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Mon point de vue sur « Liège 2015 »

lundi 22 décembre 2008, par François Schreuer

Tout qui suit, ne serait-ce que d’un oeil distrait, l’actualité liégeoise, n’aura pas manqué de noter les rebondissements en série qui ont eu lieu dans le dossier « Liège 2015 », à l’origine duquel je me trouve en compagnie d’Alain De Clerck, ainsi que le savent les lecteurs de ce blog. Début de semaine dernière, un accord est intervenu avec le collège communal de la Ville de Liège, au terme duquel la consultation populaire n’aurait pas lieu, en tout cas pas sur le thème de la candidature au titre de capitale européenne de la culture. Cet accord a été présenté mercredi lors d’une conférence de presse commune avec le bourgmestre, l’échevin de la culture et l’échevin des finances. Il prévoyait notamment la création d’une fondation au service des arts émergents, mais aussi la décentralisation à Liège de la cinémathèque royale ainsi que le maintien à la RTBF de Liège d’une activité significative de création radiophonique (une tradition de longue date éradiquée par le plan « Magellan »). Ce jeudi, rompant les termes de l’accord, Alain De Clerck, Bouli Lanners et quelques autres ont envoyé par la Poste les 22.000 signatures appelant à la tenue d’une consultation populaire sur la candidature de Liège au titre de capitale européenne de la culture ont été déposées. Ces signatures sont actuellement en train d’être comptées par un huissier de justice ; si les 19.000 signatures nécessaires (soit dix pourcents de la population) sont atteintes, la consultation devra avoir lieu. La question est de savoir quand (dans la mesure où l’organisation de ladite ne s’improvise pas et demande même un temps certain).

Interpelé par bon nombre de personnes concernant ma position dans cette affaire, je donne ici ma version des faits, en commençant par préciser que si j’ai bel et bien travaillé à la conclusion de l’accord avec la Ville, je n’ai tout simplement pas été consulté avant le dépôt des signatures. En conséquence de quoi, fidèle à la parole donnée, je ne souhaite pas m’associer à la démarche de dépôt des signatures. Cette décision ne préjuge cependant de rien quant au fond du dossier.

1. Sur le fond, venons-y, tout dépend de la réponse qu’on donne à deux questions. Primo, le processus en cours a-t-il encore une chance d’aboutir à des résultats positifs sur le plan culturel ? Secundo, dans la négative, ce processus vaut-il d’être mené pour lui-même, pour sa dynamique propre, pour l’enjeu démocratique qu’il représente ? Ceux qui répondront positivement à l’une de ces deux questions pourront à bon droit considérer l’accord conclu la semaine dernière comme une faute. Ceux qui répondent négativement aux deux questions devront admettre qu’une sortie « par le haut » était bonne à prendre. Je précise que ma conviction sur ces questions n’est pas totalement faite, qu’un doute subsiste. Mais il faut parfois pouvoir prendre une décision sans avoir de certitude. C’est même le propre de la plupart des situations de décision.

1.1. En prenant la plume aujourd’hui, je suis évidemment conscient de l’inévitable performativité de toute prise de parole dans mon chef en ces circonstances houleuses. Et ma première préoccupation est de ne pas contribuer, en répondant trop catégoriquement « non » à la première question, à mettre le mouvement « Liège 2015 » dans une situation encore plus difficile que celle dans laquelle il se trouve. Plutôt que de chercher à me justifier systématiquement, il me semble préférable de chercher des issues constructives à l’affaire. Je me contenterai donc de renvoyer au texte publié le lendemain de l’accord. Quant aux conséquences à tirer de cela, soulignons qu’il ne serait possible — peut-être — de déposer une candidature crédible qu’à la condition sine que non qu’une union sacrée des groupes politiques soit réalisée ce lundi soir au conseil communal, en vue de mobiliser les moyens — et d’engager les grandes institutions culturelles — pour construire le dossier d’ici au premier mars. À cet égard, dès lors que les signatures sont déposées et le processus irrémédiablement enclenché, je pense qu’il serait hautement souhaitable que le collège communal mette, dès demain, son énergie dans la construction d’un dossier de candidature, ne serait-ce qu’à titre conservatoire, pour que la consultation puisse conserver un sens. Enfin, pour que ça marche, il faudra court-circuiter le chronophage comptage des signatures en votant une procédure d’initiative communale. Sans cela, on se dirige vers un scénario terrible, qui risque de voir enfler, comme rarement, les passions tristes, la frustration, la désaffiliation politique, et pire encore s’il doit s’avérer que la consultation populaire ne peut déboucher que sur du vide.

1.2. Demeure la question de l’intérêt de la consultation pour elle-même, comme bonne en soi, indépendamment de ses conséquences. Sur ce point, il nous faut prendre le temps d’interroger avec un peu de rigueur la notion de démocratie, laquelle a été incroyablement galvaudée ces dernières semaines. Trois réflexions sur ce point.

1.2.1. Sur le plan formel, d’abord : si la démocratie se caractérise principalement par l’ouverture à tous du lieu du débat, par la participation de tous aux décisions, s’incarne aussi dans une délibération rationnelle. Il n’y a pas démocratie sans contradiction argumentée. Il n’y a pas démocratie sans dialogue. La Ville a souhaité un dialogue. Nous l’avons accepté. Ce dialogue a permis la construction d’une issue négociée. Nous l’avons acceptée. Certains ont décidé de revenir sur leur parole. Ce ne sera pas mon cas.

1.2.2. Sur un plan pragmatique ensuite : est démocratique à mon sens ce qui produit de la force collective. La démocratie doit être empowerment, selon l’inégalable terme forgé par les mouvements d’émancipation étatsuniens. Or, si on devait admettre que la consultation est vouée à l’échec, qu’elle ne peut donner que dans un mur (sur ce point, on sera fixé, à mon avis, demain après le conseil communal), le risque est grand qu’elle ne produise au contraire qu’une gigantesque impuissance collective, un grand sentiment de frustration, c’est-à-dire exactement l’inverse de l’effet recherché.

