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Mélenchon, pour l’Europe

vendredi 7 novembre 2008, par François Schreuer

L’électeur belge n’en a sans doute guère conscience mais un mouvement tectonique d’ampleur est en cours en Europe, qui va voir, selon toute vraisemblance, une recomposition profonde du paysage politique à gauche et au centre dans les années à venir. Face au déferlement de la droite européenne qui se croit tout permis et oeuvre vaillament à l’établissement d’une nouvelle barbarie (le terrain des migrations en constituant un des laboratoires, la destruction des mécanisme de solidarité son étendard), face à l’indigence d’une social-démocratie en totale déroute idéologique et qui a largement permis, par sa déréliction presque délibérée, le triomphe de la droite et de l’extrême-droite (laquelle est plus menaçant que jamais, banalisée sous des traits respectables grâce à son accès à divers gouvernements), face aux partis verts dont les directions mettent malheureusement le cap au centre (certains élus font exception, mais ce n’est pas significatif), une réaction se fait jour à l’échelle européenne, avec la constitution d’un courant et même d’un parti européen de gauche, le PGE. Enfin !

On en a déjà parlé, Die Linke a ouvert la voie en Allemagne. Mais ce nouveau courant, rassemblant syndicats de base, altermondialistes et déçus de la social-démocratie, qui est aujourd’hui en situation de contester le leadership historique du SPD (dont la décrépitude idéologique est encore plus marquée que celle du PS français, ce qui n’est pas peu dire), restait bien seul en Europe en l’absence de partenaires significatifs dans les autres grands pays européens. Même l’Italie, où pourtant la tradition de la gauche de gauche est plus forte que dans bien d’autres lieux, a vu la terrible déroute de l’Arc-en-ciel (composé des verts et de Rifondazione) lors des élections de cette année. En France, le PCF, malgré son réseau militant impressionnant (plus de 100.000 militants), malgré son implantation locale solide dans certaines villes, malgré l’Huma et malgré sa fête, ne constitue vraisemblablement plus un poids significatif à l’échelle européenne, ce dont témoigne le score réalisé lors des dernières élections, notamment la présidentielles de 2007 (1,93% pour Marie-Georges Buffet).

L’annonce, aujourd’hui, du départ du PS de Jean-Luc Mélenchon — à qui vous savez que je porte une estime profonde [1] — et de Marc Dolez — mais avec eux, surtout, de nombreux militants et d’un courant organisé —, pourrait changer la donne.

D’une part, ce départ va sans doute accélérer la conversion du PS français en un parti de droite modérée (on espère qu’il pourra rapidement renoncer à revendiquer un quelconque caractère socialiste dont il n’est de toute évidence pas digne), dont on suppose qu’il ne va pas tarder à établir une alliance avec le Modem de François Bayrou et passer son temps à peu ou prou plaider la réconciliation entre les exploités et leurs exploiteurs. En conséquence, il met la gauche du PS, rassemblée dans la motion de Benoît Hamon (ou, à une moindre échelle, dans la motion Utopia), symbolisée (je parle des penseurs) par des gens comme Gérard Filoche, Pierre Larrouturou, Jacques Généreux,... en situation de choisir : rejoindre l’aventure d’un nouveau parti en constitution et contribuer à la définition de son programme, à l’édification de sa crédibilité, ou se lancer entraîner vraiment très loin dans les renoncements succesifs qui caractérisent désormais la social-démocratie.

D’autre part, ce choix courageux de Mélenchon et consorts pourrait constituer un électrochoc à même de rassembler enfin la gauche du PS dans un projet cohérent, faisant droit à l’urgence sociale et à l’urgence écologique (même si, il faut l’avouer, ce second enjeu n’est pas le point fort de "Méluche"), les réconciliant surtout. Car il faut prendre la mesure de ce qui se passe et se donner les moyens d’assumer le rôle historique qui incombe aujourd’hui à ce nouveau courant en formation : l’union est impérative, non pas pour répondre à l’injonction totalisante de la discipline immédiate et sans discussion pour que « Sarko ne soit pas réélu en 2012 » (je ne vois de toute façon quelle force pourrait sérieusement faire barrage à sa réélection) ; mais pour que la contradiction, sur le fond, lui soit enfin portée, à « Sarko ». Conserver cinq ou dix petits partis trop faibles que pour peser et trop divisés que pour jouer ensemble serait criminel.

Update 12/11 : lire le bon portait que lui consacre Sylvia Zappi, dans Le Monde.

Notes

[1Et je pense pouvoir en outre me targuer d’avoir converti à ce point de vue mon ami Pierre Eyben.

Messages

  • [Die Linke] est aujourd’hui en situation de contester le leadership historique du SPD...

    Euh, tu vas un peu vite en besogne là ! Die Linke a effectivement réalisé de bons scores aux précédentes élections fédérales, c’est indéniable (à replacer tout de même dans son contexte, puisque le PDS, le parti socialiste d’ex-RDA, faisait déjà 4% aux élections de 2002), mais de là à dire qu’ils contestent le leadership du SPD, c’est un peu gros... Le SPD est quand même resté à 34.2 %, Die Linke étant à 8.7%.

    En Allemagne de l’Ouest, Die Linke continuera sans doute à réaliser des scores respectables, mais ses chances d’entrer dans une majorité de gouvernement (ou même simplement d’influer sur les décision politiques) sont quasiment nulles, la base socio-démocrate de ces Lander ne voulant pas s’associer avec un parti d’extrême gauche. A l’exception sans doute de la Sarre (où j’habite), Oskar Lafontaine étant "l’enfant du pays".

    La seule chose que Die Linke ait réussi à faire pour l’instant, c’est de favoriser indirectement le retour au pouvoir du populiste Roland Koch au gouvernement régional de Hesse...

  • L’appel de Pierre Larrouturou à un sursaut des socialistes européens commence à être entendu :
    Une soirée-débat intitulée “Crise financière et économique : comprendre pour agir” aura lieu à Bruxelles le jeudi 11 décembre de 19h30 à 21h30 à l’ULB (salle Dupréel, avenue Jeanne 44), en présence d’Elio Di Rupo (président du PS belge francophone), Poul Nyrup Rasmussen (président du Parti Socialiste Européen et député européen) et Pierre Larrouturou (économiste et auteur de l’ouvrage “Le livre noir du libéralisme“).

    Entrée gratuite

    Si vous ne pouvez pas vous rendre en Belgique, sachez que le débat sera diffusé en direct sur http://nouvellegauche.fr

    Faites circuler l’info !