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Soufflets pour l’éolien ?

vendredi 15 février 2008, par François Schreuer

Les critiques se sont multipliées, dernièrement, à l’encontre de l’énergie éolienne, désormais ouvertement vilipendée par des associations organisées à cette seule fin. Jusqu’à l’éminent Hervé Kempf y est allé, ce jeudi, d’une saillie attérante dans Le Monde après que Martine Betti-Cusso ait fait de même dans un kilométrique et alarmiste papier dans Le Figaro Magazine.
Ceci m’incite à dire deux mots de la question.

Actons tout d’abord avec Kempf que, bien évidemment, la première chose à faire lorsqu’on parle d’énergie, c’est de se préoccuper de la réduction de la consommation. Le principal gisement d’énergie se trouve, ainsi que l’explique l’association Negawatt, dans notre propre — et excessive — consommation d’énergie. Il devrait y avoir consensus sur ce point. Reste que, cela acquis, même dans une société post-carbone et post-nucléaire où l’on ne consommera plus d’énergies fossiles, nous aurons toujours besoin d’énergie. L’éolien et les autres formes d’énergie renouvelable seront alors indispensables.

Si jusqu’il y a peu, l’atteinte aux paysages — éminemment subjective, donc discutable à l’infini ; et accessoirement reléguée au second plan dans le cas des parcs off-shore (photo) — constituait le fer de lance de la fronde contre l’énergie éolienne, c’est désormais au bilan énergétique de l’éolien qu’on s’attaque, ce qui risque de toute évidence de faire nettement plus mal. En cause, principalement, l’irrégularité de la fourniture en électricité des éoliennes, dont la conséquence, lorsqu’on injecte l’électricité venant d’elles sur le réseau, est l’obligation de maintenir en fonctionnement des centrales thermiques capables de pallier à leur baisse de régime lorsque le vent faiblit. Ces centrales thermiques à usage intermittent plombent le bilan carbone actuel de l’ensemble. On souligne en outre qu’une telle situation est particulièrement probable dans les périodes de grands froids, lors desquelles on observe à la fois une demande (très) élevée en énergie de la part des consommateurs et une faiblesse des vents. Autrement dit : c’est au moment où l’on aurait le plus besoin d’elles que les éoliennes feraient défaut.

Sans être nullement spécialiste de la chose, il me semble que l’étude en question est particulièrement litigieuse (en particulier, l’exploitation qui est faite de données agrégées par pays pour extrapoler des conclusions me semble extrêmement contestable sur le plan méthodologique), pour ne pas dire purement pamphlétaire. Et je m’étonne en particulier dans cette discussion de l’absence d’une pièce pourtant significative dans le dossier : la question du stockage de l’énergie. Certes, l’énergie sous forme électrique ne se stocke pas et toute conversion vers une autre forme d’énergie est réputée exagérément coûteuse.

Il serait cependant utile de le démontrer aussi dans le cas de l’énergie éolienne (ce qu’aucun article que j’ai lu sur le sujet ne prenait la peine de faire). On peut en effet facilement imaginer d’adjoindre aux parcs éoliens des réservoirs situés en hauteur dans lesquels on pomperait de l’eau lorsque les vents sont généreux, avant de produire du courant par gravité à partir de ce réservoir lorsque le besoin s’en ferait sentir. Cela réduirait substantiellement l’irrégularité de la fourniture électrique de l’éolien, voire en ferait un réservoir d’énergie permettant d’affronter les pics de consommation.

Il y a aussi et surtout — ainsi que l’idée en a été popularisée par l’omnispécialiste Jeremy Rifkin — l’hypothèse forte de la mutation vers une économie de l’hydrogène, basée sur des micro-productions locales. Plutôt que de consommer de l’énergie convoyée sur des centaines ou des milliers de kilomètres dans des réseaux énergivores depuis des gigantesques centrales, une éolienne gérée par une collectivité locale, des installations solaires sur le toît, etc fourniraient en permanence de l’hydrogène (qui, à la différence de l’électricité, est stockable) alimentant des piles à combustible (y compris pour faire rouler des véhicules) ; la perte de rendement dans l’électrolyse (ou d’autres formes de génération d’hydrogène) étant partiellement compensée par le caractère local de la production et le gain que cela entraîne dans le transport de l’énergie.