1.2.3. Enfin, il y a l’enjeu propre de l’outil créé par le code wallon de la démocratie locale : c’est le concept même de la consultation populaire d’initiative citoyenne qui est en jeu. Sur ce point, il faut dire que les précédents ne sont pas fameux. À Verviers, la consultation populaire demandée par Vesdre Avenir a été refusée sur base d’un raisonnement procédural très discutable. À Huy, la consultation populaire initiée sur un enjeu hyper-local (le parc des Récollets) a été retoquée par la bourgmestre Lizin sur des motifs encore plus fumeux (l’idée que les électeurs ne s’étant pas rendus aux urnes auraient voté « non »). Même si, dans ce dernier cas, la consultation populaire a sans doute été à la base de la lame de fond qui aboutit aujourd’hui à une remise en cause frontale de la politique et de la corruption de la majorité socialiste au pouvoir depuis les calendes grecques, on ne peut pas dire que le bilan soit franchement remarquable. Je comprends dès lors ceux qui craignent qu’un troisième échec à Liège disqualifie encore plus cette procédure qui constitue pourtant, dans notre législation, le fragile embryon de systèmes de démocratie directe. Sur ce point, qui me semble important, je me permets quand même de suggérer qu’une consultation populaire non réalisée serait nettement préférable à un éventuel fiasco. Accessoirement, au cours des derniers mois, nous avons eu l’occasion d’éprouver les limites de ce fameux code wallon de la démocratie locale — dont une réforme s’impose sur bien des points et notamment pour faciliter et clarifier les modalités d’organisation d’une consultation populaire d’initiative citoyenne. Il y aurait sur ce point énormément de choses à dire.

2. En ce qui concerne la manière dont les choses se sont déroulées, la situation est moins nette et les raisons ne manquent pas de faire ici une sérieuse autocritique. La décision de mardi a été prise à l’arraché, dans une urgence indescriptible. Nous n’avons pas eu la possibilité de consulter largement comme il aurait été souhaitable de le faire. Nous avons cédé à l’injonction de l’urgence, manquant d’imagination pour différer l’échéance et pour collectiviser la décision.

À défaut de justifier ces errements (dans lesquels, je le répète, ma responsabilité est très clairement engagée), trois points doivent être soulevés pour les remettre dans leur contexte.

2.1. En matière de « démocratie interne » — puisque les tensions dans le collectif « Liège 2015 » ont été exposées sur la place publique, je me permets d’en parler ici —, il faut souligner que, là encore, le mot « démocratie » est galvaudé. Le fonctionnement du « collectif » s’est jusqu’à présent caractérisé par l’absence de tout cadre, de toute instance de décision. Le « bureau » dont il a été question de temps en temps dans la presse n’est rien d’autre qu’une mailing list dont les abonnés ont fluctué au cours du temps de la façon la plus informelle. Dans ces conditions, il est impossible d’arbitrer — et surtout pas rapidement — lorsque survient une divergence un tant soit peu profonde. On peut ajouter que le collectif n’est malheureusement pas totalement dégagé, consciemment ou inconsciemment, d’une instrumentalisation à des fins politiciennes. Enfin, je pense qu’il est souhaitable que ceux qui prennent une décision soient aussi ceux qui en assument les conséquences ; ce qui n’aura pas toujours été le cas. On peut en particulier douter que les « démocrates » inopinés, aujourd’hui omniprésents et prompts à donner des leçons, soient encore là demain lorsqu’il s’agira peut-être (et j’espère pas) d’aller ramasser à la petite cuillère ceux qui payeront éventuellement les pots cassés d’un échec dans cette affaire.

2.2. Deuxième chose : quoi qu’on puisse faire, les 22.000 signataires de l’appel ne constituent pas une assemblée démocratique. Il est en particulier impossible, comme le prétend un communiqué publié dernièrement, d’être « en accord » avec 22.000 personnes, pour la simple raison que c’est matériellement impossible de les contacter pour leur demander leur avis. Certes, nous aurions pu — et dû — nous donner les moyens de consulter largement (et en particulier tous les militants qui ont contribué à la récolte des signatures) mais il était impossible d’obtenir une décision de la part des 22.000 — le seul envoi d’un courrier aurait coûté une dizaine de milliers d’euros (sans parler du temps d’encodage des adresses), une somme que — faut-il le préciser ? — nous n’avions pas. Même l’organisation d’une assemblée générale aurait été hasardeuse dès lors qu’on ne pouvait absolument pas savoir qui y aurait assisté (des signataires ? des non-signataires ? des groupes organisés cherchant à influencer la ligne du collectif ?). À ces limites d’ordre pratique doit s’ajouter une réflexion plus théorique sur l’idée de « mandat », un mot qui a été abondamment utilisé ces derniers jours. Certaines personnes ont donc soutenu que nous (c’est-à-dire les trois personnes ayant appelé à la tenue de la consultation populaire) étions titulaires d’un mandat, en vertu de quoi, selon ces imprécateurs bien intentionnés (dont certains, soit dit en passant, avaient auparavant pourfendu avec énergie notre initiative), nous n’étions pas fondés à faire autre chose qu’appliquer ad litteram la mise en oeuvre de la consultation populaire. Je ne suis pas juriste et je peux donc (encore plus que sur le reste) me tromper sur ce point mais il me semble qu’il faut clairement distinguer le mandat privé du mandat public [1] — la différence entre les deux étant que le premier est impératif au contraire du second. En démocratie, les mandats publics n’appartiennent pas à ceux qui les confient (ni aux électeurs, ni encore moins, dans d’autres circonstances, aux partis politiques [2]) mais bien à ceux à qui ils sont confiés. Un mandataire doit agir en conscience, selon ce qu’il croit bon pour l’intérêt général. Je réfute clairement l’idée d’être tenu par un mandat privé, à la fois parce je n’y ai nullement souscrit, parce que, depuis le début, nous avons expliqué (par exemple dans une carte blanche donnée au Soir) que la capitale européenne de la culture n’était « pas une fin en soi » (et qu’une marge de manoeuvre étant en conséquence nécessaire) mais aussi, tout simplement, en raison de la nature politique de l’objet qui nous occupe. Je ne pense pas non plus agir dans le cadre d’un mandat public, mais si l’on veut absolument parler de mandat, il me semble que l’esprit de la situation nous rapproche beaucoup plus de celui-ci que de celui-là.

