Les archives des Bulles

L’homme domestiqué

mardi 5 février 2008, par François Schreuer

C’est à toi, Bruno Colmant, l’homme dont le nom s’étale régulièrement dans les journaux — dans les pages « forum » du Soir de ce mardi, par exemple —, que ces lignes sont dédiées. À toi qui cherches à distraire l’attention de millions de personnes qui s’interrogent. Ce pour quoi, il faut le reconnaître, tu as un certain talent. Peut-être même de la sincérité — la belle affaire.

Je ne fais pas l’inventaire de tes interventions publiques, nous n’en sortirions pas. Au passage, excuse-moi ce tutoiement désinvolte. Je ne suis pas coutumier de telles familiarités, mais vu la manière suffisante dont tu t’adresses à un camarade, il me semble que c’est là pratique de bon aloi. Rassure-toi, la réciproque a ses limites : je n’éprouve pour ma part aucun sentiment paternaliste à ton égard.

Mais parlons-en, justement, de ce camarade. Il s’appelle Jérôme. Oui, comme l’autre, celui de la Société Générale, mais la comparaison s’arrête là — ça, au moins, tu l’as bien compris. Tu croyais ne jamais connaître son nom. Tu pensais pouvoir le maintenir dans l’anonymat. C’est raté. Te voilà démenti dès la première phrase de ton article. De quoi t’aider à relativiser la portée de tes affirmations ?

Tu as donc brièvement croisé Jérôme, il y a une dizaine de jours, après qu’il ait grimpé (photo) sur la bourse de Bruxelles — dont tu es le président — pour y déployer une banderole sur laquelle il avait écrit « Make Capitalism History ». Visiblement, cette circonstance a représenté une palpitation suffisamment significative du cours de ton existence pour que tu lui consacres un texte dans le journal de la place.

Je disais que tu as du talent. Je le pense. Ton texte affecte à gros traits la sympathie pour Jérôme, tout en cherchant à lui porter, dans le domaine des idées, des coups mortels. C’est là une façon efficace sans doute de procéder. Mais c’est une façon indigne et déloyale de mener le débat politique. Et laisse-moi te dire mon sentiment : à long terme, la déloyauté finit toujours par desservir celui qui la pratique. À moins bien sûr qu’à la bourse, le long terme soit un vain mot. À toi de voir...

Tu te gausses de l’opposition à ce système dont tu es pourtant l’un des rouages les plus intimes. Tu soutiens même qu’en se révoltant contre lui, Jérôme le « fait exister ». Mais dans ce cas, pourquoi avoir envoyé la maréchaussée déloger celui qui, donc, te « fait exister » ? Curieux paradoxe...

Car, en effet, pour en revenir aux choses pratiques, tu accuses encore Jérôme d’avoir mis en danger la vie des policiers qui sont venus l’arrêter. À te suivre, il faudrait sans doute mettre Jérôme en prison. Car mettre en danger la vie d’un policier, c’est un crime grave, non ? Il y en a – tu le sais sans doute, à moins que la pudeur t’interdise de garder l’oeil sur la chronique judiciaire — qui passent des années derrière les barreaux pour moins que ça. Quelle idée te fais-tu donc de la liberté pour tenir des propos pareils ? Mais c’est effrayant ! Je te rassure cependant : pour ma part, je pense que tu as le droit d’exprimer des idées, y compris celles que je considère comme non « réalistes » — même en déployant des banderoles, si tu devais en avoir envie — sans que cela soit « punissable ».

Mais nous nous égarons. Oui, je sais, tu ne demandes pas mieux. Quoi de plus agréable, somme toute, pour pimenter l’existence, qu’une discussion licencieuse et néanmoins courtoise sur les vertus et les méfaits du système... De quoi plaisanter lors d’un prochain dîner d’affaires, sans doute.