Cette hypothèse est passionnante, non seulement parce qu’elle ouvre une éventuelle porte de sortie au suicide collectif dans lequel nous sommes désormais bien engagés mais aussi parce qu’elle permet d’imaginer une sérieuse redistribution du pouvoir avec la mise à bas des oligopoles capitalistes qui ont aujourd’hui une mainmise totale sur la production et la distribution d’énergie, ponctionnant au passage tous les citoyens de la planète d’une rente aussi insoutenable qu’injuste.

Bref, on a guère de mal à imaginer que l’éolien (et sans doute encore plus le solaire) — dont les nuisances, la complexité de gestion ou le danger de manipulation sont insignifiants par rapport aux formes centralisées de production d’énergie comme les centrales thermiques et a fortiori les centrales nucléaires — pourrait, au contraire des énergies fossiles, donc, faciliter la mutation, permettre la transition vers une nouvelle ère énergétique.

Il serait bon, je pense, d’examiner en détail qui sont ces gens qui montent des associations pour casser la montée en puissance de l’énergie éolienne...

Illustration : source

Messages

  • Le pompage éolien de l’eau pourrait d’ailleurs s’appliquer au niveau des barrages hydroélectriques. On ferait ainsi d’une pierre deux coups puisque ça ne demanderait pas l’installation de nouvelles retenues d’eau, destructrices locales de l’environnement.

    En plus, l’hydroélectricité est la forme la plus souple de production et la plus à même de répondre facilement à un pic de demande en électricité. Elle représente d’ailleurs la « béquille » française à la production nucléaire très peu souple de ce pays (on ne modifie que très lentement la production électrique d’un réacteur nucléaire).

    Pour un stockage local (par là, je veux dire individuel ou légèrement collectif) d’énergie d’origine éolienne, par contre, j’hésite entre l’accumulation d’eau en hauteur et la compression d’air dans un réservoir.

    La voie hydrogène me semble par contre trop compliquée pour l’utilisation large et raisonnable par des particuliers : impossible à bricoler soi-même sa pile à combustible, haute technicité des matériaux à utiliser (la molécule de dihydrogène est si petite qu’elle peut traverser quasi tous les matériaux) ou dangers d’utilisation (en cas de fuite ou autre mélange à l’air, l’hydrogène est explosif ; « heureusement », il est si léger que, lors d’une fuite en espace ouvert, il s’échappe vers le haut).

    À mon sens, la voie hydrogène est à la mode parce que présentée par des industriels qui y voient des débouchés rentables là où la gravité (eau stockée en hauteur) ou l’air comprimé seraient, eux, à la portée de n’importe quel bricoleur.

    • tout a fait d’accords avec cette derniere intervention : eau et air comprimé.

      On m’a d’ailleurs rapporté dernierement le cas d’un bricoleur qui avait "simplement" installé une turbine sur son arrivée d’eau courante actionnant un alternateur de voiture, et qui économisait par là plus de 30% de son electricité... (evidement, ça ne dit pas ce que ça "coute" à la compagnie des eau, quel impact en retour cette méthode produit... et ça se passe en équateur, donc pas moyen de savoir comment réagirait les intercommunale à cette idée saugrenue).

      Aussi, l’impact "paysager" des éoliennes est du au fait du gigantisme de ces installations. Un reportage RTBF montrait dernierement aussi le problème des ombres portées sur le terrain, qui produisent un effet stroboscopique et font fuir les animaux...

      Mais bien sur, une distribution de cette production par de petites éoliennes dispersées, avec un dezign différent (p.ex. celles concues avec un axe vertical, ou les "arrays" de petites turbines) est la solution à terme, permettant du cout d’éviter aussi un transport de cette énergie sur des distances inutiles (vers la centrale puis retour vers les habitations).

      Le problème est que les "experts" continuent de concevoir ces énergies renouvelables de manière "industrielles", et non de manière citoyenne, avec le gigantisme et les aberrations qui vont de pair.

    • Le problème est que les "experts" continuent de concevoir ces énergies renouvelables de manière "industrielles", et non de manière citoyenne, avec le gigantisme et les aberrations qui vont de pair.

      Pas spécialement. Des tas d’experts (et j’en ai connu) se sont penchés sur des problèmes à l’échelle d’un immeuble ou d’une communauté.

      Le problème c’est que tout le monde sait toujours mieux que les spécialistes. Les éoliennes à axe vertical se sont révélées avoir un rendement particulièrement faible, à l’expérience. Les matrices de micro-éoliennes se révelent tout simplement inopérante à cause des turbulences. Mais il suffit de poster sur un blog ou un forum pour traiter tous les scientifiques d’imbéciles.