2.3. Enfin, il y a l’épuisement que cette campagne de plus de six mois a entraîné, physique, psychique, financier. Il explique que, plutôt que de voir le projet s’effondrer complètement faute de combattants, certains aient préféré tenter un « atterrissage ». Jean-Marie Wynants, dans un édito publié ce week-end dans les pages culture du Soir, nous accuse de ne pas avoir su « passer la main à d’autres ». Fort bien. Mais à quels autres ? Pendant ces six mois de campagne, il aurait été commode, utile, indispensable même, de pouvoir « passer la main à d’autres ». Sauf que d’autres, pour faire le sale boulot, pour gérer la machine au jour le jour, il n’y en avait guère. Et demain, y en aura-t-il pour battre la campagne, pour diffuser des tracts, pour coller des affiches, pour animer des débats ? Bouli Lanners, en prenant l’initiative de déposer les signatures, s’est certainement taillé un costume de grand défenseur du peuple, mais il n’a pas « pris la main » : il ne s’est pas engagé à gérer les innombrables aléas pratiques d’une campagne référendaire dont personne ne sait l’énergie qu’elle va demander, il ne s’est pas engagé à convaincre un à un les milliers de Liégeois qui devront, le cas échéant, se rendre aux urnes un dimanche matin avant 13h. Alain De Clerck est l’une des personnes les plus généreuses qu’il m’ait été donné de rencontrer, fort d’une énergie incroyable, capable de faire partager son enthousiasme à énormément de monde. Alain a tiré la charrette pendant des mois (au regard de ce qu’il a fait, je ne suis qu’un modeste conseiller politique), triomphant d’une adversité permanente. Mais trouvera-t-il l’énergie pour poursuivre le combat ? Je le lui souhaite et, si la consultation doit avoir lieu, je l’aiderai dans la mesure de mes possibilités. Mais, en tout état de cause, je m’insurge contre la prolifération de ces inspecteurs des travaux finis qui, sans avoir levé le petit doigt, sans avoir même signé pour un certain nombre d’entre eux, se permettent les jugements les plus tranchants, les plus cruels, à l’égard de ce qui n’est jamais qu’une petite équipe de bénévoles.

3. Pour terminer, j’aimerais couper les ailes à quelques canards qui ont la vie un peu trop dure à mon goût.

3.1. Personne, au sein du collectif « Liège 2015 », n’a gagné le moindre avantage matériel dans cette histoire (bien au contraire). Les accusations prétendant que le collectif ou certains de ses membres se sont fait « acheter », ont « négocié leurs emplois » ou que sais-je sont strictement diffamatoires. Si l’on peut comprendre que certaines invectives excessives ait fusé dans l’émotion des derniers jours, la persistence de ce thème dans l’espace public s’apparentera à de la malveillance pure et simple, dont auront le cas échéant à rendre compte leurs auteurs, en ce compris les éditeurs de sites web qui laissent proliférer sur leurs sites des commentaires déplacés. Avant d’en arriver là, on pourra poser aux plus acharnés de nos contempteurs la question suivante : en lançant, sans le moindre fondement factuel, des accusations graves comme celles-ci, ne pensez-vous que vous en dites plus long sur vos propres motivations que sur celles des gens que vous attaquez ? En considérant qu’il y a nécessairement anguille sous roche, ne dévoilez-vous pas votre propre corruptibilité ?

3.2. Variation du thème précédent, les accusations de « récupération politique » ont le don, je vous le confesse, de légèrement troubler ma bonne humeur. Elles sont venues, pendant des mois, de Willy Demeyer et de certains responsables de la majorité. Elles viennent maintenant de certains membres de l’opposition. Elles sont dans les deux cas relayées par certains courageux anonymes qui crachent leur fiel à longueur de temps sur divers forums internet. Et elles dénotent dans tous les cas d’une vision absolument lamentable du fait politique. Jusqu’à nouvel ordre, chaque citoyen dispose du droit de se présenter à une élection. Et l’on peut considérer que, tant qu’à faire, il est souhaitable qu’il soit porteur de certaines idées, de certains projets. Affirmer qu’il est scandaleux de porter un combat dit « citoyen » sur le terrain électoral et, en cas de réussite, parlementaire, constitue non seulement une insulte à l’idée de démocratie, mais aussi une caution au népotisme et à la cooptation comme modes de sélection, par les partis, des élus du peuple. Pour autant, je précise que je n’ai pas l’intention de me présenter à une élection prochainement — ce qui ne m’empêche pas de refuser de la façon la plus nette le droit à quiconque (si ce n’est aux gens avec qui je travaille) de m’en empêcher le jour où je le déciderai.

3.3. Enfin, en ce qui concerne les « pressions » dont certains s’alarment, il serait bon de ne pas être trop naïf : dans un dossier aussi sensible que celui-ci, on est terriblement mis sous pression. De toutes parts. Et c’est somme toute normal : on est placé face aux conséquences possibles des choix que l’on a à poser — et dans le cas présent elles étaient nombreuses. Mais il ne faut pas confondre le fait d’être sous pression et le fait de recevoir des menaces. Nous n’avons à ma connaissance reçu qu’une seule menace. Elle est venue d’Olivier Hamal (MR) qui annonçait, via un communiqué de presse, son intention de déposer une plainte au pénal contre nous (excusez du peu).

Ce dernier point m’amène à conclure sur les craintes que j’ai de voir le mouvement « Liège 2015 » devenir un scud anti-politique au service de démagogues qui ne se trompent pas aujourd’hui en déboulant dans le jeu après être restés longtemps au balcon. Je dis cela sans hargne et avec beaucoup d’amitié pour Alain et les gens qui continuent à l’accompagner. De grâce, soyez prudents.

Notes

[2Soit dit en passant, il y aurait long à dire sur les pratiques de contrôle des élus par les partis politiques, lettres de démission non-datées préalables à la candidature et autres. Mais ça n’a rien à voir avec le sujet.

Messages

  • * la popote interne de Liege2015 ne me concerne pas mais on verra effectivement comment les élus liégeois (surtout ceux de l’opposition qui se sont rapidement offusqués de l’abandon des signatures) réagiront.

    * toute cette tartine pour ne toujours pas répondre à la seule question de base : qui et de quel droit a négocié avec la ville et rédigé le communiqué du 16 ?

    * on n’a pas la même conception de la démocratie ; la démocratie directe est pour moi un idéal et si je ne me considère pas représenté par un Demeyer ou un Daerden, je ne te considère pas plus comme mon représentant plénipotentiaire, quels que soient tes mérites et la sympathie que j’ai pour toi en tant que personne et que citoyen.

    * lire la confirmation par toi que votre "bureau", c’est du vent, ajoute encore à l’ineptie de cette négociation. Vous n’aviez aucun mandat puisque aucun organe n’était là pour vous mandater. Et je n’en ai rien à foutre de ta fumeuse réflexion juridico-théorique sur le mandat : 22.000 personnes ont demandé à ce qu’il y ait une consultation, rien d’autre.