Ton propos, laborieusement amené par de longs paragraphes doucereux, tient en cette affirmation aussi péremptoire qu’inepte : « le capitalisme est l’ordre naturel des communautés humaines ». Quelle idée curieuse... Et quel manque de rigueur, surtout. L’histoire (de long terme, à nouveau, il est vrai) des sociétés humaines montre que cette assertion est fausse, tout simplement fausse. Non, le capitalisme n’est pas « naturel ». Le capitalisme — c’est-à-dire l’inversion de la logique de l’échange dans le but de l’accumulation privée et non de l’usage — est une forme sociale historiquement située, comme toutes les autres. N’importe quel étudiant de première année en histoire ou en sociologie pourrait te l’expliquer.

La prétendue naturalité du capitalisme — et au passage de l’économie financière — est bien entendu l’argument massue autant que de dernier recours que tu as trouvé pour l’exonérer de ses méfaits. Il est vrai que reconnaître que nous avons le choix de la manière dont nous voulons organiser notre vivre-ensemble ouvrirait sous tes pieds un abîme.

Malgré ou peut-être grâce à ce pétard mouillé lancé maladroitement à la face de ce révolté que tu ne comprends pas, on te sent perplexe. Il ne faudrait pas que trop d’homologues de Jérôme viennent envahir ton quotidien. Car ils te rappellent à ta condition d’homme domestiqué. Tu le sais, ton libre arbitre ne s’exerce plus — si tant est qu’il s’exerce encore — qu’à l’intérieur d’un raisonnement circulaire qui a toujours été celui de tous les conformismes : « si le pouvoir existe, alors mon rôle est de l’encenser ; et ce faisant je le fais exister ». Tu reproches à Jérôme de vouloir mourir pour des idées, mais c’est toi, manifestement, qui est mort, mort de ne plus penser. En cela, permets-moi de te dire que ta citation à contre-sens de Camus est obscène.

Même infondé, ton texte m’interpelle. Il exigeait ces quelques lignes.

Messages

  • Nom de dieu François, quel beau texte.

    Je ne te connais pas et te tutoies mais il faut simplement y voir l’effet d’un sentiment de solidarité intellectuelle, aux antipodes des manoeuvres langagières du malotru que tu recadres avec habilité.

  • L’ordre naturel est un oxymore.

    Qui s’intéresse un peu à la nature n’y voit en fait qu’un grand chaos. On peut y déceler des lois, des logiques qui amènent à des points d’équilibre temporaires et instables mais de l’ordre point.

  • On pourrait aussi ajouter que, contrairement à ce que Colmant affirme, si Jérôme est un bon alpiniste, il prend moins de risque pour sa vie (et donc ne tombe pas sous le coup de l’éventuelle critique de camus) que les petits zozos qui gravitent autour de la Corbeille de la Bourse.

    Avec encore une différence : les risques pris par lesdits zozos ne sont pas tant subis par eux que par ceux dont ils prétendent -quelque part- être les maîtres...

    thith’

  • Paroles et Musique : Charles Trenet [1943]

    Le temps hésitant
    Nous a fait tant et tant
    De mal et de bien ; d’hivers et de printemps,
    De rosiers fleuris et de feuill’s déjà mortes,
    D’amours éternelles qu’un p’tit béguin emporte
    Qu’on s’demande un jour :
    "Que vais-je donc choisir
    L’argent ou l’amour ?"
    L’malheur ou l’plaisir ?
    La bourse ou la vie ?
    L’inquiétude ou l’âme ravie,
    Solitude ou fantaisie.
    L’argent ne fait pas l’bonheur.
    Dis, mon cœur,
    Que prendrais-tu, toi, dans ta course ?
    Prendrais-tu la vie, ou la bourse,
    Rien qu’la terre ou la grande ourse ?
    Liberté chérie,
    Moi j’prends la meilleure :
    La vie à toute heure,
    La rout’ qui s’enfuit
    Et le temps béni, le jour la nuit
    Qui nous dit :
    "Oui, d’aventure
    Rien ne reste, rien ne dure.
    C’est l’oubli et dame nature
    Refleurit.
    La bourse ou la vie ?"