      Ça me rappelle une personne proche qui, commercialisant des produits energivores, m’a un jour dit : "j’ai une idée géniale. On ne pourrait pas inventer une batterie très légère qui dure plus longtemps que l’actuelle ? Toi qui est ingénieur, ça doit pas être sorcier."

    • c’est malin cette réaction ...

      bien sur qu’il y a des "bon" experts, des ingénieurs ingénieux, etc ...

      mais contrèrement à ce que vous dite, non, les éoliennes à axe vertical (il y en a un bon nombre de dezign différents) n’ont pas un rendement inférieur aux autres, que du contraire.
      Donnez nous des sources et évitez ce genre de propos globalisant.

      Les turbulenses, elles sont partout en ville, et justement, une éolienne verticale ou une serie sont plus a même d’en prendre parti que d’en soufrir, vu que pour la VWM le vent peut venir de n’importe quelle direction, et pour l’array, une brise légère déjà la met en fonction.

      ex :
      http://www.gual-industrie.com/
      http://www.motorwavegroup.com/new/m...

    • 1)Première condition pour l’installation d’une éolienne : un bon site.
      Inutile de mettre une petite éolienne dans le jardin de chaque passionné. Il faut trouver un site qui soit favorable (vent, relief, obstacles). Une étude de vent bien faite coûte de l’argent.

      2)Plus la turbine est haute, plus le vent dont elle peut bénéficier est fort et constant. Une éolienne haut perchée (100m) vaut mieux qu’une éolienne sur un toit. Donc une grande éolienne est plus intéressante.

      3)Combien ça coûte et de combien est-on prêt à payer plus cher son électricité ? Une multitude de petites éoliennes coûte plus cher au kWh qu’une grande de 2 MW (standard actuel en terrestre). Le coût de production de l’électricité a pu par le passé être raisonnable grâce au rendement thermodynamique meilleur dans les grandes centrales et aux économies d’échelle. Même principe en éolien.

      4)Le mieux serait effectivement de coupler l’éolien et l’hydroélectricité par pompage. Le problème est alors un problème de réseau. La zone de réglage Elia (Belgique-Luxembourg) est petite et peu pourvue en possibilités hydroélectriques. Les interconnexions haute tension sont trop limitées que pour transférer l’énergie éolienne vers une zone montagneuse d’une autre zone de réglage (France, Allemagne...). Comme ces capacités sont limitées, elles coûtent cher. Dans la perspective d’une augmentation des énergies renouvelables il faut donc renforcer les interconnexions européennes.

      5)Quant au bilan CO2 de la production d’une éolienne, je m’étonne. Ce que je lis habituellement concerne plutôt l’impact sur le rendement des centrales thermique pour la compensation. Concernant l’étude de Ploum concernant le bilan CO2 de la production d’une éolienne, la méthodologie doit encore être bonne mais les résultats pourraient être fort différent six ans plus tard compte-tenu des tailles, rendements et autres progrès réalisés. Comme François, je suis intéressé par un éclaircissement quant à la méthodologie du calcul de bilan CO2.

      6) J’ai hâte de lire vos réactions...

  • Il serait bon, je pense, d’examiner en détail qui sont ces gens qui montent des associations pour casser la montée en puissance de l’énergie éolienne...

    J’aime beaucoup la chute de votre article. Les points de suspension suggèrent probablement qu’il faudrait aprés enquête les envoyer au goulag vert pour les réadapter à la nouvelle civilisation "écologiquement correct".

    • Au Goulag ? On va leur couper la tête, oui !

      Bon, plus sérieusement, il y a déjà eu un des cas d’associations se présentant comme « écologistes » tout en étant montées de toutes pièces (financées et organisées) ou soutenues par des industriels polluants qui cherchaient à décrédibiliser une technologique concurrente.

      Vu le cacactère plus que contestable des recommandations de cette association, je me demande si une petite enquête sur ses motivations précises ne serait pas utile.

  • Produire l’hydrogène par électrolyse, ah ah ah.
    L’énergie à mettre en oeuvre est telle qu’il faudrait produire plus d’énergie électrique que ce qu’on récupère avec les piles à combustibles. Autant l’utiliser directement, sans compter les problèmes et dangers lié au stockage de l’hydrogène. Ça me sidère que tout le monde trouve ça génial d’équiper des voitures avec des piles à combustibles. La plus grande source d’hydrogène sur terre ce n’est pas l’eau (en fait si, mais peu accessible) mais bien le pétrole. Pour les piles à combustibles et les centrales à fusions sensée nous sortir de l’ère du pétrole, je trouve ça très rigolo.
    La construction des panneaux photovoltaïque quant à elle demande des matériaux d’une telle pureté que les déchets dû au traitement sont énormes. En fonctionnement c’est super écologique, mais si on tient compte de la constructio, c’est pas top top. On n’est pas loin du bio-carburant qui demanderait une déforestation encore plus massive pour remplacer le pétrole.