    * Dire "oui mais.. des autres sont instrumentalisés" ou justifier une prise de décision par le fait d’en assumer les conséquences, c’est grotesque ! Autant que dire que la notion de consultation populaire a du plomb dans l’aile parce que, par trois fois, des baronnies socialistes ont voulu la plomber.

    * Je ne connais ni Alain De Clerck ni Bouli Lanners ni leurs mérites respectifs, mais ces derniers ne changent rien à l’affaire, contrairement à ce que tu t’évertues à expliquer.

    * par contre, on fait partie d’une même ASBL, à savoir urbAgora, et quand je lis "décision prise à l’arraché, dans une urgence indescriptible. Nous n’avons pas eu la possibilité de consulter largement comme il aurait été souhaitable de le faire", ça me rappelle de très mauvais souvenirs. Je réagirai donc en interne au sein d’urbAgora.

    Réginald RATZ

    • on n’a pas la même conception de la démocratie ; la démocratie directe est pour moi un idéal et si je ne me considère pas représenté par un Demeyer ou un Daerden, je ne te considère pas plus comme mon représentant plénipotentiaire, quels que soient tes mérites et la sympathie que j’ai pour toi en tant que personne et que citoyen.

      Je ne me suis jamais cru le représentant plénipotentiaire de quiconque. Mais, en étant un des promoteurs de l’appel à consultation, j’ai pris une responsabilité que je me dois d’assumer. Dans le cas présent, il est manifeste que la récolte des signatures (22.000, c’est 19.000 + une marge de sécurité — et le chiffre a été atteint il y a une semaine à peine) a pris trop de temps (au moins un mois de trop), de sorte qu’il est probablement impossible d’obtenir l’organisation de la consultation d’initiative citoyenne (une consultation d’initiative communale reste théoriquement possible) avant la date fatidique du 1er mars (date de dépôt des candidatures). Je ne sais pas comment, en démocratie directe, on peut intégrer une donnée comme celle-là dans la réévaluation de la stratégie qu’elle impose. Je serais heureux que tu me l’expliques.

      par contre, on fait partie d’une même ASBL, à savoir urbAgora, et quand je lis "décision prise à l’arraché, dans une urgence indescriptible. Nous n’avons pas eu la possibilité de consulter largement comme il aurait été souhaitable de le faire", ça me rappelle de très mauvais souvenirs. Je réagirai donc en interne au sein d’urbAgora.

      Je ne peux laisser passer ce genre d’allégations vagues et prêtant à tous les sous-entendus. À la différence de « Liège 2015 », urbAgora dispose d’instances bien établies (AG et CA) et ces instances ont clairement décidé que la compétence de communication publique relève du CA. Tu as le droit de ne pas être d’accord avec cette décision mais pas de prétendre qu’elle est illégitime.

      Bonne journée,

      François

  • Comme toujours, tu écris avec maestria.

    Je suis d’accord avec toi, n’ayant jamais signé que la pétition, je ne me suis pas insurgé de ce qui est arrivé. Le monde politique liégeois (et Belge) prive la population de bien des débats publics et il aurait été étonnant qu’il n’en fusse pas le cas ici. Je te félicite, toi, Alain et les autres courageux d’avoir dépensé cette énergie pour apporter un peu d’espoir aux Liégeois, et accessoirement, une petite victoire (Liège se bougeait ENFIN pour la culture).

    Quand on voit comment Firket a géré le dossier de la Soundstation, cela en dit long sur le niveau de compétences et de sérieux avec lequel est traité la culture à Liège (alors que nous rayonnons internationalement depuis des années grâce à nos musiciens, nos acteurs, nos réalisateurs, nos artistes, ...)

    Il est tout de même incensé de tirer à boulets rouges sur ceux qui ont motivé 22.000 personnes à signer, et qui ont bougé les frontières de la "démocratie participative" alors que le monde politique s’évertue à tuer ce genre d’initiatives !

    Je suis songeur. Je me demande vraiment si la solution n’est pas (dans mon chef) de changer de pays, tant qu’à faire, la Belgique semble se boursoufler ces dernières heures ... Avec la crise financière, la crise politique, la crise immobilière, la crise insérez-la-catégorie-souhaitée-ici, c’est à se demander quel avenir nous voulons et de quelle manière nous pourrons encore infléchir le cours des choses sans bouger et sans retrouver son âme de citoyen ?

    Même le monde politique semble se complaire dans son petit pouvoir, dans ses réalisations inutiles et ses luttes internes. Ont-ils oubliés qu’ils sont élus, et parfois "par défaut", pour être la main et la voix du peuple (ne leur demandons pas d’être notre cerveau, chacun ses qualités ...) ?

  • Bonjour François,

    Je se suis vraiment heureux de pouvoir te lire en détail, de cerner un peu mieux les sentiments et opinions qui t’animent aujourd’hui. Je comprenais ton silence, tu avais pris position officiellement, on connaissait la ligne que tu avais choisie de défendre, je le répète, cela fait du bien de lire les réflexions qui t’ont amené à adopter cette ligne.
    Merci de prendre le temps de t’expliquer. Personne ne te forçait à le faire, tu avais droit au silence, comme tout le monde, d’autant plus après des semaines de boulot acharné et de négociations au finish.

    N’empêche, sur le fonds, je ne suis pas d’accord avec toi. Il y a bien une question démocratique essentielle qui était en jeu, celle de savoir si il était possible que des citoyens aient leur mot à dire dans une décision majeure prise dans leur dos par les élus.
    Pour répondre à cette question, il est indispensable d’aller jusqu’au bout de la démarche.
    Négocier avec Demeyer (sans avoir l’appui des 22000 signataires, bien entendu - ce que je ne vous reproche plus du tout aujourd’hui que tout est rentré dans l’ordre, mais qui m’étonne de la part de Demeyer, pourquoi a-t-il été imaginer qu’une négociation avec une association informelle allait lui tirer l’épine du pied ? Je le trouve fort brouillon dans ce dossier, depuis le début, comme si la peur faussait son jugement, mais les causes sont peut-être tout autres), négocier avec Demeyer, c’était avouer que la réponse à la question était négative, c’était mettre un terme au combat, qui avait le soutien de bien des gens.

    Ce lundi soir, on découvrira par quelles nouvelles manigances la majorité liégeoise contournera le souhait de 10% de sa population. Je suis persuadé qu’ils trouveront (des solutions pour préférer l’esquive, ce n’est pas ça qui manque ; c’est le courage politique d’aller jusqu’au bout qui fait défaut).

