, on se retrouve même à établir certains constats.

    Au sud du pays, les francophones se sont suicidairement divisés et ne font guère d’efforts pour dépasser leurs démagogiques dissensions. Un pestilentiel climat de corruption y a régné presque impunément, et cela au risque insensé d’amoindrir la crédibilité de toute une communauté. On se serait bien passé de la mansuétude dont ont pu bénéficier certaines mafias locales.

    Au nord, un nationalisme nauséabond s’est radicalisé, sans qu’on y prenne vraiment garde. L’installation - parfois fantomatique - d’un "cordon sanitaire" autour d’un club ouvertement xénophobe, sinon néonazi, n’empêchera pas d’autres partis, plus "présentables", de s’unir pour former une entité totalement dévouée, par avance, à la scission du pays. Un seul parti, parmi eux, dirigé par un leader résolument négationniste, qui n’a envoyé au Parlement que six députés (sur un total de plus de 200), tient l’organe majoritaire, dont il est l’allié indispensable, par la barbichette, et de ce fait le pays tout entier. Ces gens-là réclament - entre autres - la division de la Sécurité sociale. Donc appellent de leurs voeux la fin de la solidarité nationale. C’est-à-dire de la nation elle-même.

    La Belgique ne s’aime plus. Elle ne s’est jamais vraiment assez aimée. Un certain masochisme l’a toujours rongée de l’intérieur. Cette tendance à l’autodérision qui, à la fois, reflète son humour et son défaut d’arrogance, mais aussi nourrit ses tendances suicidaires. La voici littéralement désenchantée. Toujours aussi singulière et inventive. Mais moins fraternelle - c’est bien dommage. Son métissage, sa bâtardise même, faisaient d’elle une métaphore, une métonymie de l’Europe tout entière : une partie pour le tout. Un laboratoire que l’on venait visiter, de partout, pour percer les secrets du modèle paradoxal, improbable, que nous représentions.

    Un legs irremplaçable. Il suffirait de renoncer à cette foncière intolérance dont se targue l’institution - au point que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes laisse la place au droit de l’Etat à disposer des peuples -, pour recouvrer un désir de Belgique. En attendant, on masque cruellement, de façon obscène, les besoins des gens, leurs inquiétudes socio-économiques et leurs soucis écologiques.

    A quoi bon ce pays s’immolerait-il ? Il faudrait aussitôt en réinventer un, qui lui ressemblât.

    Pierre Mertens est romancier, chroniqueur au quotidien "Le Soir" et membre de l’Académie royale de Belgique.

    Source : Le Monde