    Le temps hésitant
    Nous a fait tant et tant
    De mal et de bien, d’hivers et de printemps,
    Qu’un jour, on n’sait plus, au bout du beau voyage,
    Quelles furent les folies d’une existence bien sage ?
    On s’demande alors :
    "Qu’ai-je donc préféré ?
    Le bonheur ou l’or,
    Ou les deux... C’est vrai,
    La bourse ou la vie ?"
    L’inquiétude ou l’âme ravie,
    Solitude ou fantaisie.
    L’argent ne fait pas l’bonheur.
    Dis, mon cœur,
    Qu’as-tu volé, toi, dans ta course ?
    Prendrais-tu la vie ou la bourse,
    Rien qu’la terre ou la grande ourse ?
    Liberté chérie,
    Quelles furent les meilleures ?
    La vie à toute heure
    Et l’argent qu’on pleure
    Ou la rout’ qui fuit le jour la nuit
    Et nous dit :
    "Oui, D’aventure
    Rien ne reste, rien ne dure
    C’est l’oubli et dame nature refleurit.
    La bourse ou la vie ?"
    Je préfère la vie !


    Monsieur Colmant

    Restez dans Votre Bourse
    Jusqu’à la Fin de votre Course ...

  • Le 26 janvier, sur le toit de la Bourse de Bruxelles, deux hommes se croisent : Bruno Colmant, le maître des lieux, et Jérôme Ollier, jeune militant altermondialiste bien décidé à exprimer sa rage à la face d’un modèle capitaliste dont le bâtiment conçu par Léon Sluys lui semble être l’incarnation.
    Des coups ? Des injures ? Rien de tout ça. Si différents, les deux hommes ont choisi de dialoguer par "Le Soir" interposé.
    Bruno Colmant a écrit à cet "homme révolté" dont il ignorait le nom. Et aujourd’hui, Jérôme Ollier lui répond avec des arguments à la hauteur du débat : quel monde voulons-nous ? (E.D.)

    Jérôme Ollier
    Militant de la LCR Belgique
    Section belge de la IVe Internationale

    Cher Bruno, je suis tout à fait d’accord avec toi : nous avons vécu un "moment singulier" ensemble. Je me souviens également très bien de notre rencontre. Dans l’ascenseur, je t’ai dit : "Vous (entends "la classe capitaliste") avez perdu un paquet en début de semaine" et tu m’as répondu avec un léger sourire"Oui ... 40 milliards",sous le regard médusé des policiers qui nous accompagnaient, surpris de bos échanges pour le moins cordiaux. Ainsi donc toi, président de la Bourse, tu as été "interpellé" par cette action ...
    Tu écris que tu as été "éberlué des coïncidences" : un krach boursier planétaire en début de semaine, le Forum économique de Davos dans la foulée, cette grand messe du capitalisme qui réunit chaque année les "puissants" de notre monde. Il ne s’agit pas d’une coïncidence : le krach boursier se profile depuis déjà quelques mois et le Forum social mondial se réunit chaque année depuis 2001 au même moment que Davos, pour tenter de construire un contre-pouvoir et affirmer qu’un autre monde est possible. Mon acte n’était pas isolé : ce même samedi 26 janvier, plus de 900 actions ont eu lieu dans plus de 100 pays aux quatre coins de la planète. Cette banderole "Make capitalism History" , au-delà d’un acte qui te rappelle "l’adolescence", était ma modeste contribution à cette semaine d’action mondiale.