    Pour avoir ce courage, François, il faut laisser de côté ses propres ambitions et décider avec conviction qu’on n’a pas l’intention de s’engager dans un parti politique. Ni maintenant ni plus tard. Sinon, on se contraint à se montrer "respectable" aux yeux du politique et on commence à admettre sa logique... Rien ne t’empêche, le jour venu, de retourner ta veste et de te présenter tout de même à un scrutin. Mais si tu veux gagner un combat (et tu en as plus d’un à mener en ce moment), tu dois oublier qu’un jour tu veux être des leurs. Pour l’instant, tu dois te nourrir des deux premières forces que possèdent les citoyens : l’impertinence et la liberté.

    Tu dis que le délai est trop court, comme s’il s’agissait d’une fatalité. Tu sais très bien que c’est le politique seul qui en décide. C’est lui qui vous coince. On peut aussi se lever contre cette décision-là. Voire adresser directement la candidature à l’Europe...

    Quant à l’avenir, je n’ai qu’une chose à en dire, ce n’est plus à vous de faire de cette consultation une réussite. C’est aux autorités liégeoises et à elles seules qu’il reviendra d’organiser et de mener à bien la consultation. Si cette consultation est un échec, cela démontrera simplement que le fossé entre le monde politique et les citoyens est décidément infranchissable. Dans un sens comme dans l’autre. Ce serait bien triste mais ce ne serait en aucun cas de votre faute. Cela au moins est indubitable...

    • il n’y a pas de dichotomie entre le politique et les citoyens, les deux sont les mêmes

      je ne vois pas pourquoi il faudrait se déclarer anti-politique pour mener à bien une initiative comme Liège 2015 ??

    • Bonsoir Nicolas,

      Moi aussi je suis heureux que tu prennes la peine de venir discuter ici, notamment parce que je voulais répondre au texte que tu as publié mercredi dernier, avec lequel je suis en profond désaccord, non pas tant sur les conclusions qu’il tire (je peux très bien admettre que d’aucuns considèrent que nous nous sommes fait rouler dans la farine ou que nous avons commis une faute en discutant avec W. Demeyer) que sur les prémisses qui le fondent.

      Au coeur de celles-ci se trouve, de manière exacerbée, la dichotomie citoyen/politique, l’idée qu’il y ait une « société civile » parée de toutes les vertus et un corps politique ontologiquement corrompu (une « classe » politique, dirait RTL-TVI, qui n’a pas lu Marx) distincts et répondant à des modes de fonctionnement radialement différents, l’idée qu’il y ait, selon tes propres mots un « camp d’en face », tout cela me semble analytiquement faux et normativement nuisible (même si évidemment les exemples de dévoiement de la chose politique au service d’intérêts privés ne manquent pas). Je n’ai jamais considéré, depuis plus de dix ans que je milite, faire autre chose que de la politique, ni plus ni moins que ceux qui sont dans des institutions publiques.

      Sur ton blog, tu affirmes de façon tout à fait curieuse que l’intégrité serait le monopole des Don Quichotte. Ce qui est à mon avis une double erreur. D’abord parce que quiconque s’est un tout petit peu intéressé aux milieux du pouvoir pourra te dire que le sentiment du devoir est un ressort non négligeable dans le chef de pas mal de personnes (pas toutes, loin de là, mais quand même assez pour que ce soit tout à fait significatif) qui travaillent dans le milieu de la politique professionnelle (et notamment parmi ces sans-grades que tu méprises cordialement et qui bossent 12 heures par jour dans l’ombre pour régler divers problèmes dont tu n’as même pas idée, perdu que tu es dans tes considérations grandiloquentes). Ensuite parce qu’absolument rien n’empêche un « citoyen » de faire preuve, au même titre que n’importe qui, de rouerie, de parjure ou de duplicité. Tu nous en offre la meilleure preuve en prônant ni plus ni moins, dans le message ci-dessus, que le retournement de veste comme vertu « citoyenne ». Ce n’est pas ma ligne de conduite. En restant fidèle à ma parole, en cherchant à ne pas cacher aux 22.000 que les difficultés dans lesquelles nous nous trouvons sont plus ou moins inextricables, je tente de me comporter conformément à ce qu’on pourrait appeler une éthique politique. Si mon souci était, comme tu le prétends, de me rendre « respectable » aux yeux des partis, crois-tu que j’aurais écrit le quart des papiers politiques de ce blog ? Crois-tu que j’aurais déclaré dernièrement aussi clairement mon opinion concernant les manipulations dont le Plan urbain de mobilité (PUM) a fait l’objet ? (ce qui me vaut probablement en un jour plus d’ennemis que tu ne t’en fais en un an) Crois-tu que je ne chercherais pas à « rentabiliser » un peu ma notoriété plutôt que de multiplier les engagements bénévoles et casse-gueule ? Je reconnais bien volontiers que j’ai beaucoup de leçons à prendre (et j’en ai d’ailleurs prises quelques uns au cours de cette campagne, crois-le bien), mais en matière de courage politique, tu me permettras de te dire que ce n’est pas à toi que je me fierai, mais plutôt à des gens qui se mettent ou se sont mis en risque par rapport à des enjeux politiques (et je sais pas que ce soit ton cas, corrige-moi si je me trompe).

      Quant à ma personne, j’apprécierais que certaines personnes acceptent de considérer mon travail depuis des années autrement que comme une manière de promouvoir des ambitions. Si j’avais voulu « entrer en politique », sache qu’il y longtemps que j’aurais pu le faire (je ne te donnerai pas les détails, mais crois-moi, ce ne sont pas les portes ouvertes qui ont manqué). Ma vie quotidienne en aurait sans doute été simplifiée sous certains aspects. Certains combats auraient aussi été plus difficiles à mener. Tant qu’à présent, j’ai fait le choix de ne pas faire ce pas. Et si je dois un jour le faire, ce ne sera pas autrement que comme une prolongation des combats que je mène.

      Bien des choses à dire encore, mais j’en resterai là pour aujourd’hui. Le temps manque, comme tu t’en doutes.