    Concerant le rendement d’une éolienne, il faut savoir que ça puissance est proportionnelle au cube de la vitesse du vent. Une éolienne fontionne correctement aux alentour d’un vent de 10m/s (si je me souviens bien de mes cours, ce sont pas forcément les chiffres exacts, mais c’est l’ordre de grandeur). Au délà de 15 c’est trop dangereux en dessous de 8 c’est pas assez. Donc pour prendre un exemple simple en passant de 10 m/s à 9 m/s on perd 21% de puissance. C’est énorme, se fier uniquement à un tel processus est peu judicieux.
    Bref, vive le nuclaire !

    • Produire l’hydrogène par électrolyse, ah ah ah. L’énergie à mettre en oeuvre est telle qu’il faudrait produire plus d’énergie électrique que ce qu’on récupère avec les piles à combustibles. Autant l’utiliser directement, (...)

      Si on ne peut pas l’utiliser directement, il faut bien la stocker ! Et la phrase précédente semble faire allusion à des rendements de 100% et autres mouvements perpétuels.

      Je n’ai plus les chiffres en tête, mais malgré sa sophistication, même la centrale de Coo en est très très loin. J’ignore ce que permet(tra) le micro-stockage local d’hydrogène dont parle Rifkin mais pour ce qui est du "pompage éolien", il y a un problème de capacité : 1 KWh, cela représente l’énergie potentielle de 36,7 m3 d’eau à 10m de hauteur. Vous imaginez la taille de votre "micro"-stockage... Mieux vaut sans doute faire tourner son compteur Solwatt à l’envers et faire fonctionner Coo ;-)

    • Oui c’est vrai j’énonce une évidence en disant que le rendement n’est pas de 100%, disons juste que l’électrolyse est une catastrophe en terme de rendement énergétique. Aller chercher l’hydrogène dans le pétrole est beaucoup plus facile et surtout ne demande pas une dépense d’énergie démesurée.

  • Avant de crier au complot de grandes entreprises polluantes, il faut quand même garder les pieds sur terre.

    Avec une approche scientifique rigoureuse, on se rend compte que... et bien le bilan écologique des éoliennes est assez catastrophique. La cause en est simple : avec des matériaux modernes, une éolienne tient 15 ans, 20 voire 25 en étant ultra optimiste. C’est mécanique : l’éolienne est soumis à une contrainte énorme tout en devant rester très léger.

    Ces mêmes contraintes impliquent l’utilisation, dans la construction de l’éolienne, de matériaux très polluant lors de la production (fibre de verre, de carbone, etc...).

    Au total, lorsqu’on fait les calculs (et je les ai fait dans le cadre de mes études il y a de cela 6 ans), il apparait que, pour une durée de 25an, une éolienne rejette *plus * de CO2 par kilowatt qu’une centrale à charbon moderne, construction et fonctionnement inclus. La différence est faible, il est donc nécessaire de choisir entre les deux technologies au cas par cas (généralement le transport est le facteur déterminant). Par contre, en terme de CO2, le nucléaire est bien entendu le champion (il produit le moins par kilowatt) mais c’est un autre débat.

    Tout ça pour dire qu’on peut croire des choses pendant des années, mais quand arrive une affirmation contraire, il ne faut pas nécessairement y voir un complot. C’est tellement facile mais désolé, les faits et les équations sont là. Je l’ai vérifié par moi-même.

    Je ne dis pas qu’il faut oublier l’éolien, au contraire, mais ce n’est pas une solution miracle. Le futur de l’énergie dépendra sans aucun doute d’une multitude de solution imbriquées. L’éolien est une parmi les nombreuses solutions mais doit devenir moins coûteux en terme de production de CO2 pour devenir vraiment intéressant. Et la recherche continue en ce sens comme en des dizaines d’autres : micro centrales nucléaires à déchets quasi-nuls, cogénération, force des marées, panneaux solaires à haut rendement...