    Venons-en au fond de ton message. Tu écris : "La Bourse est indispensable à l’économie : elle formule la valeur et fonde l’appel au capital à risque." Je reprends une une réaction que j’ai reçue suite à ta carte blanche, réaction que je trouve particulièrement pertinente. Elle a été écrite par Eric Toussaint, auteur de Banque du Sud et nouvelle crise internationale que je te conseille : "Soyons sérieux Monsieur Colmant, la Bourse est aujourd’hui essentiellement un lieu de spéculation financière. Les opérations de rachat et de fusion sans véritable projet industriel et la spéculation sur des titres de société dominent les opérations de bourse. Le comportement moutonnier des marchés financiers et les cycles de l’économie capitaliste entraînent régulièrement des crises boursières de grande envergure qui ont des effets profondément néfastes sur la vie des citoyens. Pour le profit de quelques-uns, déjà très riches, l’avenir de la grande majorité des autres se joue comme dans un casino. La spéculation immobilière qui a touché principalement les Etats-Unis a bouti à la crise du subprime. En 2007, deux millions de familles américaines ont été expulsées de leur logement car elles étaient incapables de rembourser leur dette hypothécaire. Les sociétés financières qui ont octroyé des prêts à taux variables à des familles fortement endettées ont vendu leurs créances à de grandes banques sous la forme de titres. Ces grandes banques les ont achetés en masse et se retrouvent avec des paquets de titres qui ne valent plus grand-chose. Quand ces grandes banques ont annoncé de fortes pertes, les Bourses ont plongé. De nombreux citoyens risquent de voir l’épargne de toute une vie mise en danger par les opérations aventureuses des opérateurs boursiers. En effet une partie de l’épargne est placée sous forme d’actions.
    Dans le même registre, le capitalisme serait pout toi "l’ordre naturel des communautés humaines", et par là même,indépassable.
    C’est faux. Sous sa forme actuelle, le capitalisme a à peine trois siècles d’existence. Des civilisations se sont développées au cours des précédents millénaires sur tous les continents sans connaître le capitalisme. L’humanité peut s’organiser d’une toute autre manière que par le captalisme. Par exemple, en ne choisissant pas la recherche du profit individuel comme finalité du comportement humain (et, de grâce, ne me réponds pas que la recherche du profit individuel fait partie de l’ordre naturel des choses, de nombreux antropologues ont démontré le contraire) et l’accumulation du capital en tant que moteur de l’économie.
    Le capitalisme ne disparaîtra pas de lui-même, c’est sûr, sauf si la planète n’y résiste pas.
    D’autres formes de domination existent : c’est le cas de l’oppression des femmes par les hommes, le racisme, l’oppression religieuse ..., toutes à abolir.
    Nous avons besoin de mettre en place de véritables alternatives. Et celles-ci n’ont rien à voir avec le capitalisme, rien à voir non plus avec les régimes totalitaires staliniens de l’époque soviétique, de Pol Pot ou de l’actuelle dictature chinoise.
    Le fait que je sois monté sur le toit de la Bourse n’est pas un acte punissable, il s’inscrit dans le droit des citoyens à s’insurger contre l’oppression et à exprimer leur opinion. L’ "ordre naturel des communautés humaines" aujourd’hui pour moi tiendrait plus de la volonté d’agir pour les droits humains fondamentaux soient enfin garantis... S’il n’existe pas de solution "clé en main" pour un socialisme du XXIè siècle, cela ne nous dédouane aucunement d’essayer de le construire.

    Ici une vidéo de la journée d’action ou l’ami Jérôme est monté sur le toit de la Bourse à Bruxelles.

    • La seule chose avec laquelle je ne suis pas d’accord dans la réponse de Jérôme, par ailleurs excellente, est que, selon lui, le capitalisme n’aurait que 300 ans.
      À la rigueur, le libéralisme tel que théorisé par Adam Smith, si tant est qu’on admet qu’il ait jamais été appliqué, a même moins de 300 ans. Par contre, le capitalisme, qui consiste en l’accumulation de capitaux en vue de leur exploitation pour en retirer des bénéfices, existe depuis que la propriété existe. Et celle-ci est apparue, sous une forme d’abord embryonnaire, puis plus développée avec les Grecs et les Romains, dès la naissance des premiers États, dont la fonction première était de protéger cette propriété. Les livres de compte sont d’ailleurs les premiers écrits de l’histoire... Malheureusement...

      Mais bon, sinon, le raisonnement de Jérôme se tient, hein...