      Amicalement néanmoins,

      FS

    • Salut François,

      Je suis un peu pressé ce matin pour répondre en détail. J’avais répondu hier et ma connexion a été coupée avant que je valide mon post. J’ai tout perdu :-(

      Au temps pour moi, je n’écrirai plus "les politiques" mais "les politiciens". Ma pensée sera la même mais elle choquera moins. Mon expérience du monde politique (au sens professionnel du terme) et de ses interactions aussi bien avec l’associatif qu’avec le culturel est que ces relations ne sont jamais innocentes. Il y a toujours une forme d’instrumentalisation. La culture, en soi, n’intéresse pas le monde politique (au sens professionnel du terme ; alors qu’à mon avis la culture s’intéresse fondamentalement au politique, au sens large et noble du terme), la culture est un moyen pour le monde politique de réaliser d’autres objectifs. Et cela entre souvent en conflit avec les enjeux proprement artistique. Cela explique d’ailleurs pourquoi le monde politique préfère le divertissement et le loisir aux disciplines artistiques. On préfère que Céline Dion vienne chanter sur le Tivoli plutôt que de proposer à tous les élèves d’une ville de lire le même roman pour en débattre ensuite, par exemple.

      Je voulais juste préciser un élément fondamental à mes yeux : le droit de tout être humain à la contradiction, à l’hésitation, au revirement, voire au parjure, vis-à-vis de sa propre opinion. C’est une donnée humaine essentielle. On grandit, on apprend, on agit, on se trompe, on se corrige.

      Etre fidèle à ses idées, ce n’est pas refuser sa propre contradiction, bien au contraire. Etre fidèle à ses idées, c’est admettre qu’on se trompe, qu’on agit maladroitement, mais qu’on garde le cap. Ce n’est pas grave, de retourner sa veste, dans ce sens-là. Cela ne signifie pas vendre son âme pour avoir un emploi, il ne faut pas me prêter des pensées que je n’ai pas.

      Pour un simple citoyen (et il y en a des fourbes, des tordus, des salauds... tu peux allonger la liste tant que tu veux, je te suis parfaitement), ce n’est pas grave de retourner sa veste, chacun n’est le porteur que de son propre drapeau. C’est très différent quand on endosse une responsabilité et qu’on représente des gens. On ne peut changer d’attitude ou d’objectif sans rendre des comptes, sans justification.

      Je ne rentrerai pas dans tous les détails, mais je voulais partager cela avec toi : le droit le plus fondamental et le plus humain qui soit est celui de changer d’avis et d’attitude. Le droit de se contredire et d’évoluer. Quand on a compris que les humains ne sont pas de pions de Stratégo avec un nombre d’étoiles et une couleur, alors on trouve le monde plus beau et on arrête de voir des ennemis, de lire les positions des uns et des autres comme les résultantes de forces obscures. C’est ce qui me déçoit le plus chez les "politiques de profession ou d’adhésion", c’est qu’une fois "entrés en religion" pour un parti ou un autre ils ne lisent plus le monde que selon leur grille de lecture réductrice... Amis ou ennemis. Vendus ou à acheter. Soutien ou obstacle.

      Se faire des ennemis est très facile et n’est pas un titre de gloire. Personnellement, je préfère parler avec les gens jusqu’à ce qu’on finisse par se comprendre. Ça a toujours marché avec tout le monde sauf... ceux qui plaçaient leur grille politicienne (à entendre au sens restreint et particratique du terme)avant leur propre perception du monde. Avec ceux-là, le débat est inutile. Ceux qui souhaitent le débat et la discussion ouverte, efficace, celle qui peut faire changer les opinion, sont déjà, par essence, des ennemis.

      Je ne sais pas si je suis très clair...

    • Salut Nicolas,

      Merci de cette réponse. Oui, chacun a le droit de se tromper, de faire des erreurs, bien sûr (mais pas seulement les "citoyens", les "politiciens" aussi, cela dit, pour utiliser tes termes) et celui qui n’use pas de ce "droit" risque fort, à mon avis, de devenir rapidement un fieffé enfoiré. Mais on ne peut pas faire comme si ses erreurs n’avaient pas existé, on doit un minimum assumer ses conneries, en gérer les conséquences. On ne peut pas juste dire "oh, je me suis trompé" puis s’en aller gaiement en laissant tout un pataquès derrière soi.

      Concernant ta perception de la politique professionelle, je maintiens mon avis : le monde n’est pas manichéen. Même si je suis d’accord sur toi avec bien des choses concernant le phénomènes des partis (comme j’ai eu l’occasion de l’exprimer à de nombreuses reprises ici-même), je ne pense pas qu’il y ait quoi que ce soit d’ontologique dans l’adhésion à un parti politique. Je ne peux être d’accord quand tu écris "C’est ce qui me déçoit le plus chez les "politiques de profession ou d’adhésion", c’est qu’une fois "entrés en religion" pour un parti ou un autre ils ne lisent plus le monde que selon leur grille de lecture réductrice... Amis ou ennemis. Vendus ou à acheter. Soutien ou obstacle." Sans même rentrer dans la moindre considération empirique, ce genre d’affirmation me semble contestable sur le principe, parce rien n’est aussi monolitique. Quand tu écris que "le monde politique préfère le divertissement et le loisir aux disciplines artistiques", je trouve ça absurde. C’est sans doute vrai, pourtant, d’un grand nombre de responsables politiques, mais certainement pas de tous. Et en refusant de faire la moindre nuance, en refusant même, par principe, de discerner tes alliés de tes adversaires, tu entérines voire participes à la dérive que tu dénonces pourtant avec force.

      Mais surtout, au-delà de toutes les considérations formelles qu’on pourra faire sur le sujet, il me semble absolument déterminant de ne pas perdre de vue que dans "démocratie", il n’y a pas que "démos", il y a aussi "cratos". La démocratie serait un concept vide de sens si la libre délibération, la participation de tous ne se traduisait pas à un moment donné en une force d’impression du réel. C’est là que ta conception de la politique me semble problématique : on dirait que tu oublies que le pouvoir n’est pas le monopole de l’institution politique. En dévalorisant en bloc toute action politique organisée, tu participes au démantèlement du principal outil dont les sociétés humaines ont disposé pour résister à la loi du plus fort, qui ne manquera pas de s’imposer une fois que sera réduite en poussière la possibilité même de faire prise collectivement sur le réel.