    Mais vouloir foutre des éoliennes ou des panneaux solaires partout, avec la technologie actuelle, serait une pure catastrophe écologique. Mais quand on parle de phamplet ou d’endoctrinement, il est également intéressant de regarder dans son jardin à soi : qui a mis des éoliennes partout sur des affiches électorales pour en faire un symbole de ralliement ? Qui a étouffé les conclusions de la commission Ampère ? Sur quelle base scientifique s’est-on jamais appuyé pour dire que les éoliennes ou les panneaux solaires étaient écologiquement intéressant ?

    • Merci Ploum, pour ce message très intéressant. Il n’est pas question de « crier au complot » (ni de prôner des solutions simplistes et uniques au problème de l’énergie d’ailleurs) ; simplement de se poser quelques questions. Je répète que je ne suis pas spécialiste et que je me borne donc à cela. Je serais cependant heureux d’avoir ton avis sur l’étude en cause.

      Je serais aussi intéressé de pouvoir consulter tes calculs selon lesquels l’éolien est plus gros émetteur de CO2 que le charbon. Y intégrais-tu l’exploitation et le transport du charbon ? Les coûts de dépollution des sites utilisés après usage ?

      Par ailleurs, dans le domaine des énergies renouvelables (par exemple dans celui des matériaux utilisés pour la construction des éoliennes), il semble que la marge de progression technique est énorme... pour la simple raison qu’on a historiquement investi fort peu dans la recherche dans ce domaine. Je me trompe ?

      Enfin et surtout, j’ai l’impression que tous les calculs sont toujours faits dans l’optique d’une injection d’électricité sur le réseau directement depuis les éoliennes (ce qui intuitivement ne me semble a priori pas en leur faveur pour les raisons expliquées ci-dessus). Quid du stockage mécanique d’énergie pour réguler le débit ? Quid du gain sur le transport par le caractère éventuellement mieux réparti de la production ? Quid d’autres formes de valorisation que l’électricité ?

    • Est-ce que le bilan énergétique comparé charbon/éolien intègre ce qu’engendre l’extraction et le transport des combustibles fossiles ?

    • Je vais être honnête : je ne me souviens plus si l’extraction du charbon était comprise (je pense que oui) et je n’ai plus les calculs. (parti au recyclage). Par contre, on ne prenait pas en compte le nettoyage, ni pour la centrale, ni pour l’éolienne. On partait d’une vie de 25 ans pour une éolienne (ce qui est très optimiste) et 50 pour une centrale à charbon (ce qui est pessimiste).

      Je n’ai plus les calculs mais j’ai revu une autre fois des conclusions très similaires dans une conférence du Professeur Berger, de l’UCL, climatologue de renommée mondiale. Peut-être est-il intéressant de chercher de ce côté. Il comparait notamment les émissions du CO2 des pays européens dont le danemark, plus grand producteur éolien d’europe.

      Sinon, pour ton idée de stockage mécanique, l’idée est simple et séduisante. Tellement simple que quelqu’un doit forcément l’avoir eu avant toi. Juste comme ça, je te fais quelques calculs de tête :

      un alternateur excellentissime à un rendement entre 30 et 40% (bon en réalité ce sera plus près de 15% mais admettons 40% grâce à une technologie superconductrice de malade). Et bien tu stockeras 40% de ton électricité sous forme d’eau. Et cela te donnera au total 16% de l’apport de la même éolienne branchée sur le réseau. C’est donc une catastrophe. (et je suis méga optimiste vu que la réalité serait plus proche de 4%).

      Tout cela ne compte pas l’infrastructure pour réaliser ce stockage mécanique, sa construction, etc.

      Stocker l’énergie casse la tête des scientifiques depuis des générations, je doute fortement qu’une solution miracle arrive un jour dans les commentaires d’un blog (avec tout mon respect pour ton blog ;-) )

  • Quand vous dites :

    Sans être nullement spécialiste de la chose, il me semble que l’étude en question est particulièrement litigieuse (en particulier, l’exploitation qui est faite de données agrégées par pays pour extrapoler des conclusions me semble extrêmement contestable sur le plan méthodologique), pour ne pas dire purement pamphlétaire.

    cela m’interpelle en tant que scientifique à la fois statisticien et physicien. Cet article a le mérite d’analyser des données existantes dans des pays européens qui utilisent l’énergie éolienne dans différentes mesures et de différentes façons. Et de voir si l’énergie éolienne remplit bien le rôle qu’on lui prête.

    Maintenant s’il y a des choses contestables sur le plan méthodologique comme s’attarder aux augmentations de production de CO2 sans suffisamment tenir compte que dans un même temps la production d’énergie a également fortement augmenté, je m’insurge sur le fait qu’on détourne une étude scientifique vers une lutte idéologique en parlant de pamphlets et en assénant que l’agrégation par pays est contestable, etc. Autant jeter à la poubelle, toutes les études cliniques alors et analyses en tout genre.