  • Extraordinaire.
    Il est quand même incroyable que ce Bruno Colmant croit réellement que toute la population est aussi inculte sur l’histoire de l’humanité que lui. Le capitalisme, ordre naturel des choses,... Cet argument me fait rire car c’est celui qui d’habitude arrive quand on est pressé, quand on ne sait plus que dire. Donc notre Rebel a su tant l’impressionner pour que ce dernier ne sache même plus prendre le temps de trouver des arguments plus pointus, plus convaincants, plus "solides" (quoique les fondations du système capitalistes soient émiétées) ? Cela montre bien la fragilité des arguments pro capitalistes... Il devient de plus en plus difficile à prouver que le capitalisme est l’ordre naturel des choses apparemment, des arguments un tant soit peu réalistes manquent...
    Nos rebelles qui mourraient pour des idées eu ont lu leur manuel d’histoire d’économie, de sociologie, ... Eux ont un cerveau bien vif que pour pouvoir réagir aux attaques faibles des dirigeants de notre système.

    Jerome selon lui devrait aller en prison ? c’est vrai qu’il y serait mieux... il n’aurait pas provoqué tant de raffut autour de la personne Mr le président de la Bourse et de la faiblesse de son esprit. Oui, jérome devrait, comme tous les autres personnes aux idées fortes mais au portefeuille faible, croupir entre quatre murs pour laisser les incompétents au cerveau annihilé diriger ce monde. Oui, cette vision est totalement réjouissante. Après tout, il ne ferait que suivre "l’ordre naturel des choses", les assassins d’idées dehors, et les révolutionnaires, en prison !
    En assassinant des Lubumba, Allende, Sankara, on devient des héros, on se croirait dans un combat d’extermination de la race "non pure", de la race non capitaliste... ca me rapelle un étrange souvenir qui date du siècle passé, pas vous ?

    Oui, mtnt, transposez cette époque à la notre avec des moyens technologiques plus avancés et des médias plus pervers et vous êtes ici, en Belgique, en europe, dans le nord - c’est le même monde, le même système...

    J’ai 17 ans, et je compte bien passer mes 80 années qui me reste (si je ne suis pas assassinée pour mes idées avant ;-)) pour contribuer à la construction de cet autre monde possible.

  • Il y a des milliers de choses à dire sur ce truc. Je n’en dirai que deux.

    Tout d’abord, l’acte de Jérome est prétendument insignifiant (à cause du vent et de l’intervention rapide de la sécurité qui ont masqué les banderolles). Dans ce cas pourquoi passer son temps à y répondre dans un des journaux à plus gros tirage du pays ? Quand il m’arrive un truc insignifiant je passe mon chemin et je n’en parle même pas. La vérité c’est que monsieur bourse fait dans son froc. Même si je reconnais certains avantages au capitalisme, le laisser en roue libre sans le moindre contrepoids nous conduit dans le mur. Si trop de gens commence à le penser, ça pourrait sentir mauvais pour nos amis les spéculateurs. Il convient donc de rassurer la masse sur le bien fondé de notre mode vie, mais en même temps cet acte c’est un aveu d’impuissance de la part de Colmant. Pourquoi se défendre face à ce qui ne peut rien nous faire ? Je vous le demande ma bonne dame.

    Concernant l’ordre naturel des choses, il a raison et tort à la fois. Le capitalisme n’est pas arrivé du jour au ledemain, il est forcément le fruit d’une évolution, sans doute logique, de la société au cours des siècles. Vu comme ça il a raison. Par contre si c’est pour dire que c’est le système ultime et qui rien ne lui succédera pusqu’il est parfait, c’est stupide. L’histoire est faite de changements, d’évolutions voire d’alternance de "régimes". Même avec le cours d’histoire de secondaire, n’importe qui peut en être conscient.

  • Depuis une bonne semaine, les rubriques « Cartes Blanches » et « Courrier des lecteurs » du journal Le Soir font focus sur l’action symbolique menée par « l’Homme Révolté » qui a accroché une banderole (« Make capitalism history ») sur la Bourse de Bruxelles… Dans un courrier qu’adresse, par Le Soir interposé, Bruno Colmant, Président de la Bourse de Bruxelles, au dangereux terroriste, il lui explique du haut de sa très haute autorité que « (ses) idées ne sont pas réalistes car le capitalisme est l’ordre naturel des communautés humaines », et aussi, que « La Bourse est indispensable à l’économie : elle formule la valeur et fonde l’appel au capital à risque ».