      Dernière chose : non, je ne crois pas que se faire des ennemis soit un titre de gloire, du tout. Mais je pense que cela arrive inévitablement quand on empêche le carroussel du pouvoir (et notamment du pouvoir financier) de tourner à sa guise. Rien de plus. Moi aussi je préfère parler avec les gens, moi aussi je passe énormémemnt de temps à essayer de promouvoir le débat public,... mais quand tu es engagé dans une lutte contre un pouvoir financier ou contre des politiques véreux, je pense que le dialogue, en plus d’être totalement improbable sinon impossible, est radicalement inutile. Tous les points de vue ne sont pas conciliables. Le monde n’est pas un vaste champ de bataille parce que les gens ne dialoguent pas assez entre eux (ou parce que certains sont obnubilés par une "grille politicienne") mais, surtout, parce que certains intérêts sont fondamentalement antagonistes. C’est là l’idée de lutte des classes qui, pour moi, reste absolument essentielle dans la compréhension et l’action sur le réel, même si on s’éloigne pas du sujet initial de cette discussion.

      François

    • votre discussion était très intéressante, parfois émouvante. merci beaucoup.

    • Merci, Thomas, ça fait plaisir de voir que ces palabres ne sont pas totalement perdus et qu’ils laissent des traces ailleurs que sur des écrans !

  • Deux mots seulement.

    On peut se trouver en désaccord avec les choix politiques que tu as fait. Mais les accusations de récupération relèvent du pur procès d’intention. Et les reproches de trahison proviennent comme souvent de ceux dont l’intervention à deux réunions et trois forums internet semble leur valoir un titre de légitimité universelle.

  • Vu de l’extérieur, ce qui m’interpelle c’est cette discussion sur "les possibles" (ou plutôt l’impossibilité d’une issue positive) conduisant à l’accord passé dans la précipitation et sans consultation large (sous une forme ou une autre) des personnes impliquées. J’ai la plus grande estime pour ceux qui ont négocié un accord avec la ville mais c’est là que divergent nos avis il me semble.

    Je n’ai pas la connaissance fine de la situation que les négociateurs mais le recul semble donner raison à la réaction épidermique qui fut la mienne à la suite de cet accord. Un Conseil Communal plus loin, force est de constater que la Consultation est devenue possible et qu’un pré-projet sera préparé pour le 1er mars. Et l’on a même droit à des déclarations grotesques comme celles de Jean-Claude Marcourt, jadis farouchement anti Liège 2015 mais devenu subitement chantre de la démocratie populaire (http://www.lesoir.be/regions/liege/...) et de cette initiative.

    Tout ceci nous ramène au coeur du problème qui est l’absence de volonté politique manifeste à laquelle les initiateurs de Liège 2015 étaient confrontés. La question étant : doit-on engager la négociation sur base du possible atrophié qui nous est "vendu" (manifestement avec insistance dans ce cas) ou sur base de celui auquel nous aspirons (qui se perd parfois dans la quotidien de la lutte) ?

    En la matière, j’aurais tendance à reprendre la citation (usée il est vrai) d’Ernesto Guevara "Soyons réalistes, réclamons l’impossible". En l’occurrence, est ce n’est pas une formule, l’impossible est juste un possible que l’on nous refusait.

    Si cet aspect m’interpelle, c’est que s’il est vrai pour Liège 2015, il l’est également pour bien d’autres combats. (Allez hop, je plonge sur un exemple une banque publique.)

    Quant à la scission entre « politique » et « citoyen » elle me semble dangereuse car conduisant au désengagement et au recul démocratique. Je me reconnais pleinement dans la jolie expression italienne "il fare politica" reprise dans le documentaire de Hugues Lepaige. Je n’ai pas l’impression que l’engagement politique soit un renoncement à une certaine liberté de pensée. Bien évidemment, il s’agit d’un engagement collectif et donc cela implique parfois la concertation. Et donc ?

    Par contre, le véritable problème est un déficit des structures démocratiques conduisant à un éloignement entre le citoyen et la gestion politique. Le pouvoir est aux directions de partis et toujours moins aux structures démocratiques. Partout (commune, région, fédéral) le pouvoir exécutif étend son pouvoir atrophiant le débat. Nulle part n’est prévue une intervention citoyenne forte. Problème supplémentaire, les partis ne sont plus des partis de masse (avec une véritable base populaire), leur structuration est toujours d’avantage pyramidale, le pouvoir s’y établi via la pression extérieure (notamment le poids médiatique), la communication y prend le pas sur le débat. En conclusion il y a un resserrement des détenteurs du pouvoir politique, et un appauvrissement du débat d’idées. Je crois que l’on a là la source du clientélisme, du népotisme, et, j’en suis convaincu, d’une droitisation continue du personnel politique de premier plan. (Bien évidemment que peuvent survivre des politiques intègres et progressistes dans ce décor mais ils sont condamnés à la marge). La diabolisation des outils politiques, sert en premier les outils économiques lesquels, aucunement démocratiques, prennent progressivement le pouvoir. La solution est donc de se battre pour de nouvelles conquètes démocratiques.

    • Vu de l’extérieur, ce qui m’interpelle c’est cette discussion sur "les possibles" (ou plutôt l’impossibilité d’une issue positive) conduisant à l’accord passé dans la précipitation et sans consultation large (sous une forme ou une autre) des personnes impliquées. [...] Je n’ai pas la connaissance fine de la situation que les négociateurs mais le recul semble donner raison à la réaction épidermique qui fut la mienne à la suite de cet accord. Un Conseil Communal plus loin, force est de constater que la Consultation est devenue possible et qu’un pré-projet sera préparé pour le 1er mars.

      En effet. Nous verrons dans quelle mesure un projet peut réellement être mis sur pieds, mais effectivement, le conseil communal ou rouvert le champ des possibles que nous pensions beaucoup plus fermé (réalisme ? pessimisme ? épuisement ? pragmatisme ? défaitisme ? chacun jugera). Le changement de procédure (le passage d’une consultation d’initiative citoyenne à une consultation d’initiative communale) va réduire nettement les délais d’organisation de la consultation, ce qui rend théoriquement praticable un calendrier qui était devenu ingérable. Ce rebondissement est une surprise pour tout le monde : je pense que même les partis d’opposition n’espéraient pas cette issue en arrivant au conseil lundi soir. J’ignore pour quelle raison la majorité a accepté un scénario qu’elle refusait mordicus encore une semaine plus tôt.

      Il va maintenant falloir voir quelles conséquences pratiques tout cela va avoir, notamment en fonction de la stratégie qu’adopteront les uns et les autres. Il est sans doute trop tôt pour en juger. Mais je me garderai scrupuleusement de crier victoire trop rapidement.