    Cela me semble symptomatique de la tendance "écologie politique" actuelle. Cette dernière n’utilise plus la science et ses études que pour valider et conforter certaines de ses idéologies. Elle fait son shopping parmi les différentes théories et sélectionne celles qui vont dans le sens qu’elle a déterminé qu’il fallait. La science de la Terre n’est plus centrale et la remise en question de moins en moins tolérée. Cela m’inquiète. Le fait de voir une étude qui ne va pas dans le sens que l’écologie politique prône est examinée avec suspicion. Et de moins en moins rarement (il me semble du moins) dans un sain esprit critique scientifique mais avec une suspicion sur les sources, lobbies, etc. derrière cette étude. Une petite question : si cette étude démontre le fait que l’énergie éolienne ne fonctionne et que c’est prouvé scientifiquement, démontré vrai à un niveau de confiance acceptable (bref, on est sûr à 99%) quelle importance qu’il y ait un lobby derrière ou pas ? Aucun, les écologistes devraient être ravis qu’on leur montre qu’ils ont fait fausse route et qu’on les empêche de s’empêtrer dans l’erreur.

    Tout cela pour dire, que discuter des lobbies derrières des études scientifiques n’est absolument pas le bon terrain de discussion.

  • Bonjour,
    Comme j’ai quelques infos (chiffrées) sur les éoliennes, je pense qu’il serait bon que je les partages ici avec vous. Ces informations datent de septembre 2006, elles proviennent d’un séminaire donné par H. Nifenecker.

    La puissance fournie par une éolienne varie avec la vitesse du vent : à 18km/h (soit 5m/s) une éolienne produit 100kw/h, à 36km/h elle produit 400 kW, elle atteint son maximum de production pour des vents ayant une vitesse comprise entre 50 et 90 km/h soit 750 kw environ (càd 2,7 MW/h). Au delà de cette vitesse, on doit couper les éoliennes parce qu’il devient dangereux de les laisser tourner.
    On considère qu’il n’est intéressant d’installer des éoliennes que si elles se trouvent sur un site suffisament venté permettant d’obtenir un nombre d’heure de fonctionnement équivalent pleine puissance SUPÉRIEUR à 2000 heures (84 journées complètes par an). C’est bien souvent là que le bas blesse puisque peu de sites sont dès lors efficaces, de plus avec les dérèglements climatiques que nous causons, il peut devenir difficile de prévoir si un site peut convenir pour les 20 prochaines années...
    De plus, au niveau bilan énergétique, il n’y a pas de chiffres exacts mais il est maintenant positif.

    De plus, tous calculs faits, on estime que l’énergie en provenance de l’éolienne coute 2.2 fois plus cher que l’énergie en provenance du nucléaire ( ! je recopie ici le résultat donné dans le cours écrit, je tiens à préciser que le coût du stockage et/ou du recyclage des déchets nucléaires ne semble pas être pris en compte, et quand bien même, ce ne serait qu’une évaluation)...

    Il faut encore préciser que la distance entre 2 éoliennes doit être au moins 5 fois plus grande que le diamètre des pales, ce qui limite leur nombre potentiel (surtout quand on pense à la superficie de notre petit pays) et que la vitesse du vent à la sortie d’une éolienne est réduite d’un facteur 5. J’ai déjà entendu plusieurs personnes dire que cela pourrait devenir un gros problème écologique si on installait un très grand nombre d’éoliennes. Pour ma part, je pense que le sujet mérite réflexion.

    Enfin, pour ce qui est de l’idée de départ (à savoir utiliser des barrages pour "stocker" l’énergie quand il y a du vent et pouvoir la réutiliser ensuite, c’est une technique déjà utilisée mais, une fois encore, il faut préciser qu’on estime que le potentiel hydroélectrique en Europe arrive à saturation (je ne sais pas si ces estimations prennent en compte uniquement les "grands barrages" où si elles considèrent également l’installation de petits barrages ponctuels le long de nos rivières).

    Je voudrais encore parler d’une idée que j’ai entendue : installer des "maréoliennes". C’est comme une éolienne mais plutôt que d’exploiter le vent, on exploiterait l’énergie des différents courants marins. Au point de vue consommation d’énergie, on aurait plus le problème d’intermittence des éoliennes, mais au niveau écologique (surtout pour la faune sous-marine), ça reste à voir...