    Bref, ce qu’Alternatives Economiques appelle « un merveilleux mécanisme d’horlogerie qui, par le miracle du mouvement des prix, transforme le chaos en ordre, la multitude des intérêts particuliers en intérêt général. »

    Le marché, le capitalisme, la bourse, le capital, les actionnaires…

    Robert Louis-Dreyfus, actionnaire majoritaire

    Le 17 octobre 2007, la Cour d’appel d’Aix-en-Provence a condamné Rolland Courbis à deux ans de prison ferme (un an ferme et un an de révocation de sursis) dans l’affaire des transferts suspects au sein de l’Olympique de Marseille entre 1997 et 1999. En première instance, l’ancien entraîneur de l’OM avait été condamné à trois ans et demi de prison ferme pour faux, usage et complicité de faux, complicité et recel d’abus de biens sociaux. L’actionnaire principal de l’Olympique de Marseille, Robert Louis-Dreyfus, a été condamné lui à dix mois de prison avec sursis et à une amende de 200.000 euros. Gilbert Sau, agent de joueurs, a écopé de dix-huit mois ferme, alors que Jean-François Larios, également agent, a pris six mois avec sursis.

    Au cours de son procès il a déclaré, concernant les raisons de sa venue à l’OM, à une époque où il était patron d’Adidas : "Nike avait l’objectif de devenir numéro un dans le football. Notre stratégie était de les repousser pour conserver le leadership, en conservant l’équipe nationale et un club mythique dans chaque pays". À propos de la nomination d‘Yves Marchand au club : "On a lui a cherché une autre mission au sein d’Adidas. Comme on n’a rien trouvé, je lui ai proposé de prendre la présidence de l’OM". Quant à Me Carlos Bejarano, avocat de Rolland Courbis lui aussi y allait d’une image très liée au monde des affaires : "Dans un avenir proche, l’OM appartiendra à un fonds de pension chinois géré à Miami. C’est le sens de l’histoire".

    Bon, vous allez me demander où je veux en venir à propos de ces « amoureux du foot », un peu « dévoyés » concédons-le, mais qui ne remettent en rien en cause l’évidence énoncée par le Président de la Bourse.
    Et puis tout ça c’est en France, à Marseille, c’est loin et il y a longtemps…

    Ouais, je ne parlerai pas tout de suite des liens de ces affaires avec le Standard de Liège, ni des transferts entre le Standard et d’autres Clubs wallons.

    Patientez, ça vient. Je reste à la Bourse.

    Qu’est-ce que la Bourse ?

    J’en trouve une définition dans un article très sérieux de la très honorable Libre Belgique : « Il s’agit d’un marché, où vendeurs et acheteurs peuvent se rencontrer facilement. Les vendeurs sont les actionnaires, propriétaires d’une ou de plusieurs parts (appelées "actions") d’une entreprise et les acheteurs sont des investisseurs désireux de miser sur une entreprise dans laquelle ils croient. De nos jours, l’ordre d’achat ou de vente est passé, via une plate-forme boursière électronique telle qu’Euronext, par un courtier de Bourse (banque, société de bourse) au nom de son client, investisseur ou actionnaire. Le prix de l’action de l’entreprise est déterminé par la loi de l’offre et de la demande. Ce prix, aussi appelé cours de Bourse, est censé représenter la valeur de marché de l’entreprise. Voilà pour la théorie. »

    Je résume un peu : la Bourse c’est un peu comme un match avec de gros enjeux. Y’a des joueurs, des Présidents de Clubs, des agents de joueurs, et, forcément aussi, parfois il y a des tricheurs : des spéculateurs.
    La Libre, toujours elle, les définit comme suit : « Certain, que l’on qualifie de spéculateurs, décident d’acheter des actions d’une entreprise parce qu’ils pensent que beaucoup d’autres acheteurs vont ensuite se présenter, faisant ainsi grimper le cours de Bourse. Une fois un certain niveau de prix atteint, les spéculateurs revendront leurs actions sans un regard pour l’entreprise. Ils ont leur plus-value, ils sont contents. Grâce aux nouvelles technologies, les transactions sont très rapides. On peut être actionnaire d’une entreprise pendant quelques secondes puis vendre ses actions pour profiter de la hausse du cours. »