      François

  • Tout d’abord, merci de veiller sur nous.
    Quoique je ne sais encore s’il faut se méfier des fameux anti-politiques ou plutôt de ceux qui à force de trop les fréquenter adoptent des méthodes dont je ne distingue plus la différence.

    Le seul intérêt que je percevais pour cette pétition, était de remuer de misérables élus qui forts d’accords et d’arrangements transpiraient d’un mépris populaire des plus manifestes. Le reste, ma fois, n’était que belle rigolade. Devant l’urgence sociale, les atteintes répétées aux libertés privées et civiques et les tragiques enjeux écologiques (pour ne citer que cela), Liège 2015 capitale culturelle machin-truc figurait en dernière priorité en matière de mobilisation. La petite étincelle qui jadis me l’a fait signer était portée par une réelle possibilité de mettre à mal ces quelques personnages pensant nous représenter. Dans ces conditions, et suivant ma cohérence, la plus belle des sorties aurait effectivement dû être une démonstration supplémentaire de l’impuissance des institutions (et de notre système politique) à rejoindre une initiative populaire pour ces fameuses raisons techniques qui justement montrent que le conseil communal accepte lorsqu’il est déjà trop tard, entérinant toute possibilité démocratique. Au lieu de cela, une sortie par la haut nous annonce la bonne nouvelle, nous promettant de ne plus pleurer pour cette requête que nous n’avons pu obtenir faute aux accords politiques entre Di Rupo et Demeyer, et de nous réjouir des miettes récoltées grâce aux nouveaux accords entre d’autres représentants. Grâce à Liège 2015, nous pouvons réaffirmer à ceux qui ont la mémoire trop courte que non, le système politique n’est pas en panne, il fonctionne parfaitement, et pour preuve l’obtention de ces quelques gains.

    Bref, je ne cache pas ma déception envers toi, François, que je croyais exempt de telles démarches si étrangères à ce que tu avais déjà pu nous présenter … J’émettrai dorénavant une certaine réserve avant de signer tes pétitions, ne percevant pas de la même manière que toi ce pourquoi je signe.

    Bonne dé-continuation !

    • Bonsoir,

      Tout d’abord, merci de veiller sur nous.

      Euh ???

      Quoique je ne sais encore s’il faut se méfier des fameux anti-politiques ou plutôt de ceux qui à force de trop les fréquenter adoptent des méthodes dont je ne distingue plus la différence.

      Quand j’utilise le terme "anti-politique", je veux désigner le refus ou le déni du fait politique lui-même (qui me semble un danger bien réel) et non l’opposition à je ne sais quel aléa conjoncturel propre à la situation présente et à ses institutions.

      Le seul intérêt que je percevais pour cette pétition, était de remuer de misérables élus qui forts d’accords et d’arrangements transpiraient d’un mépris populaire des plus manifestes.

      Même si un rien de nuance s’imposerait, n’est-ce pas, somme toute, ce qui s’est passé ces derniers mois ?

      Devant l’urgence sociale, les atteintes répétées aux libertés privées et civiques et les tragiques enjeux écologiques (pour ne citer que cela), Liège 2015 capitale culturelle machin-truc figurait en dernière priorité en matière de mobilisation.

      Oui, c’est évidemment quelque chose qui me turlupine pas mal d’avoir (en bonne partie parce que les choses se sont emballées et qu’il a bien fallu assurer le service après-vente) passé autant de temps sur un truc qui touche aussi peu aux vraies urgences (sur lesquelles je ne demeure cependant pas totalement inactif).

      [...] Au lieu de cela, une sortie par la haut nous annonce la bonne nouvelle, nous promettant de ne plus pleurer pour cette requête que nous n’avons pu obtenir faute aux accords politiques entre Di Rupo et Demeyer, et de nous réjouir des miettes récoltées grâce aux nouveaux accords entre d’autres représentants.

      C’était un peu plus que des miettes, tu sais, nettement plus, même.

      Bref, je ne cache pas ma déception envers toi, François, que je croyais exempt de telles démarches si étrangères à ce que tu avais déjà pu nous présenter … J’émettrai dorénavant une certaine réserve avant de signer tes pétitions, ne percevant pas de la même manière que toi ce pourquoi je signe.

      Merci de me faire part de ces remarques. Je suis honoré de l’estime que tu place ou plaçais en moi, mais je ne suis qu’un militant qui fait ce qu’il peut avec les moyens qu’il a, c’est-à-dire bien de choses. Et je n’ai absolument aucune vocation au suicide : quand je vois que je vais dans le mur, j’ai tendance à essayer de l’éviter, même si pas mal de spectateurs auraient apprécié l’esthétique du choc (mais étaient-ils prêts à partager le payement des pots cassés ? J’en doute...). Je crois qu’on m’aurait jugé encore plus durement si j’avais emmené, en pleine connaissance de cause, des milliers de personnes dans une voie sans issue (parce que, me semble-t-il, la plupart des signataires ont d’abord soutenu l’idée de capitale européenne de la culture).

      à ta disposition pour en parler de vive voix,

      François

  • Merci pour ces explications François. Comme tu l’expliques bien, la décision du 16 a dû être prise dans l’urgence et sans certitudes. Pour ma part, je la comprenais sans être emballé par elle, pour des raisons qui ont été largement discutées et que tu rappelles ici, mais aussi simplement parce que je ne connaissais pas précisément le détail des "acquis" de la négociation.

    Ta fidélité à la parole donnée t’honore. Mais même de sa propre parole il ne faut pas faire un absolutisme. Il est des circonstances où revenir sur une parole est nécessaire, simplement parce que l’on estime que l’on s’est trompé et que revenir sur cette loyauté mal placée est un moindre mal que de la respecter à tout prix. Je dis ceci non pas pour t’inciter à revenir sur ta parole, mais pour défendre d’un point de vue moral ceux qui ont remis en cause l’accord passé avec la Ville.

    Il est clair que ces questions sont très délicates et que l’on ne peut pas tout relativiser, mais je reste convaincu que le comité Liège 2015 est constitué de bonnes volontés qui essayent en grande majorité de faire les meilleurs choix possibles en âme et conscience.

    Aujourd’hui la donne a changé et l’espoir renaît, même s’il faut se garder de crier trop tôt victoire. Tu as certainement encore un rôle à jouer aussi.

  • Je n’habite plus Liège depuis 1997 mais je suis avec intérêt le point de vue de mon ancien élève François dont je suis assez fier. C’est beau de se battre pour de bonnes causes ! Sympathiquement vôtre. J.Deleuse