    « Dieu occupe la première place dans sa vie »

    Je me permets à nouveau une comparaison avec le foot. « Il retournera alors en Belgique, à Mons, durant le mercato d’hiver de la saison 2004-2005. Il reviendra au Standard à la fin de la saison. Il portait au Standard de Liège le numéro 8. Il mesure 1,68 m et pèse 67 kg. Wamberto est un joueur dont Dieu occupe la première place dans sa vie. Lors de la saison 2006-2007, Wamberto a resigné un contrat d’un an à Mons où il montrera son talent ... » [1]Dans tous les championnats du Monde, on en connaît des mouvements de joueurs très fréquents, des aller/retour, des « j’achète, je vends », le « mercato » est l’occasion de relancer la « compétitivité » de l’équipe. Au point de se demander si ces transferts n’ont pas plus d’intérêt pour les intermédiaires que pour l’entreprise, le foot, l’équipe, le jeu. Cela semble être entré dans la « nature » du foot érigé en compétition impitoyable.

    90 % des transactions financières sont spéculatives…

    « Les spécialistes estiment qu’aujourd’hui, plus de 90 pc des transactions financières n’ont plus rien à voir avec les flux de biens et services », écrivent Philippe Maystadt et Françoise Minet-Dermine [2]. « Il s’agit d’opérations purement financières qui forment ce que l’on appelle la "bulle financière", cette masse de capitaux spéculatifs à la recherche d’opportunités de placements n’importe où dans le monde. »

    Par ce constat peu flatteur, Philippe Maystadt offre une belle leçon au Président de la Bourse : le capitalisme naturel et son outil naturel, la Bourse, produisent naturellement, dans 90% des cas, de véritables « truands ».
    La comparaison avec le foot s’arrêtera là. Car je pense que tous ceux qui ont fait leur petite niche d’affaires véreuses dans le foot, si mafieux soit-il, n’atteindront jamais un tel pourcentage. Ils ne jouent pas encore dans la cour des grands. Ils ne sont qu’une copie un peu brouillonne du merveilleux mécanisme d’horlogerie capitaliste.

    fRED

    [1WIKIPEDIA

    [2"Comprendre l’économie", 4e édition, Luc Pire éditeur, 2007.

  • ce que je retiens de cette histoire somme toute stimulante, c’est d’abord et avant tout le slogan retenu par jérome. je le trouve très drôle (d’une sautillante ironie) et, par là même, parfaitement ajusté : en un mot brillant.

    ce que je retiens, en définitive, c’est que changer le monde, changer la vie, passe prioritairement par la création d’un concept de l’histoire qui serait à la hauteur de cette étonnante époque.

    un concept, cela va sans dire, plutôt éloigné de celui, anesthésié et univoque, qui sous-tend l’incroyable citation extraite du discours de colmant (une perle, quelle sortie inespérée ! tu as remarqué françois, ce concept de l’histoire est exactement le même que celui qui caractérise la belle expostion autour de "notre" europe, à tour et taxi).

    j’ai aussi aimé que tu soulignes que colmant n’était pas en vie (c’est notoire) et qu’il était mort de la mort de sa pensée.

    il est tout a fait avéré que lorsque elle ne se pense pas, c’est-à-dire d’abord quand elle ne pense pas son histoire, la pensée s’asphyxie.

    on ne dira jamais assez que la création d’un nouveau souffle historique (l’animation de la pensée comme travail mené à la limite d’elle-même, limite qu’elle est pour elle-même : c’est ça, une autre image de la pensée) s’actualise dans un travail du langage (le désordre du discours) et des corps (un contre-dressage), travail qui est exactement notre tâche, ou la "pratique de la liberté" (Foucault) à laquelle nous serions "condamnés" (Sartre).

    aussi bien dois-je reconnaître - si il est vrai que je suis elliptique et que les mots et les noms choisis sont trop grands pour moi - ne pas avoir mené cet exercice assez loin,

    amicalement.